Transport et infrastructures

Les grands élus du Sud-Ouest soutiennent unanimement la LGV

Mots clés : Transport ferroviaire

Les présidents de région Aquitaine et Midi-Pyrénées, les maires de Bordeaux et Toulouse estiment que l’avis défavorable de la commission d’enquête n’enterre pas le projet de LGV Bordeaux-Toulouse et Bordeaux-Dax et qu’il ne lie pas le Gouvernement, qui reste seul juge de la décision finale.

C’est par un communiqué commun et une demande d’audience adressée lundi 30 mars au soir au ministre des Transports, Alain Vidalies, que les grands élus du sud-ouest, présidents de région (Alain Rousset et Martin Malvy) et maires de Bordeaux et Toulouse (Alain Juppé et Jean-Luc Moudenc), ont réagi à l’annonce de l’avis défavorable de la commission d’enquête sur la LGV Bordeaux-Toulouse et Bordeaux-Dax (voir notre article). En substance, l’avis de la commission d’enquête ne remet pas en cause la légitimité et l’opportunité du projet. Seules les questions de délai et de financement seront revues, selon les élus.

Pour Martin Malvy, président de la région Midi-Pyrénées, cet avis n’engage pas le gouvernement: «En 2008 nous avons bouclé avec le gouvernement de François Fillon, Dominique Bussereau puis Jean-Louis Borloo le dossier GPSO: Tours-Bordeaux, Bordeaux-Toulouse, Bordeaux-Dax. L’Etat s’est alors engagé, nous aussi, sur un projet dont il a toujours été spécifié qu’il constituait un tout. L’an dernier, après le rapport Duron – qui confirmait la nécessité de procéder à la prolongation vers Toulouse et Dax – le Gouvernement de Manuel Valls décidait qu’un seul projet – celui-là – serait réalisé sur le territoire national à partir de 2018. L’avis négatif de la Commission d’enquête me surprend dans la mesure où il reprend en large part les conclusions d’un rapport de la Cour des Comptes sur le système ferroviaire, bien connu du Gouvernement et les déclarations d’un Député de Gironde qui fut un ardent défenseur de Paris-Bordeaux. Cet avis ne lie pas le Gouvernement qui n’ignore pas que si les difficultés financières de la SNCF sur Tours-Bordeaux – aux dires même de la SNCF – ont largement pour origine les conditions dans lesquelles le Gouvernement Fillon a négocié la concession, l’apport des voyageurs de Midi-Pyrénées a toujours été considéré comme la justification même des investissements consentis entre Tours et Bordeaux. Cet apport ira d’ailleurs croissant dans les années qui viennent ce qui paraît ne pas avoir été pris en compte par la Commission. L’Insee l’évalue à 300 000 habitants à échéance 2030. Si des modifications doivent être apportées au projet, le Gouvernement devra le décider. Cela relève de sa responsabilité. Mais Toulouse et Midi-Pyrénées ne peuvent pas demeurer à l’écart d’un réseau national et européen à grande vitesse. Il y a quelques mois, cette même commission d’enquête donnait un avis favorable à la liaison Poitiers-Limoges. Les mêmes arguments auraient pu être utilisés. Toulouse – quatrième ville de France – à plus de 4 heures de Paris, Bordeaux à 2 heures. Ce déséquilibre n’est pas envisageable. Pour ma part, je ne l’envisage pas.»

Rappelons qu’à cet avis de la commission d’enquête sur la ligne nouvelle Bordeaux-Toulouse, s’ajoutent celui de la sortie sud de Bordeaux (favorable avec réserve) et celui du maillon nord de Toulouse, dont l’enquête publique, diligentée par le préfet de Midi-Pyrénées, Pascal Mailhos, a mené également à un avis négatif sur l’utilité du projet.

 

Opposition

 

Face à leurs territoires, les grands élus régionaux sont confrontés à une opposition toujours plus déterminée. On se souvient de la position totalement opposée à la LGV de Michèle Alliot-Marie, alors ministre du gouvernement Fillon et du refus de Ségolène Royal, alors présidente de la région Poitou-Charentes de participer à hauteur de 100 millions d’euros au projet Tours-Bordeaux. Dans les assemblées régionales, les opposants à la LGV, notamment écologistes, profitent de cet avis de la commission d’enquête, qui semble légitimer leur opposition. Ainsi, le groupe Europe Ecologie du conseil régional Midi-Pyrénées estime que «Les arguments développés depuis plusieurs années par les nombreux opposants à ce projet de LGV dont les élus Europe Ecologie Les Verts sont donc validés par l’enquête publique. Comme le souligne le rapport, il n’y a pas «l’expression d’un véritable besoin de LGV dans le Sud-Ouest» tant au sein des mouvements écologistes, que des syndicats professionnels, que des collectivités locales, etc. Nous ne pourrions comprendre que l’Etat passe outre cet avis défavorable, alors que l’enquête publique a mobilisé un grand nombre de citoyens et citoyennes».

De même le groupe Aquitaine région citoyenne, demande le retrait du projet: «Nous ne cessons de dénoncer les initiatives de développement économique qui accentuent le fait métropolitain au détriment des territoires intermédiaires. Nous pensons qu’elles sont fondées sur des erreurs de raisonnement économique et qu’elles sont territorialement injustes. L’avis de la commission nous donne raison. Nous demandons, en conséquence, l’abandon du projet et la réorientation des budgets déjà alloués vers la modernisation des lignes existantes et vers le développement économique des territoires intermédiaires.»

