Réalisations

« Les excès du star system » passionnent les internautes

Vous avez été très nombreux à réagir à la critique de William J. R. Curtis intitulée « Les excès du star system : le Projet Triangle de Herzog & de Meuron », publiée le 9 décembre dernier dans cette rubrique « points de vue » du Moniteur.fr.

Je rappelle que cette rubrique, dédiée aux débats de toutes sortes, vous est réservée. Pour publier un texte, il vous suffit de nous adresser un mail à l’adresse suivante : courrier.moniteur@groupemoniteur.fr.
Vos contributions seront ensuite sélectionnées par la rédaction en vue d’une éventuelle publication.
Tous les points de vue peuvent s’exprimer, à l’exception bien entendu des textes ouvertement promotionnels, insultants, racistes ou diffamatoires.
La polémique, lorsqu’elle n’est pas stérile, n’est pas exclue. C’est pourquoi nous avons décidé de publier le texte de William Curtis, malgré une critique très vive sur le travail de Herzog et de Meuron.
Preuve que cette polémique a pu faire avancer le débat : vos réactions. Elles ont été nombreuses et très pertinentes pour la plupart. Une surprise toutefois : vous avez été unanimes pour juger l’analyse de Curtis juste et pertinente. Les avis contraires sont donc les bienvenus.
Jean-Philippe Defawe, rédacteur en chef délégué

Vos réactions

La critique et le débat réapparaissent … Merci monsieur Curtis. Est-ce un bienfait de la crise actuelle ?
L’image de cette pyramide cristalline se réfère à tout un répertoire de représentations architecturales de réalisations et de projets historiques. Forme éminemment symbolique, sa présence règne dans les images d’architecture. Rarement elle démontre par sa réalité bâtie sa capacité au dépassement de son trop-plein expressif. Sa signification domine : immutabilité, pérennité… Ainsi, son usage dans l’espace construit est un rendez-vous d’intégration seulement dans une cohérence globale, programmatique et environnementale.
La localisation et la matérialité de la pyramide des « frères suisses » voisine de l’autre, celle du Louvre, nous démontre par le contraire toute la qualité de la proposition de monsieur Pei: volume espace unique de lumière, justesse d’échelle, présence symbolique qui fait sens dans le lieu. La mégalo pyramide « habitée » pose sa base sur un sol déjà occupé. Elle contient dans son expression l’image de sa ruine, ou de son implosion. Mille éclats de verre dans le ciel parisien, bouquet final du feu de la fête-Dieu*-consumériste !
Paule Soubeyrand, architecte d.p.l.g.
* Réf. au projet de « Métropole » d’Etienne-Louis Boullée, monument pour les célébrations de la fête-Dieu sur la butte Montmartre. »


J’abonde en votre sens quand à l’article magistral qui dit parfaitement ce que nous sommes nombreux à penser
Michèle Cordoleani, urbaniste-paysagiste et Claude Cordoleani, architecte-urbaniste

Mais ce monsieur Curtis a parfaitement raison. Et il le dit tellement bien qu’il est inutile d’ajouter un raisonnement complémentaire.
Comme lui, je suis déçu par l’évolution des grands bureaux. C’est fou comme l’appât du gain peut dérégler les hommes !
Jean Englebert

J’ai lu avec plaisir l’article de William J R CURTIS sur la tour « triangle ».
J’y trouve beaucoup d’idées et même de termes que je développe dans mes différents textes et notamment mon article que vous avez publié « Régressions économique, sociale, humaine… et architecturale ! ».
Je ne connais pas personnellement M. CURTIS, mais pourquoi pas entrer en contact avec lui, cela m’intéresserait. Voici mon site www.paris-pekin.eu où je développe beaucoup d’idées et même de projets autour de ces questions?
Luc Dupont, architecte

