Paysage

Les entrées de ville peuvent sortir du « néant géographique »

Mots clés : Aménagement paysager - Architecte - Etat et collectivités locales

Le thème des entrées de ville stimule l’envie de débattre : la conférence consacrée à ce sujet par Paysage Actualités, le 6 décembre à Paris, en a apporté la démonstration. Architectes, paysagistes, aménageurs et collectivités : tous ont pris conscience des erreurs passées. Les nouveaux permis d’aménager renforcent l’espoir de sortir de la France moche.

Un promoteur commercial droit dans ses bottes, face à des architectes et paysagistes prompts à dénoncer les ghettos pour consommateurs et la mort des centres villes : qu’il ait convaincu ou non, Philippe Journo, président de la Compagnie de Phalsbourg, a réussi sa prestation à la conférence de Paysage Actualités le 6 décembre à Paris. Avant même la prestation du créateur de l’Atoll d’Angers, du Waves de Metz et de Ma petite Madelaine de Joué-lès-Tours, Catherine Jacquot, présidente de l’ordre des architectes, avait pris position : « Un beau centre commercial périphérique ne peut apporter de solutions à la question des entrées de ville ».

 

Pas de coupable unique

 

A cette affirmation associée à la défense de la mixité fonctionnelle et des mobilités douces, Jean-Marc Bouillon, président de la fédération française du paysage, oppose son pragmatisme : « Pour une fois qu’un promoteur commercial priorise les espaces verts, saluons cette démarche », commentait-il au sortir de la conférence. Avec son art de mélanger volontarisme et modestie, Philippe Journo désarçonne ses adversaires : « Même si nous pensons faire mieux que nos concurrents, j’admets volontiers l’hypothèse d’une démolition de nos réalisations, dans 20 ou 30 ans», déclare le promoteur amoureux des arbres et plébiscité par les consommateurs. « Défendre une profession qui a massacré les entrées de ville ne constitue pas un exercice facile », reconnaît par ailleurs Philippe Journo, tout en insistant sur le fait qu’« il n’existe pas de coupable unique que l’on pourrait désigner comme le salaud ».

 

Nouveaux outils

 

Avant le show de la Compagnie de Phalsbourg, les maîtres d’œuvre et les maîtres d’ouvrage invités à la table ronde sont tombés d’accord : les nouveaux outils réglementaires donnent les moyens de mieux faire. Rapporteur de la loi sur la création, l’architecture et le patrimoine qui confient aux architectes et aux paysagistes la maîtrise d’œuvre des lotissements, le député de Paris Patrick Bloche espère « une petite révolution », susceptible de « ranimer le désir d’architecture et de paysage ».

Pour Christophe Degruelle, président de l’agglomération de Blois et vice-président de l’association des communautés de France délégué au paysage, la capacité d’action des  collectivités résulte surtout des plans locaux d’urbanisme intercommunaux : « Dépourvues d’ingénierie, les communes périurbaines manquaient d’arguments pour résister à la pression du commerce périphérique », rappelle-t-il.

 

Intelligence collective

 

De brillantes exceptions montrent toutefois que des petites villes ont su précéder l’esprit de la loi : lauréate du concours des entrées de ville et des franges urbaines à l’issue de la délibération du jury réuni le 25 novembre, Sarralbe (Moselle, 4600 habitants) attire les cyclistes et les plaisanciers vers son centre, à partir du canal de la Sarre.

Le désir d’architecture et de paysage a également saisi Brumath (Bas-Rhin, 10 000 habitants) engagé depuis 2010 dans la réalisation d’un quartier proche de la gare, qui enrichit l’offre d’habitat collectif et social dans une ville à dominante pavillonnaire. Présenté par Claire Hamann, de l’agence Urbitat, mandataire de la maîtrise d’œuvre à laquelle contribuent les paysagistes de Complementerre, ce projet,  concédé par la commune à CM-CIC Aménagement foncier, confirme le constat de Pascale Poirot, présidente du syndicat national des aménageurs et lotisseurs (Snal) : « Les membres du Snal ont l’habitude d’additionner les talents pour créer de l’intelligence collective ».

Ces lueurs d’espoir suffiront-elles à sortir les confins périurbains de leur « néant géographique », pour reprendre l’expression utilisée par Bernard Maris dans « Si on aimait la France » ? Christophe Degruelle a rappelé l’ampleur des dégâts et situé l’enjeu politique des entrées de ville dans le contexte de crise de la démocratie, en rappelant là une d’une édition du Monde parue au début 2012 : « La droite culmine à 50 km de Paris ».

 

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