Paysage

Les amoureux de la biodiversité pleurent Jean-Marie Pelt

Mots clés : Démarche environnementale

La mort de Jean-Marie Pelt a touché les amoureux des plantes, deux jours avant Noël. Le fondateur de l’Institut européen d’écologie, créé à Metz en 1972, laisse derrière lui une cinquantaine de livres. Son « manifeste pour la beauté du monde », co-signé en novembre 2015 avec sœur Marie Keyrouz, résume l’esprit d’une œuvre où l’expression de la foi chrétienne se mélange à l’amour de la nature et à l’érudition du botaniste.

« Au fond de ma tête subsiste l’idée de transformer la terre en un grand jardin, comme en rêvait la Genèse. Nous en serions les jardiniers attentifs et aimants ». Ainsi s’exprimait Jean-Marie Pelt en décembre 2014, dans l’interview exclusive accordée à Paysage Actualités et publiée en mars dernier. Et d’ajouter dans un sourire malicieux : « Mon truc, c’est de marier la nature et la spiritualité ».

 

Soif d’apprendre

 

Au cloître des Récollets, joyau gothique de Metz occupé par l’Institut européen d’écologie depuis qu’il l’avait fondé en 1972, le botaniste avait accueilli la revue du Groupe Moniteur à l’occasion de la parution, en mai 2015 de l’un de ses derniers ouvrages : « Légumes d’ailleurs et d’autrefois ». Il y confirmait une soif d’apprendre intacte : « J’ai découvert beaucoup de choses que je ne connaissais pas à travers la monographie d’une bonne centaine de légumes, évoqués avec le regard du jardinier comme avec celui du consommateur ».

Jean-Marie Pelt nous avait également dévoilé l’un de ses ultimes projets : la publication d’un livre sur « la beauté du monde », co-signé en novembre avec la chanteuse et religieuse maronite libanaise Marie Keyrouz. « Nous nous sommes retrouvés dans une attitude contemplative et une sensibilité à la beauté du monde, dont celle des paysages qu’on abîme », confiait le botaniste. L’association de la science et de l’art constituait l’un de ses thèmes favoris, comme en témoigne son engagement aux côtés de Monique et Patrick Scheyder, dans les spectacles de « musique au jardin » associant des concerts et des lectures de textes.

 

Protecteur des abeilles

 

 

L’action militante restait également très présente dans les derniers mois de la vie de l’ancien premier adjoint de Jean-Marie Rausch à la ville de Metz, entré en politique comme secrétaire particulier de Robert Schuman : fin novembre, une conférence sur les enjeux de la COP 21 l’avait encore démontré à Strasbourg. En octobre dernier, Jean-Marie Pelt avait parrainé la création de la fédération internationale des arbres, née à Pantin (Seine-Saint-Denis). Le président de l’IEE ne  manquait pas une occasion de dénoncer les attaques contre la biodiversité : « Partout où nous le pouvons, nous taillons des croupières aux néonicotinoïdes, connues à travers le fameux Gaucho comme responsables de la disparition de nombreuses abeilles », nous rappelait-il.

 

Amoureux des jardiniers

 

Botaniste, chrétien et écologiste, Jean-Marie Pelt est aussi resté jusqu’au bout un défenseur de Metz et de la Lorraine, malmenés à ses yeux par la réforme territoriale. « La République s’est montrée très légère avec cette ville, saignée avec une brutalité extraordinaire par les restructurations de la sidérurgie et de l’armée ». En plus des 125 messages enregistrés dans le livre de condoléances accessible en mairie, l’unanimité des hommages locaux répond à cet engagement. Successeur et adversaire politique de Jean-Marie Rausch, le maire socialiste de Metz Dominique Gros pleure « une figure étincelante et bienveillante ». L’onde de choc a traversé le pays jusqu’à la maire de Paris Anne Hidalgo et à la ministre de l’écologie Ségolène Royal, parmi les nombreux responsables politiques qui ont tenu à saluer sa mémoire dès l’annonce de la mort de Jean-Marie Pelt, le 23 décembre.

 

Plus encore que les hommes politiques même s’ils se font moins entendre, les jardiniers peuvent porter le deuil de celui qui leur rendait cet hommage : « J’ai été élevé dans un jardin qui existe toujours, suspendu aux murailles du village mosellan de Rodemack. Mon grand-père était jardinier professionnel. Souvent considérés comme les derniers, les jardiniers sont les premiers acteurs de l’embellissement des villes ».

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