Entièrement d’accord avec l’avis de Curtis exprimé dans vos colonnes.
Le projet comme image, pour, servilement, fournir au maître d’ouvrage son image, est « criminel » : l’architecture réduite à la flagornerie, ce que condamnait, à mon avis, Adolf Loos en 1908 dans « crime et ornement », ce que stigmatise Hal Foster en 2008 dans « design et crime ».
Plus d’info sur ce thème sur mon site
Le phénomène de courtisanerie étant hélas encouragé par l’atmosphère monarchique qui règne depuis 18 mois sur ce pays !
Jacques Anglade

Ca fait un bien fou de lire une vérité que je doutais de pouvoir partager avec d’autres, tellement la pensée unique et inique étouffe la sphère médiatique.
Mes propos ne sont pas de circonstance et notre devise est « LE BEAU EST LA SPLENDEUR DU VRAI » de PLATON.
Et cela fait de l’architecture d’HOMME, indifférente aux gesticulations des bouffons de l’oligarchie branchée.
Bruno Zanardini, architecte (Belgique)

Merci pour cet article, rafraichissant et parfaitement justifié, auquel il n’y a rien à ajouter.
Dans ce domaine (comme dans d’autres) nous avons besoin de telles opinions, à la fois indépendantes et informées, pour nous remettre la tête à l’endroit face au déferlement médiatique des intérêts politiques, privés et d’affaires. Le sujet des tours à Paris en est effectivement une parfaite illustration.
Laurent Jurgensen, architecte, ancien Directeur Technique de la chaîne Méridien

Bravo à W. Curtis, on ne peut pas dire mieux. Enfin quelqu’un qui réagit posément sur une dérive « Bilbaoienne » de l’architecture des princes qui sombre dans un formalisme ridicule et surtout dangereux, totalement dénué de toute pertinence en matière de développement durable. A l’image du monde politique, il s’agit de faire parler de soit en faisant fi de toutes les conséquences collatérales… Dans le genre, on peut parler du projet du musée des Confluences à Lyon.
Yves Mercier, architecte

Merci pour cette note heureusement dissonante dans le flot consensuel d’auto-satisfaction politico-médiatico-promoto-architecturale ambiante sur les beaux objets rutilants conçus sur écrans plats.
Le choix du Triangle comme exemple emblématique de la duperie des discours sur ces objets est tellement juste, qu’il me semble me souvenir d’un article de présentation du projet par le site du Moniteur, faisant passer l’idée que ce gros pataquès pointu serait « transparent » pour les lieux environnants parce que ses façades étaient largement vitrées ! Il faut espérer alors que les planchers, les refends, les gaines d’ascenseurs et jusqu’au mobilier le seraient aussi.
Il me semble que, spécialement depuis le 11 Septembre, les symboles du pouvoir économique doivent absolument passer par ces tours, telles décriées par ailleurs par leurs utilisateurs obligés.
La densité urbaine a bon dos.
Laurent Bonhomme, architecte

Enfin une réflexion salutaire sur les pseudo oeuvres architecturale de grandes signatures.
Il s’agit bien de prétexte pour les hommes de pouvoir politique ou financiers.
Lorsqu’il s’agit d’oeuvres publiques leur coût est toujours exorbitant surtout en entretien. Il faudrait les faire financer en coût global tel que le propose la nouvelle loi sur les contrats de partenariat.
Les oeuvres tel que le musée Guggenheim de Bilbao sont dérangeantes pour l’esprit, on a du mal a voir l’intérêt comparé à un architecte comme Gaudi par exemple.
Même le musée des arts premiers de Nouvel semble être un essai sur des boites vu de l’extérieur, sera t-il un jour apprivoisé par ses habitants et ses riverains.
Posons-nous la question.
Salutations et bravo pour des points de vue à l’encontre de la mode libérale.
Mario Spanu, responsable technique

Bravo, très bonne critique à partir d’un projet caricatural de la dérive actuelle. Je suis d’autant plus satisfait de voir ce texte publié que ce projet, et la présentation manipulatrice qui l’accompagne, m’ont particulièrement choqué.
Vincent Rocher, architecte

