Réalisations

Les digues: une épée de Damoclès sur La Nouvelle-Orléans

Les digues de La Nouvelle-Orléans, qui avaient rompu sous l’effet du cyclone Katrina, ont fait l’objet de réparations de fortune mais il faudra au moins six mois avant de pouvoir les consolider suffisamment pour qu’elles puissent résister à un nouveau cyclone.

La ville est encore moins à même de résister à une nouvelle calamité qu’il y a un mois et même un cyclone de faible intensité provoquerait à nouveau des inondations massives.
En l’état actuel, les digues « ne garantissent pas que la ville puisse être protégée des inondations résultant de tempêtes ou de cyclones », a averti le colonel Richard Wagenaar, commandant du corps des ingénieurs de l’armée de terre américaine (Usace) pour le district de La Nouvelle-Orléans.
Coincée dans une boucle du Mississippi, bordée au nord par le lac Pontchartrain, la métropole portuaire est protégée par un complexe réseau de 560 km de digues et de canaux, conçu à partir du XVIIIe siècle pour enserrer la ville et l’isoler des eaux.
C’est la rupture en six endroits de ces murs qui a provoqué l’inondation à 80% de la cité créole.

Depuis 22 jours, le long des brèches ouvertes dans les digues, c’est un incessant ballet de camions, de bulldozers et de pelleteuses, des travaux qui s’effectuent jour et nuit sous l’égide de l’armée en collaboration avec des entreprises de construction privées.
Le long du canal de la 17ème Rue des camions continuent de déverser dans une chaleur étouffante des tonnes de béton concassé pour ériger une berme de cinq à six mètres de large le long de la digue.
Cette dernière surprend par son côté rudimentaire: un simple assemblage de grosses dalles de béton d’environ trois mètres de haut et 30 cm de large.

Sur le côté, devant la brèche béante qui avait laissé se déverser des milliards de m3 d’eau du lac dans la ville, certains pans du mur ont été emportés et gisent à moitié ensevelis sous la boue, comme un jeu de cartes balayé par le vent. Les quelques maisons encore debout ont l’air d’édifices de papier froissés par des mains géantes.

Tout le monde a les yeux rivés sur l’effrayant cyclone Rita qui approche. « Nous surveillons la situation 24 heures sur 24 », lance Couser Hano, aux manettes d’un bulldozer.
Le chemin de remblai est stable, assure-t-il. « Nous avons des bulldozers, des grues, des camions dessus. Vous pouvez y mettre n’importe quoi et cela tiendra ».
Il tiendra sans doute. Mais ce n’est qu’un colmatage de fortune: le remblai est toujours trop bas, environ deux mètres au-dessous du sommet du mur: une montée des eaux, même faible, provoquerait à nouveau l’inondation de la ville.

Les digues ne seront pas prêtes si Rita déviait sur La Nouvelle-Orléans. « Il n’est pas possible de les restaurer en 22 jours », reconnaît tout simplement le général Robert Crear de l’Usace. Le but, ajoute-t-il, est que les travaux soient achevés pour la prochaine saison des cyclones qui débutera en juin.
Pour pouvoir colmater rapidement toute nouvelle brèche, 800 sacs de 4,5 tonnes de sable chacun ont été placés à proximité et 2.500 sacs supplémentaires sont en voie d’acheminement.
Sur le canal de London Avenue, d’énormes grues finissent d’assembler dans l’urgence à l’entrée du chenal un mur de poutrelles plates d’une vingtaine de mètres de haut: un « rideau d’acier » étanche qui pourra être fermé en quelques heures pour contenir une éventuelle montée des eaux du lac.
Des experts et le Génie militaire américain s’opposent sur l’origine de l’inondation de La Nouvelle-Orléans, les premiers incriminant la construction déficiente des digues et les seconds estimant que la faute en revient à la puissance inhabituelle du cyclone Katrina.

Francis TEMMAN (AFP)

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