Innovation produits Matériaux

Les isolants thermiques se mettent au vert

La fabrication des isolants d’origine végétale ou animale réclame moins d’énergie que celle des isolants classiques. Ils seraient aussi plus sains et amélioreraient le confort d’été.

L’essor des laines minérales et des produits synthétiques, au siècle dernier, est apparu comme un progrès important dans le domaine de l’isolation thermique. Les matériaux traditionnels comme la paille ou les roseaux avaient, semble-t-il, fait leur temps, et devaient céder la place à des produits industriels jugés plus performants et surtout d’une qualité mieux maîtrisée. Mais en ce début de XXIe siècle où la chasse aux gaz à effet de serre et les économies d’énergie sont érigées au rang de priorités, les matériaux dits « naturels » – bio-sourcés préfèrent les puristes – trouvent de nouveaux arguments.

« Le chanvre que nous incorporons à nos doublages isolants leur confère une intéressante capacité de stockage du CO2 », juge ainsi Daniel Daviller, directeur général délégué de l’industriel BCB. Une analyse qui vaut bien sûr pour tous les isolants d’origine végétale, à commencer par la laine de bois ou le liège, pour ne citer que les plus connus. Encore plus parlante sans doute est la comparaison des niveaux d’énergie grise, autrement dit des kWh/m3 mobilisés par les matériaux tout au long de leur cycle de vie (de la production au recyclage) : 30 pour la laine de lin contre 150 pour la laine de roche et même 250 pour la laine de verre, selon l’Agence régionale pour l’environnement de Haute-Normandie. Cela pour des coefficients de conductivité thermique (lambda) somme toute proches et situés autour de 0,037 W/m.K. Troisième argument en faveur des isolants d’origine végétale (ou animale) : leurs moindres effets sur la santé humaine. Un sujet éminemment sensible et controversé, en raison des traitements chimiques notamment (ignifugation, fongicides, répulsifs.), même si l’on peut admettre sans risque que la laine de mouton émettra en effet moins de styrène qu’un panneau de polystyrène expansé.
Autre atout régulièrement cité, le confort d’été, lequel s’expliquerait par l’inertie (cas de la paille) mais aussi par une régulation hygrométrique performante liée elle-même à une bonne capacité d’absorption de l’humidité. « Nous savons fournir des lambdas précis mais la valeur de nos produits n’est pas entièrement contenue dans ce seul paramètre », insiste Daniel Daviller. Du côté des inconvénients, il y a le coût, assez nettement plus élevé que celui de la laine de verre à résultat identique. Seule la ouate de cellulose s’avère à peine plus chère. « L’autre gros problème, c’est l’assurabilité », estime-t-on à la FFB. Si les travaux ne relèvent pas d’un DTU ou de règles rédigées par les organismes professionnels, ce qui est déjà le cas des mortiers et du béton de chanvre et pourrait bientôt l’être pour la paille, il y a parfois la possibilité de s’appuyer sur un Avis technique CSTB valide. Mais encore faut-il que le produit concerné soit placé dans la liste verte de la commission prévention produits (C2P). –

 

Focus

L'EXPERT - MARC DUCOURNEAU, directeur général de l'Agence qualité construction (AQC) - « L'assureur ne peut pas assurer n'importe quoi »

« Dans l’expression développement durable, il y a le mot durable. Il est important de le rappeler car sous prétexte d’écologie, certains ont tendance à oublier les règles de base de la construction, dans le domaine de l’isolation en particulier. Or, ce sont ces règles qui, précisément, garantissent la bonne tenue des ouvrages dans le temps. Avec les isolants d’origine végétale ou animale, nous avons déjà eu des sinistres provoqués par des attaques d’insectes et des problèmes d’humidité entre autres. Il y a certes beaucoup de nouveautés intéressantes dans ce secteur mais cela ne dispense pas de procéder à des expérimentations, à des analyses en laboratoire, à des mesures d’efficacité. On nous accuse parfois de bloquer l’innovation mais il faut bien comprendre que nous ne pouvons pas demander aux assureurs d’assurer n’importe quoi. Ceci dit, pour certains produits, comme le béton de chanvre par exemple, les choses avancent bien. Il y a deux ans, on nous disait que n’importe qui pouvait en faire. Nous avons pour notre part soutenu l’idée qu’il fallait un minimum de formation pour les maçons. Nous avons été entendus et la filière dispose aujourd’hui d’un solide ensemble de règles professionnelles. C’est, me semble-t-il, un bon exemple à suivre pour les autres matériaux. »

Focus

L'EXPERT - BERNARD ABRAHAM, responsable de la division Hygrothermique des ouvrages au CSTB - « Déjà plus d'une trentaine d'Avis techniques »

« A ce jour, le groupe spécialisé n° 20 a déjà attribué plus d’une trentaine d’Avis techniques à des produits isolants d’origine végétale ou animale. Il s’agit entre autres de la ouate de cellulose, de chanvre associé à du coton, de fibres de bois ou encore de plumes de canard associées à de la laine de mouton. Des démarches sont en cours pour le coton recyclé, le lin, la paille et même l’herbe séchée. A cela s’ajoutent des certificats Acermi (Association pour la certification des matériaux isolants) qui sont également au nombre d’une trentaine autour du liège, de la laine de bois, des fibres de bois, du chanvre, des plumes de canard et de la laine de mouton. Une liste à laquelle s’ajoutera bientôt la ouate de cellulose, d’autant plus prometteuse que son coût s’avère compétitif. Globalement, il y a une accélération des demandes d’évaluation. Au plan technique, ces nouveaux matériaux offrent des performances intéressantes mais souvent décalées par rapport aux isolants plus classiques du fait de leur hygroscopicité (tendance à absorber l’humidité). Ces produits sont encore récents pour la plupart et ne cessent d’évoluer, avec des procédés qui s’affinent. Les fournisseurs travaillent sur l’orientation et la densité des fibres notamment. »

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