Bravo pour cet article plein de bon sens. En effet, je ne vois pas de geste architectural dans cette pyramide.
Aussi je pense que l’architecture doit être jugée et choisie par des personnes compétentes.
J’ai honte pour la profession, mais j’imagine bien tous les non-initiés crier au génie dans un acte qui n’est pour l’instant qu’une belle image de synthèse.
Je dois aussi reconnaître que mon travail se situe aux antipodes de nos architectes de la pyramides et autres agences qui se gargarisent de ce genre d’images payées sans doute très chères aussi.
Je pense que l’architecte souffre d’une non reconnaissance de son travail et qu’il lui est plus simple de produire ce genre d’image apte à être jugées par n’importe qui, plutôt que de proposer des lieux adaptés aux circonstances.
Encore merci,
Christophe Perret

Merci à monsieur Curtis (et à vous de lui faire savoir) d’avoir formulé avec pertinence et mesure les dérives narcissiques d’élus et d’architectes aussi talentueux que M. Herzog, même si beaucoup de projets sont remarquables.
Paradoxalement, une certaine mécanique de concours y mène aussi.
S’agissant de Paris, la mystification est évidente et non dénoncée : outre les plus mauvaises raisons évoquées par l’auteur, la crainte du délit de ringardise semble terroriser largement les édiles.
Il vous revient à vous, Le Moniteur aussi d’exiger d’autres illustrations que les images de synthèse abusives dont M. Curtis souligne bien la malhonnêteté.
Carole Meininger-Bénassy, chargée de mission auprès du secrétaire général des Grandes opérations d’urbanisme

J’étais, moi-même, séduit par cette tour… et l’analyse de Curtis m’oblige à plus de réflexion, de mesure et de respect de l’environnement…
Continuons le débat…
Gilles Poingt

Vous avez totalement raison
Aujourd’hui j’ai l’impression que mes éminents confrères et soeurs « s’amusent » avec leurs ordinateurs hyper-performants en oubliant l’urbain et l’humain.
En effet ils deviennent créateurs de Formes et non plus créateurs d’Espaces de vie.
Des sculpteurs géniaux mais loin de leur mission de créer de l’Habitable, de l’Utilisable, de l’Adaptable, en puisant dans toutes leurs ressources poétiques et en gardant à l’idée l’HOMME qui va habiter, utiliser et voir son bâtiment, son « oeuvre »
Leur idéal est de « marquer » leur territoire en visant toujours plus haut, toujours plus complexe, toujours plus inhumain (c’est moi qui ai la plus longue… comme dans les cours d’école à 6 ans…!).
A tel point qu’à ce jour dans notre bonne vieille ville de Lyon, un projet « Phare », emblématique, attendu avec impatience par tous, ne sera peut être qu’un joli dessin qui aurait du rester dans les cartons car la réalisation du Musée des Confluences est d’une complexité qui affole les bureaux d’études, les bureaux de contrôle et par conséquence les assureurs, incontournables acteurs de notre monde (si ceux là avaient eu leur mot à dire à l’époque, aurions nous aujourd’hui nos cathédrales?).
Gaia Archiitectes

Excellent article rédigé en une langue simple et claire.
Enfin un peu de bon sens !
Jacques Sandjian

Bravo pour cet article et cet esprit de bon sens. La génération actuelle, qu’elle soit architecte ou autre a oublié l’humilité nécessaire lorsque l’on oeuvre pour le public; l’égo est devenu la référence de la compétence, et ce n’est plus au savoir faire qu’elle veut être appréciée, mais au savoir, non même plus communiquer, mais au savoir se montrer, démesurément et orgueilleusement.
Au vu de ce que les écrans des médias nous apportent, le monde se
diviseraient entre ceux qui se marchent mutuellement sur la tête pour être les mieux vus, et mieux payés, et ceux qui sont contraints, pressurés pour donner leur maigres ressources pour engraisser les premiers.
Problème: malgré les exemples de l’histoire des civilisations, comment allons-nous arrêter la mégalomanie de la classe des possédants ; eux-mêmes ne se rendent plus compte combien ils scient la branche qui les accueille.
Elekcite

