Paysage

Le terril des Argales, modèle de restauration écologique

Mots clés : Démarche environnementale

La visite du plus grand terril du bassin minier des Hauts-de-France, à Rieuley (Nord), a clôt les huitièmes rencontres du Réseau d’échange et de valorisation en écologie de la restauration (Rever), les 8 et 9 mars à Arras. Sur 144 hectares, le maintien d’une ambiance post-industrielle et d’un écosystème pionnier exige une gestion rigoureuse. Le chevrier implanté depuis 2014 y apporte sa contribution.  

Depuis 2014, les biquettes relayent les débroussailleuses, pour maintenir l’ambiance de steppe caractéristique du pourtour du terril des Argales, qui s’étend sur 144 hectares à Rieulay et Pecquencourt (Nord). La structure tabulaire explique cette surface record : entre deux carreaux, l’exploitant minier a déversé ses coproduits, à partir du début du XXème siècle, sans souci d’économie foncière, dans un ancien marécage considéré alors comme sans valeur. Après décapage issu d’une seconde vague d’exploitation des schistes et résidus charbonneux à partir de la fin des années 1970, l’affaissement provoqué par  la masse minérale a transformé la tourbière en étang, entouré par la masse noirâtre léguée par l’industrie.

 

Hit-parade écologique

 

L’implantation en zone humide explique la quatrième place des Argales, au hit-parade de la richesse écologique de 256 terrils franco-wallons auscultés de 2006 à 2012 dans le cadre du programme européen Interreg IV. Présentée aux journées d’études des 8 et 9 mars à Arras (voir encadré), l’évaluation standardisée, conduite par le centre permanent d’initiative pour l’environnement La chaîne des terrils, pondère le nombre d’espèces inventoriées et leur densité, dans quatre familles faunistiques. Une seconde évaluation, intégrant la flore, fait l’objet d’une demande de financement dans le cadre d’Interreg V.

 

Sublimer le noir

 

Le remodelage conduit par l’Etablissement public foncier (EPF) du Nord-Pas-de-Calais, avec les paysagistes d’Urba Folia, s’était fixé pour objectif de maintenir l’ambiance typique d’un écosystème pionnier, témoin du processus de recolonisation par la nature. Cette option s’était imposée à l’issue d’un bras de fer : « La région Nord-Pas-de-Calais préconisait le boisement, alors que le département du nord tenait à sublimer le noir », rappelle Guillaume Lemoine, écologue de l’EPF.

 

Crapauds et motos

 

Sur les pentes et le plateau qui bordent l’étang central, l’entretien du site encore instable requiert une attention permanente. Des pelles dégagent régulièrement le schiste noir qui obstrue les noues, le long des chemins en stabilisé clair. Sous la surface, le processus de combustion des schistes retarde encore la poussée des végétaux, sur les pentes exposées au sud.

Certains des 200 000 visiteurs annuels ajoutent leur propre cheminement aux sentiers dessinés par les paysagistes. De la signalétique connectée avec des QR codes, il ne reste que des vestiges au bout de quelques mois. Mais la contribution humaine aux écosystèmes naissants obéit à des lois parfois inattendues : « Les crapauds pionniers se concentrent dans les emprises les plus utilisées par les motards », observe Léa Lemaire, guide départementale.

 

Reptiles et petits écolos

 

Dans l’attente de la finalisation et de l’approbation du plan de gestion confié à Alfa Environnement, le département répartit les tâches d’entretien en fonction de ses moyens et ambitions : l’association d’insertion Sauvegarde du nord épaule la régie départementale, tandis que des entreprises interviennent pour les gros travaux, dans le cadre de marchés à bon de commande, confiés notamment à Norenvert et Perillon. Les produits de sciage ont fourni à la régie départementale le matériau des garde-corps fréquemment renouvelés.

Certaines barrières visent à maintenir la tranquillité des habitats, en particulier sur les falaises prisées par les hirondelles des rivages. Les enfants encadrés par l’association des « petits écolo » vont bientôt compléter les prestations de maintenance : ils agenceront les pierriers à reptiles, dans la nouvelle pâture programmée au sud du site.

 

Espèces pionnières

 

Pour les services éco-systémiques comme pour l’animation, les biquettes sont venues à point nommé. Leur présence contribue à maintenir les trois strates d’espèces pionnières et frugales qui émerveillent les botanistes : mousses et lichens aux ras du sol, graminées, bouleaux. « Les biquettes poitevines raffolent des ronces et des plantes invasives comme la renouée du Japon », précise le titulaire d’un mastère d’écologie reconverti dans l’agriculture. Julien Graf a choisi de privilégier une espèce en voie de disparition produisant un fromage de qualité, à défaut d’atteindre la productivité des races contemporaines.

 

Remboursements en nature

 

L’intégration du chevrier résulte d’un processus commencé avant même le début de l’exploitation : sous forme de prêts de 50 euros versés par les riverains, puis remboursés en fromages, le financement participatif a contribué à l’investissement de 400 000 euros requis par la ferme en bois de 500 m2, conforme aux normes des établissements recevant du public, et subventionnée à hauteur de 30 %. Les visites guidées et animations contribuent aux revenus, à côté des produits du troupeau qui ne peut guère dépasser 50 bêtes, pour maintenir le potentiel de broussailles nécessaires : « Contrairement aux moutons, les chèvres débroussaillent, mais ne tondent pas, car les graminées leur donnent des parasites », précise l’éleveur bio.

 

Cerise sur le gâteau

 

La logique écologique de l’exploitation se prolonge dans le traitement des eaux et dans l’exploitation des coproduits : les filtres plantés de roseaux, à l’arrière de la ferme, assurent une capacité d’épuration de 35 équivalent habitants, correspondant aux effluents des bêtes et de l’agriculteur. Pour consommer le lactoserum, Julien Graf a déniché une espèce de cochons en voie d’extinction, produisant une viande grasse, mais sans cholestérol et, à l’en croire, « délicieuse ».

 

Focus

« Rêver et expérimenter »

Sur le thème « Rêver et expérimenter », le Réseau d’échange et de valorisation en écologie de la restauration (Rever) a convié ses 80 membres, les 8 et 9 mars à Arras, à un séminaire technique foisonnant.

 

 

Bio-indicateurs, les invertébrés peuvent aussi concourir à l’ingénierie de la restauration écologique, lorsque des fourmis contribuent à la dispersion des graines. La connexion à une haie ferroviaire accélère la régénération biologique des terres anthropisées, comme le démontre le bureau d’études Audicée Environnement, qui finalisera en mai, sous forme de guide, son « indice relatif de biodiversité » corrélé avec les vers de terre, carabes et cloportes observés dans ces sols artificiels utilisés par les aménageurs. « Aucune nécessité écologique ne justifie l’ensemencement ou la replantation : tout est question de temps et de patience », conclut Benoît Toussaint, du Conservatoire botanique du nord, au terme du Ligaris Projet, projet européen Interreg consacré à la place d’anciens parkings, de terrils et de dépendances autoroutières, dans la fonctionnalité des trames vertes et bleues.

Ces exemples, extraits de la vingtaine de communications, témoignent de la montée en puissance d’une discipline de plus en plus souvent mobilisée par la filière Paysage. « Dans l’évaluation comme dans la disponibilité et le choix des données et des retours d’expérience, il reste encore de nombreux progrès à accomplir », a conclu Sébastien Gallet, président de Rever, à l’issue de ces huitièmes journées d’échanges.

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