Paysage

Le végétal réenchante la terre cuite

Mots clés :

Architecture

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Enseignement supérieur

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Produits et matériaux

La terre cuite s’ouvre à de nouvelles formes et fonctions, grâce à 8 des 16 étudiants du master « A la recherche d’une architecture vertueuse », de l’Ecole nationale d’architecture de Lyon (Ensal). Emmenés par Paul Vincent, ancien associé de Renzo Piano Building Workshop, et soutenus par l’industriel Terreal, ils consacrent le mariage de ce matériau avec le végétal, dans un « mur épais vertueux » et des tuiles végétalisées.

Du sol aux toits, les innovations en cours de mise au point à l’Ecole d’architecture de Lyon trouvent une de leur source à la citadelle d’Amiens, que Renzo Piano reconvertit en campus universitaire. Pour maîtriser les écoulements pluviaux avec une solution élégante et robuste, l’industriel Terreal et l’architecte Paul Vincent, directeur de projet, ont inventé le Diabolo, un revêtement de sol et de toiture filtrant (avec les participations de Marie Pimmel pour RPBW et de Pierre Kerien pour AIA, ainsi que des entreprises Screg Colas et jarbeau) : le gazon pousse entre les lames de terre cuite, sur 3 500 m2 de la place d’armes et sur 1 500 m2 de toitures des anciennes casernes.

 

Inventer à l’école

 

Désormais installé à son compte dans la périphérie de Bordeaux, Paul Vincent approfondit sa quête d’innovation à travers « une pratique de projet collective, collaborative et expérimentale », comme l’indique le document de présentation du master qu’il encadre depuis la dernière rentrée à l’Ecole nationale supérieure d’architecture de Lyon, aux côtés d’Estelle Morlé et Emmanuel Ritz. Terreal, dont l’usine spécialisée en bardage se trouve en Haute-Garonne, confirme son appétit d’innovation en s’engageant dans cette nouvelle aventure. Le pépiniériste breton Renault rejoint le tandem, pour optimiser le couple substrat/végétal. Avant même les produits, le partenariat avec l’école constitue une innovation en soi : Terreal et l’Ensal se partagent la propriété des brevets. Les innovations associent les étudiants Henrik Almquist, Victor Didier, Diego Guerry et Chi Zhang pour le mur, Fabio Cevrero, Frédérique Lezais, Laetitia Pose et Yannis Neuburger pour les tuiles.

 

Prototypes

 

Enthousiastes mais prudents dans cette phase de gestation, les partenaires se préparent à sortir de l’ombre : ils encadrent les étudiants dans le montage de deux prototypes pour finaliser le mur et la toiture, aux Grands ateliers de l’Isle D’Abeau. La couverture, avec des tuiles d’1 m de long intégrant un tapis de sedum, pourrait répondre aux préoccupations des villes désireuses de rajeunir l’image de leur centre ancien sans sortir du cadre réglementaire des secteurs sauvegardés.

« Alors que l’industrie de la tuile traverse des temps difficiles, ce brevet pourra contribuer à susciter une nouvelle dynamique », espère Paul Vincent. Un autre projet d’innovation concernerait des planchers extérieurs pour balcons et terrasses. Pour l’industriel, le mariage de la terre cuite et du végétal s’inscrit dans une stratégie de rapprochement avec la filière paysage : « Le gros succès que nous avons rencontré au dernier salon Paysalia nous encourage dans l’idée de ramener au sol un matériau durable et contemporain », confie Philippe Malé, responsable du pôle Produits chez Terreal.

 

Guerre aux idées reçues

 

La rénovation des centres anciens conduit l’architecte vers une piste complémentaire à celle des tuiles, avec un marché potentiel évalué en milliards de mètres carrés : des sols stabilisés et drainant en terre armée, résistant aux charges lourdes, résulteraient d’une adaptation de la technique des bétonnières. L’architecte et inventeur cherche à identifier une entreprise prête à s’engager sur cette technique.

Fin connaisseur du bois et du béton comme il l’a démontré sur les chantiers du centre Jean-Marie Tjibabou de Nouméa et de la chapelle de Ronchamp, Paul Vincent argumente avec d’autant plus de force en faveur de la terre cuite ou crue, durable dans ses qualités mécanique comme dans son esthétique. « En 25 ans, l’enveloppe en terre cuite de la cité internationale de Lyon n’a pas eu besoin d’un seul coup de Karcher. La beauté du béton dure moins longtemps », constate-t-il. Au sol comme sur les toits, l’architecte n’hésite pas à bousculer les idées  reçues : « Rouvrons les capacités d’innovation entravées par des certifications HQE mal faites ». Constatant que « les majors n’aiment pas la terre armée », il y voit un motif supplémentaire pour s’engager sur ce créneau.

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