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Les Européens discutent d’énergie sur fond de querelles protectionnistes

Les dirigeants européens se sont retrouvés jeudi après-midi à Bruxelles pour un sommet dont l’énergie est le sujet principal, mais qui risque d’être gâché par leur désaccord sur le patriotisme économique et l’affaire Enel/Suez/Gaz de France.

Dès son arrivée à Bruxelles, pour une réunion des dirigeants conservateurs européens quelques heures avant le sommet, la chancelière allemande Angela Merkel a appelé à « ne pas penser uniquement en termes nationaux » en matière d’énergie, et à « se mettre d’accord sur des champions européens ».
« Le marché intérieur ne peut fonctionner que si l’électricité peut circuler librement et si on peut se mettre d’accord sur des champions européens et ne pas penser uniquement en termes nationaux », a-t-elle déclaré.
« Sinon, le marché intérieur n’aurait aucun sens », a-t-elle ajouté.
L’Autriche, qui assume la présidence tournante de l’UE, a demandé à Mme Merkel de lancer la discussion prévue jeudi soir entre les chefs d’Etat et de gouvernement de l’UE sur une politique énergétique commune.
C’est précisément lors de cette discussion que les débats risquent de déraper si le chef du gouvernement italien Silvio Berlusconi décide de monter au créneau pour dénoncer l’action du gouvernement français contre l’offre de rachat de Suez par Enel.
Pour contrer cette offensive du groupe énergétique italien, Paris a annoncé le mois dernier dans l’urgence la fusion de Suez et de Gaz de France, déclenchant la colère de Rome.
Depuis, l’Italie ne cesse de taxer de nationalisme économique les efforts français pour bloquer ce rachat.
Elle a dans ce domaine le soutien de la Commission européenne comme de plusieurs pays membres, dont l’Autriche, le Royaume-Uni, les Pays-Bas, la Suède, ou la Belgique, favorables à une plus grande ouverture des marchés.
Lors d’une réunion des dirigeants libéraux européens, qui se tenait aussi jeudi à Bruxelles avant le sommet en présence notamment des Premier ministres belge, danois et estonien, tous se sont prononcés contre le protectionnisme.
« Nous ne voulons pas de protectionnisme au sein de l’UE », a ainsi déclaré le Belge Guy Verhofstadt.
La plupart des Etats membres semblent cependant vouloir éviter un clash, après avoir déjà vécu plusieurs sommets difficiles sur le budget, l’avenir de l’Europe, ou la Turquie.
Afficher une unité est d’autant plus important qu’après les « non » français et néerlandais à la Constitution européenne l’an dernier, les 25 cherchent à tout prix le moyen de rallier les citoyens à la construction européenne.
La principale incertitude vient de l’attitude du chef du gouvernement italien Silvio Berlusconi, coutumier des gaffes et des esclandres, et sur lequel la pression est particulièrement forte à trois semaines des élections législatives italiennes.
Une « approche sereine, constructive et rassembleuse est de mise » pour ce sommet, a affirmé un diplomate français. « Mais la question est de savoir quel message (Berlusconi) voudra faire passer à son opinion publique ».
Toutefois, le quotidien italien de centre-gauche La Repubblica estimait jeudi qu’un coup d’éclat du Cavaliere pourrait être « un avantage » sur le plan électoral pour son rival, l’ancien président de la Commission européenne Romano Prodi.

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