Profession

Les architectes débattent sur le logement

Réunis en convention, les conseillers des ordres régionaux d’architectes ont réaffirmé le rôle social de leur profession. Les débats devraient alimenter les campagnes électorales de 2012.

Lionel Carli l’avait annoncé au lendemain de son élection à la présidence de l’Ordre des architectes il y a un an : un grand rendez-vous serait organisé pour débattre sur l’architecture et le rôle de l’architecte dans la société. C’est chose faite : le conseil national de l’Ordre vient de recevoir le 1er décembre les quelque 400 conseillers régionaux à Paris, à l’Espace Oscar Niemeyer (dans les locaux du siège du Parti communiste Français). Objet des débats : le droit à l’architecture. Au cœur des discussions : « la créativité dans le logement, une nécessité pour mieux habiter ». A l’heure de la pénurie de logements en ville et des difficultés de financement des projets, une question subsiste : peut-on innover dans le logement ?

Yves Laffoucrière, directeur général du groupe immobilière 3F (et titulaire du diplôme d’architecte), pose comme préalable à l’innovation la volonté du maître d’ouvrage, et en particulier sa capacité à remettre en question ses méthodes de travail, soulignant qu’il est aujourd’hui contraint de bâtir à moindre coût, en réussissant le tour de force de la maîtrise du délai et de la qualité dans un contexte de surenchère d’exigences techniques (RT 2012, loi accessibilité handicapés…). Yann Doublier, directeur général de Nexity Apollonia, estime cette innovation indispensable pour répondre aux changements sociétaux, l’enjeu de demain étant l’évolutivité des logements pour répondre aux évolutions des familles. «  Nous devons produire des logements plus petits mais qu’il sera possible d’agrandir » a avancé le promoteur privé, illustrant son propos en évoquant ses travaux de recherche autour d’un habitat conçu pour recevoir des extensions. Ainsi, une chambre supplémentaire à 15 000 euros (1 500 euros/m2) pourrait-elle être désormais pluggée (ajoutée et connectée) pour répondre à la demande des habitants dont la famille s’agrandirait.

 

Qualité d’usage du logement…

Yann Doublier a également dit son intérêt pour la réapparition des jardins d’hiver, loggias et autres surfaces supplémentaires qui améliorent la qualité d’usage du logement et qui pourrait amener les professionnels à mesurer la taille des logements en volume (m3) autant qu’en surface (m2). « Un logement que les Français rêvent en maison individuelle en ville » constate le promoteur qui voit là un domaine de recherche et d’innovations à fort potentiel retenant l’attention d’Emmanuelle Colboc, architecte. « Le logement est la plus belle question pour l’architecte » a affirmé cette dernière, regrettant cependant que l’on construise actuellement « trop de logements stupides… les plus stupides que l’on ait construit jusqu’ici » tant leurs espaces et qualité d’usage sont limités… « J’ai honte du 3 pièces de 60 m2 » affirme l’architecte qui dénonce aussi une réglementation sur l’accessibilité des handicapés excessive qui appauvrit l’habitat, et amène certains maîtres d’ouvrage à supprimer les baignoires des salles-de-bains. Emmanuelle Colboc milite également pour le retour des espaces collectifs aux abords des logements, coursives et paliers généreux, cours, courettes, jardins,… si propices aux rencontres, aux promenades et aux jeux d’enfants dont nous avons tant besoin comme transition entre l’espace public et l’habitat privé.

Enfin, face à quelque 400 de ces confrères, Emmanuelle Colboc appelle au retour de l’architecte sur les chantiers, facteur déterminant autant que la conception, de la qualité des logements. Conscient qu’il y a un problème de qualité dans l’exécution des travaux, Yann Doublier a constaté que même l’encadrement des entreprises fait défaut sur les chantiers… « Ces dernières préfèrent des activités plus rémunératrices » lance le promoteur qui pour résoudre ce problème a recruté des coordonnateurs de chantiers.

Objectif atteint pour Lionel Carli. Les conseillers de l’Ordre doivent maintenant prolonger ce débat nourri sur le logement au cœur des élections de 2012. Gageons que l’architecture sera gagnante.

Consulter le manifeste de la convention

 

 

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