Tout à fait d’accord, et je vous renvoie à l’excellent article d’Olivier Jullien dans Le Monde du 26/11 intitulé « Art contemporain, le triomphe des cyniques » qui, après avoir évoqué les excès Jeff Koons à Versailles, Jan Fabre au Louvre ou vente Damien Hirst, écrit : « Hélas ! peu d’articles critiques et peu d’auteurs pour chercher à décoder cette inflation de moyens comme les principes de quantité et du spectaculaire. De même, déplorons la complaisance des « conservateurs » des lieux, qui ouvrent leurs palais à des faiseurs ou de grands argentiers ».
Le schéma est le même à Paris et je suis très déçu de la gouvernance de Mr Delanoë, sans doute très bon gestionnaire, mais à quel prix : grandes opérations de façadisme sauvage en plein Paris, enlaidissement des rues (multiplication de bananes plastiques monstrueuses, pléthore de signalisation dans les couloirs de bus, potelets partout, …), encoquillage fluo des façades et coloriage systématique des nouveaux monuments (toit des Halles, docks de la Cité de la mode, sans doute la Salle philarmonique, et en tous cas la future cour Visconti au Louvre…) et maintenant des tours pour « faire » encore plus moderne !
Michel Staedel

Bravo pour vos commentaires. C’est la première fois que je lis un article aussi vrai !!!
Je suis dessinateur projeteur et l’architecture actuelle me dépasse et m’intéresse de moins en moins.
Tout n’est que copier/coller. Le soucis du détail n’existe plus.
L’intéressement n’existe plus que dans le spectaculaire il est plus facile de construire du « gros et Moche » que de construire du « petit et jolie ». Nous ne sommes plus dans la république mais dans la réplique d’un monde qui ne nous correspond plus « une contre façon ».
Et toutes ces belles gueules qui font ces projets débiles « les excès » comme vous dites et qui viennent avec leur montre à 3000 euros vous dire que leur projet est « une belle aventure ».
Moi j’ai une Swatch offerte par mon meilleur copain et je ne la changerai pour rien au monde même si j’ai les moyens. Pour moi l’architecture ça devrait être ça un moyen de donner aux autres une chose immense comme un souvenir, etc… et qui ne s’oublie pas.
Dans l’attente de lire votre prochain article
Cyril

J’adore ce projet! J’ approuve les critiques qui se dressent contre le  » star systèm  » et leur triste conséquence sur la pérennité de nos espaces et sur l’exemple malheureux qu’ils donnent à suivre .superficiel et illusoire..Mais quand vient l’exception « ouaw » je respire et me laisse séduire. Oui à l’objet spectaculaire, à la fois surprenant et étrangement familier ! Presque sur réaliste, il tisse ce premier lien émotionnel avec l’homme, sa culture, puis la ville. N’est ce pas là l’enjeu premier de l’architecture? Par delà l’existant ce monument est voué à animer et éclairer le paysage urbain. Enfin un monument contemporain qui laisse espérer qu’il est encore possible de construire des œuvres d’architecture. Cette sensation à créer « pour les yeux de tous » est plutôt très généreuse, optimiste et surtout très salutaire en ces temps de crise. Si ce peu d’égoïsme dépensé avec goût venait à pimenter les joies de nos quartiers un peu plus souvent ! ! nous en serions plus heureux..
Cette pyramide monumentale est « juste belle », et subtile dans sa retranscription d’une icône formelle passée. Elle apparaît comme une forme d’ éternité résolument contemporaine, traversant le temps. Sans prétendre inventer une nouvelle forme, les architectes réinventent, subliment et rendent hommage aux évidences du génie passé. Cette tour (qui n’est plus une tour) apparaît alors au contraire comme un objet très humble et étonnamment moderne dans l’éclat de sa mise en scène et le choix de son implantation.
Merci à eux de représenter cette architecture « juste » belle, fonctionnelle, humble et désormais spectaculaire. Herzog et de Meuron ont de la classe, comment ils pourraient nous le cacher ? ? ! Et ce projet ne se compare en rien aux « gesticulations » vulgaires de certains de leurs confrères.
A mon gout, Mr William Curtis a bien mal choisi son bouc émissaire.
Une architecte de province

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