 

18 mois

 

Comme prévu, les élus, favorables, mais aussi les opposants, les futurs utilisateurs vont devoir argumenter sur le projet, dont l’Etat a 18 mois pour se saisir et décider ou non de l’utilité publique. Conséquence immédiate, plusieurs financeurs publics du sud-ouest, devraient geler, ou annuler leur participation au financement de la LGV Tours Bordeaux, dont le budget s’alourdirait ainsi de 200 à 300 millions d’euros non budgétés. Les participations actuelles des régions et collectivités desservies en Midi-Pyrénées, étaient souvent conditionnées à l’engagement de prolonger la LGV vers Toulouse. L’annonce d’arrêts moins fréquents à Angoulême et Libourne par exemple, sur la future ligne Paris Bordeaux, avait provoqué un tollé des élus charentais et girondins concernés. Le dossier ne peut donc plus être porté que par une volonté unanime des grands élus. Les deux présidents de métropole, Alain Juppé et Jean-Luc Moudenc, y sont favorables, comme les présidents de région. Mais, tous pourront-ils tenir ce programme ambitieux ?

L’effet ciseau entre les futures élections régionales, en décembre prochain, et les choix stratégiques des exécutifs confrontés à des ressources en baisse programmée, signe peut-être l’arrêt de ces projets à grande vitesse.

 

Focus

Le communiqué commun aux deux régions et métropoles: Grand Projet Ferroviaire du Sud Ouest (GPSO), «Les LGV Bordeaux-Toulouse et Bordeaux-Dax sont essentielles pour l’avenir économique de nos territoires»

Alain Rousset, président du conseil régional d’Aquitaine, Martin Malvy, président du conseil régional de Midi-Pyrénées, Alain Juppé, président de Bordeaux Métropole, et Jean-Luc Moudenc, président de Toulouse Métropole, prennent acte avec regret de l’avis défavorable rendu par la commission d’enquête sur le Grand Projet ferroviaire du Sud-Ouest (GPSO) concernant les lignes nouvelles Bordeaux-Toulouse et Bordeaux-Dax.

A l’évidence, cet avis est «dans l’air du temps» défavorable aux grands projets d’investissements pourtant indispensables pour relancer l’économie de notre pays et préparer notre avenir.

«Nous nous sommes engagés il y a plusieurs années, en partenariat avec l’Etat, la SNCF et RFF, sur un projet de désenclavement ferroviaire du Sud-Ouest de la France conforme aux nouvelles exigences du développement économique. Nous ne pouvons pas aujourd’hui imaginer que ce projet soit tronqué et qu’il n’en demeure que l’axe Paris-Bordeaux dont les aménagements s’achèvent et dont la justification passe par son prolongement vers l’Espagne du côté atlantique comme du côté Méditerranée.»

Ils rappellent ainsi que le grand Sud-Ouest de la France est sous-équipé au niveau ferroviaire depuis des décennies alors que des régions voisines comme Rhône-Alpes sont bien mieux dotées. Seules de nouvelles lignes vers le Sud permettront de répondre aux besoins croissants de mobilité de nos territoires.

Les grands élus du Sud-Ouest n’acceptent donc pas les arguments d’opportunité qui fondent pour l’essentiel les conclusions de ce rapport et prendraient en otage le Sud-Ouest de la France.

En même temps, ils relèvent tous les points positifs mis en relief par le rapport de la commission d’enquête: gains de temps entre Bordeaux et Toulouse, desserte des agglomérations du Grand Sud-Ouest, liaison Sud-Sud, amélioration des capacités existantes pour les Ter, nombre d’emplois créés par le chantier et maintien des entreprises de travaux publics, potentiel de report modal. Ils partagent l’analyse du rapport sur la nécessité de poursuivre les études complémentaires et les acquisitions foncières anticipées permettant, le moment venu, de réaliser les travaux.

Ils entendent poursuivre leur action pour faire en sorte que le grand Sud-Ouest ne demeure pas abandonné par la grande vitesse ferroviaire indispensable à la compétitivité des territoires, à nos entreprises, à notre industrie touristique et à la création d’emplois tout en étant le mode de transport le plus efficace pour concurrencer la route et lutter contre les émissions de gaz à effet de serre et la pollution atmosphérique.

«L’actuel gouvernement ayant inscrit la poursuite du projet comme unique perspective nationale à compter de 2018, nous nous refusons d’envisager que l’avis de la commission qui n’a pas encore été porté officiellement à notre connaissance signifie la remise en cause du projet. C’est la raison pour laquelle nous avons cet après-midi demandé audience à Monsieur Vidalies, secrétaire d’Etat aux transports, afin d’envisager avec lui les suites à donner à l’avis rendu par la commission d’enquête.»

 

 

 

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    LGV = GPII !!!

    Les z’élus sont pour et pensent que c’est ainsi qu’on leur reconnaîtra le sens de l’initiative (couler du béton, faire circuler des pelleteuses etc.) ainsi que des compétences politiques, les riverains sont contre parce que… ce sont des NIMBY (Not In My BackYard, pas dans mon jardin)…. Entre les deux l’intérêt général est absent, et en général le béton coule à flot!!! Bientôt plus beaucoup de sable et graviers, à tel point que les lobbies lorgnent désormais vers les zones Natura2000… Bousiller la planète, ça fait du fric !!!
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