Réalisations

Les architectes se mobilisent pour le logement social

Les architectes de l’Union nationale des syndicats français d’architectes (Unsfa) réunis pour leur 36ème congrès ont affirmé les liens entre l’architecture (l’urbanisme en particulier) et la cohésion sociale. Bilan.

Quel est le premier critère de qualité d’un logement ? Réponse : sa localisation. Cette affirmation exprime assez bien la teneur des débats qui se sont déroulés du 6 au 8 octobre à Paris.
Alors que Jean-Louis Borloo, ministre de la Cohésion sociale et du Logement, fixe l’objectif de construire 500.000 logements sociaux en cinq ans, les architectes se mobilisent en faveur de la qualité urbaine et plus particulièrement pour une véritable réflexion sur la place du logement social au cœur du développement des villes.
La pénurie et l’urgence des besoins actuels leur font craindre un manque d’investissement dans les études d’urbanisme et d’architecture en particulier. « Le logement social n’est pas que l’affaire des architectes », a ainsi rappelé Vincent Eblé, Président du conseil général de Seine et Marne, pointant du doigt la responsabilité des élus qui ne s’impliquent pas suffisamment sur la qualité urbaine des futurs programmes de construction.
Les grands ensembles de logements sociaux sortis tout droits de l’après-guerre ont certes fini par laisser la place à des opérations de construction à taille modeste, mais la cherté actuelle du foncier en ville rejette à nouveau les programmes sociaux à la périphérie des agglomérations. Une solution de facilité, consommatrice de foncier qui prive à nouveau les logements de mixité sociale, de services publics, de commerces, d’équipements… « Les trois premières qualités d’un logement sont : sa localisation, sa localisation et encore sa localisation » lance Michèle Attar, membre du conseil économique et social, aux congressistes.

Faire de la densité non concentrationnaire

Certes, le coût du foncier constitue le principal obstacle à la construction de logements au coeur des villes, mais des solutions émergent : « dans les opérations reportées en périphérie des villes, nous devons prendre en compte le coût du mal-vivre que génèrent les logements mal desservis, éloignés des réseaux de transport et des équipements » réaffirme François Pélegrin, architecte.
Quant à Anne Hidalgo, première adjointe au maire de Paris, elle projette que « chaque opération de logements comporte au moins 25% de logements sociaux » et que « le classement de certains logements sociaux existants soient changés (de PLS à PLUS ou PLAI) pour les rendre plus accessibles aux salaires les plus modestes ». « Nous pouvons faire de la densité non concentrationnaire à condition de lutter efficacement contre le bruit par exemple » insiste Marie-Noëlle Lienemann, présidente de la Fédération nationale des sociétés coopératives d’HLM. L’ancien ministre préconise également davantage de concertation avec les habitants.
Enfin, cette priorité dans l’implantation des logements sociaux fait dire à Brigitte Brogat, conseiller technique à l’Union sociale pour l’habitat que s’il faut choisir, il est préférable d’investir dans un site bien placé plutôt qu’en faveur de chauffe-eau solaires et d’autres solutions environnementales moins prioritaires : « Nous pourrons toujours les ajouter par la suite, alors que le logement, lui, ne pourra jamais changer de place ».
Le remède au foncier trop cher apparaît clairement dans la densification et le renouvellement de la ville sur elle-même. Il réside dans la capacité des élus, maîtres d’ouvrages, architectes à dialoguer et à faire preuve de créativité pour dégager de nouveaux droits à construire en se libérant parfois des carcans réglementaires, à imaginer de nouveaux espaces et à construire des logements qui préservent néanmoins les intimités… A la clé : une mixité sociale et un environnement bâti qui créent du lien social. Et c’est déjà le cas : « Nous avons débarrassé notre plan local d’urbanisme de nombreuses règles contraignantes accumulées depuis trop longtemps par la DDE » affirme Pierre Albertini, député-maire de Rouen, en indiquant que le PLU de sa ville ne fixe plus de densité urbaine maximum, ni même de hauteurs maximales. Ainsi, chaque projet est dorénavant examiné au cas par cas, en fonction de ses particularités et de son environnement immédiat… et non plus d’après des règles qui se sont accumulées avec le temps et jugées désuètes. Le dialogue s’en trouve approfondi entre élus et architectes… Cette initiative du maire de Rouen enthousiasme Roland Castro, architecte, qui la juge innovante et exemplaire. Pierre Albertini va jusqu’à proposer de réunir régulièrement les architectes locaux pour favoriser le dialogue et la diversité des idées…

Faire passer davantage de culture architecturale

Quant à l’architecte, son rôle est de participer à ce dialogue, et s’il n’existe pas à le provoquer, à sensibiliser les élus à l’architecture, à innover et à concevoir des logements au plus près des préoccupations des habitants et sans doute, à convaincre ses commanditaires qu’il en est capable… En somme, à ce que l’architecte soit « moins transparent (plus impliqué dans ces nouveaux besoins) ou moins démiurge (moins organisateur du monde, à la manière de ce que proposait la Charte d’Athènes il y a 50 ans) », selon Alain Maugard, président du CSTB. « Nous devons produire un peu plus de sens » suggère Roland Castro à ses confrères. Opposé aux démolitions de logements sociaux sauf lorsqu’il n’y a pas d’autres solutions, ce dernier préconise d’ailleurs le remodelage des grands ensembles de logements sociaux pour éviter d’ajouter un traumatisme à un autre.
Autre invitation, celle de Bernard Roth, promoteur et président de l’association Architecture et maîtres d’ouvrage (AMO), qui propose aux architectes de faire passer davantage de culture architecturale autour d’eux : « Partager l’architecture avec nous, avance-t-il, pour qu’elle ne reste pas une affaire de spécialistes… ». Un challenge que le nouveau président de l’Unsfa, Michel Roulleau architecte nantais élu vendredi dernier, va sans aucun doute inciter ses confrères à relever…

Dominique Errard

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Le 5ème prix du Projet Citoyen


Dans le cadre du congrès de l’Unsfa, Renaud Donnedieu de Vabres, ministre de la Culture, à remis le 5ème prix du Projet Citoyen à Jean-Marie Hennin, architecte parisien. Le prix récompense son travail de concertation mené depuis plusieurs années avec les habitants du quartier en vue du réaménagement de la place Souham à Paris 13ème. Il fait suite à un projet antérieur refusé par les habitants dans un contexte urbain violent.
Une mention est attribuée à Bruno Tonfoni, architecte parisien, pour son projet de développement du village de Combrimont (Vosges). Au programme initial de lotissement, l’architecte a répondu par un projet de densification de l’habitat grâce à des maisons éparpillées dans le village, moins consommateur de foncier et de réseaux tout en conservant les qualités de l’habitat individuel.

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Une marque de qualité pour les maisons d'architectes


Capeb et Unsfa font cause commune pour la maison individuelle et travaillent à la mise en place d’un référentiel de certification. L’annonce, faite au congrès de l’Unsfa, a pour objectif de proposer la marque NF pour les maisons conçues par les architectes et construites par les artisans comme c’est le cas actuellement pour les constructeurs de maisons individuelles qui font l’objet d’un contrat dit « loi de 1990 ». La nouvelle marque NF maison individuelle devrait être opérationnelle courant 2006.

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