Environnement

Les Carrières du Boulonnais soignent leur biodiversité

Mots clés : Démarche environnementale

Orchidées ou hibou grand-duc, depuis quelques années les Carrières du Boulonnais sont aux petits soins pour leurs habitants «clandestins». Le groupe, qui commercialise plus 7 millions de tonnes de granulats calcaires par an, chouchoute ces pensionnaires avec des espaces dédiés, comme dans la gigantesque carrière à ciel ouvert de Ferques (Pas-de-Calais).

Attention explosif. Tous les jours en fin de matinée c’est le même rituel. Mise en sécurité du site avant explosion des mines qui permettront de faire tomber la roche. Vu leur fréquence, les tirs de mines ici sont maîtrisés en interne. Par cette belle matinée d’été 2017, pas moins de 13 mines vont ainsi exploser sur ce premier tir, libérant environ 13 000 tonnes de roches. La majorité sera récupérée quasi-brut afin d’alimenter l’immense chantier tout proche du port du Calais, nécessitant énormément de matériaux d’enrochement.

Quelques minutes plus tard deux autres explosions sur deux autres fronts de mines différents permettront de dégager d’autres roches. Après concassage, certaines alimenteront en granulat des chantiers de BTP ou des usines du Dunkerquois, notamment grâce à la voie ferrée «branchée» directement sur la carrière. Un tiers de la production est ainsi exporté par rail. Une fois les tirs de mines passés, l’activité reprend de plus belle sur le site de 500 hectares dont 290 exploités, avec, notamment, le ballet des camions venant charger les énormes cailloux.

 

Milieu de prédilection du grand-duc d’Europe

 

Tout ce remue-ménage n’effraie pas le hibou grand-duc, bien au contraire. C’est à côté de ces fronts de mines actifs qu’il a choisi de nicher. Les sites carriers offrent en effet des milieux de prédilection pour le développement de cette espèce en voie d’extinction. Sa survie est clairement corrélée à l’évolution des sites carriers. C’est d’ailleurs sur ce site de Ferques en pleine exploitation que le premier couple nicheur du Pas-de-Calais a été localisé en 2012.

«Pour que les ornithologues puissent venir observer le suivi de reproduction du rapace, Carrières du Boulonnais a rapidement signé avec l’association Aubépine et le Parc naturel régional des caps et marais d’Opale (PNRCMO) une convention», explique Jean-Damien Cagnard, responsable foncier filière granulat de Carrières du Boulonnais (CB) et qui depuis accompagne les spécialistes dans leurs observations.

Grâce à cette convention, l’ornithologue de l’association peut en effet accéder sur le site régulièrement. Il transmet à l’exploitant carrier et au parc naturel un compte rendu annuel d’observation ainsi qu’une analyse des sites potentiels pour la nidification.«Depuis 2012, une quinzaine de jeunes hiboux ont ainsi pu prendre leur envol depuis notre carrière de Ferques», note Olivier Poulain, en charge de la «responsabilité sociétale de l’entreprise» (RSE) du groupe CB. Cet été, trois jeunes ont été repérés par l’ornithologue.

«Pour faciliter le maintien du hibou sur le site nous avons aménagé une aire de substitution», explique le responsable foncier. L’objectif est que le couple s’installe sur cette partie du site inexploitée afin de libérer le front de mines sur lequel il se situe actuellement et que le groupe CB aimerait pouvoir exploiter dans quelques années.

 

Au ras des orchidées

 

A coté de la carrière, sur les zones de dépôts de stériles (parties non utilisables des roches dégagées), l’entreprise œuvre cette fois au ras du sol pour favoriser les pelouses calcicoles et leur important potentiel floristique notamment d’orchidées. Pour cela le groupe a signé une autre convention avec le PNRCMO afin de faire pâturer sur ces zones de dépôts de stériles des moutons de race locale. Objectif: maintenir un milieu semi-ouvert qui sied parfaitement aux orchidées et aux autres habitants de ces pelouses calcicoles.

La gestion des moutons est confiée à un agriculteur local. «Ces zones sont en accès libre pour la réalisation d’inventaires floristiques par le personnel du parc naturel. Cette démarche offre une image positive et utile des zones de dépôts de carrières», souligne Olivier Poulain.

Le bassin de Marquise possède de surcroît au travers du plan de paysages du bassin minier de Marquise (voir encadré ci-dessous) un outil original de planification des zones de dépôt de ces stériles. Environ 2,5 millions de tonnes de stériles sont produites par an sur le site de Ferques pour environ 6 millions de tonnes commercialisées.

 

Des abeilles aussi

 

En 2013 le groupe a en parallèle initié une opération originale visant à accueillir sur ses sites l’abeille noire menacée de disparition. Les Carrières du Boulonnais ont ainsi commandé la construction de ruches à l’Esat de Conteville-lès-Boulogne (Pas-de-Calais). La mise en peinture des ruches a été réalisée par les écoles des communes voisines avec une peinture écologique Nérée, développée avec les fines argilo-calcaires issues du lavage des matériaux des Carrières du Boulonnais. «Nous avons désormais sur nos sites 21 ruches pour les 21 communes qui composent la communauté de communes de la Terre des deux caps. Depuis 2015, du miel est distribué à Noël à tous les salariés», se félicite Jean-Damien Cagnard. Il ajoute que le groupe CB a récolté plusieurs prix grâce à ces actions liées à la protection de la biodiversité.

 

Focus

Plan paysage du bassin minier de Marquise

Le bassin minier de Marquise qui compte plusieurs sites en activité (Carrières du Boulonnais, de la Vallée Heureuse, du Stinkal, Chaux et Dolomie) possède un outil original et performant de planification des zones de stockage des stériles (partie des roches non commercialisables). Créé en 1994 suite aux gigantesques travaux du tunnel sous la manche entraînant une importante production de stériles, le plan paysage du bassin prévoit les terrains de stockage, leur forme et leur gestion optimum. Réactualisé en 2O14, le plan imaginé en partenariat avec le parc et l’état vise à créer des espaces de grande qualité paysagère et à éviter que n’apparaissent de façon anarchique des friches industrielles. Grâce à cette démarche les carriers ne se font pas la guerre pour trouver des terrains de dépôts et deux lignes de collines riches en biodiversité sont en train d’apparaître sur le pourtour de l’excavation des carrières.

 

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