Réalisations

« Les Egyptiens n’étaient pas des magiciens » par Gérard Raimbaud

En réaction a votre publication sur la très sensationnelle théorie de l’architecte Jean Pierre Houdin concernant l’emploi d’une rampe interne en tunnel pour la construction des pyramides, voici un contre point de vue.

Les images 3 D utilisées, sans détails et coupes des structures de voûte et parois ne prouvent rien… et démontrent peu de choses nouvelles, à part les progrès graphiques de présentation des idées (…).
Soyons sérieux et répondons a votre « archipoete » !
J’ai assisté a des manipulations humaines de blocs de cette taille, a des essais de levage et d’édification, au travail en carrière des hommes qui réalisent encore aujourd’hui les manutentions de blocs semblables… en Egypte, en Italie, et même en France…
J’ai constaté les difficultés d’empilement stables et solides de blocs non scellés, non ferraillés… où l’on évite méthodiquement tout point creux, tout vide, toute faille et fissure.
J’ai vu des ouvriers travailler à la restauration des murs d’édifices composés de blocs importants,
avec des moyens rustiques, de terrain, sans magie et extra terrestres.
Je connais le site du Caire, et les sites très nombreux de pyramide… qui laissent parfois apercevoir des flancs et arêtes effrontés, sans trace de galeries internes.

Ou sont les traces construction et rebouchage de ces galeries ???
Quelles bases de constat sur le terrain ? Des pyramides, des murailles, des tombeaux ont été démontées , remparées, restaurées, sondées, purgées, consolidés, comme tous les édifices immenses d’Egypte, qui sont parfois partiellement démontés et remontées après réparation ou remplacement de pierres, et sont tous les jours détaillés par des gens compétents sur place (…).

Déplacer des blocs de 1m3 n’est pas chose facile, mais on peut y arriver, sans logiciels, écrans et souris… et avec des solutions éprouvées de manutention.
Visitez les carrières d’Egypte d’ou viennent ces blocs, les méthodes sont inchangées, les blocs déplacés sur des rampes, par des hommes, sous le soleil !
Ils ne sont certes aujourd’hui que quelques dizaine sur chaque site la ou ils étaient probablement des milliers ! (…)

Le tunnel interne seule solution possible ? Ah bon ?
Quels avantages par rapport à la pente externe ? Utilisée dans tous les autres cas et monuments ?
Karnak présente des cas d’élévation de centaines de piliers bien plus techniques et aux dimensions de blocs très supérieurs (…).
La complexité de mise en oeuvre et de construction des quelques minuscules galeries intérieures existantes (toujours de sections carrées) pour accéder aux salles des tombeaux (au coeur de la masse et seules à être en voûte triangulaire grâce a des dalles énormes au faîtage (…) démontre la faiblesse de cette théorie.
(…) L’auteur sait-il que le poids a fait fissurer, éclater et effondrer partiellement des pyramides pleines lors d’essai de construction de cette époque, pourtant de dimensions plus modestes ?
Les Egyptiens n’étaient pas magiciens, ni rêveurs, ni sots et mettaient en oeuvre des solutions simples car seules efficaces… et savaient tirer leçon de leurs essais et erreurs, comme nos maçons, tailleurs de pierres et bâtisseurs de cathédrales…

Une voûte en triangle qui longerait les flancs des parois d’une pyramide s’effondrerait sous la pression des blocs qui poussent l’ensemble vers le bas… et vers l’extérieur… C’est une ineptie dangereuse que démontrera n’importe quel maçon.
(…) De plus, si tant est qu’on parvienne a en réaliser une de quelques formes que ce soit :en fin de travaux, le rebouchage de cette galerie avec des blocs identiques pose des problèmes de manutention de blocs impossible a résoudre dans un espace exigu… ou ne peuvent être utilisés des engins de levage (qui semblent pourtant indispensables sur la vidéo pour faire bêtement pivoter un traîneau que tous les carriers et ouvriers pivotent à la main en quelques secondes).

Les Egyptiens rencontraient de gros problèmes pour condamner les galeries internes de leurs constructions, sources de poches de vides, failles et fissures, qui restent toujours des points faibles reconnus dans une structure… pourtant étudiées et conçues pour une tenue dans le temps illimitée.
Ils utilisaient des alternances de blocs-portes et remplissage en terre des conduits trop étroits, qui restaient des points faibles et tous les égyptologues de terrains savent qu’ils évitaient soigneusement de créer des vides et des espaces creux !

Argument fort de l’exposé : l’auteur pense que son fameux tunnel de 1600 mètres était beaucoup plus confortable pour les ouvriers qui pouvaient alors travailler a l’ombre !
C’est une pensée noble et attendrissante, mais les Egyptiens redoutaient moins le soleil que l’auteur et savaient s’en protéger sur une rampe externe avec de simples auvents en bois !
Et de plus le confort des ouvriers était certainement le dernier des soucis des constructeurs et architectes de l’époque !
(…) L’histoire démontre la capacité du génie humain a faire des choses qui paraissent aujourd’hui complexes a ceux qui refusent d’étudier les exemples démontrés de réalisme et de persévérance.
Les Grecs ont construit en blocs massifs. Les romains aussi. Les Perses, les Chinois, les Incas, les mayas, les Aztèques également.
Des édifices monumentaux aux empilements soigneusement clos, denses, compacts.
Même les Européens ont édifié des murailles, et savent encore le faire !
La manutention lourde était inchangée jusqu’au 18 ème siècle…
Les exemples de portage, levage, et édification herculéens abondent dans l’histoire des hommes de tous les continents et doivent être étudiés avec humilité, sans croire innover avec des théories bien méprisantes pour les artisans des pays concernés.
(…) Ne méprisons pas par ignorance les réalisations des autres a défaut de maîtriser tous les détails techniques des métiers et artisanats concernés.
Les hommes Egypte et d’ailleurs ont utilisé et utilisent sur le terrain des solutions simples, éprouvées, millénaires, mises en oeuvre par des travailleurs tenaces.
Les romains ont mis fin au siège de la forteresse des hébreux dans le Sinaï en construisant une rampe de sable gigantesque de plusieurs centaines de mètres de long afin d’accéder aux murailles édifiées au sommet d’une montagne avec des tours d’assaut en bois.
En plein désert, en pleine guerre, une rampe gigantesque de sable a été édifiée en quelques mois, pour tuer quelques centaine de résistants héroïques, il y a 2000 ans. La rampe de terre et de sable subsiste toujours.

Plus près de nous, sous l’empire, un officier français et sa petite équipe, a ramené un obélisque (monobloc énorme, et cassant !) de Louxor a Paris, sur simple ordre de Napoléon, en traversant les terres d’Egypte, les mers, et la France… pour finir place de la concorde.
Le tout réalisé sans moteurs, sans milliers d’ouvriers, sous le soleil, sans tunnels et sans vidéo 3D…

Gérard Raimbaud, HTR (traitement de surface et rénovation de façades historiques)

Nous écrire : courrier.moniteur@groupemoniteur.fr

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