Environnement

Le Sénat lève le tabou sur l’amiante

Mots clés : Bâtiment et santé

Un rapport du Sénat accable l’Etat pour sa « gestion défaillante » sur l’amiante tout en affirmant que les industriels ont mené une « stratégie délibérée » pour « retarder le plus longtemps possible l’interdiction de ce produit » en France. Dans les vingt ans à venir, les spécialistes s’attendent à « une épidémie inéluctable » de cancers qui pourraient causer quelque 100.000 décès.


Le président de la mission d’information du Sénat sur l’amiante Jean-Marie Vanlerenberghe n’a pas mâché ses mots lors de la présentation à la presse ce rapport en estimant que la contamination par l’amiante était « le plus grand drame sanitaire que nous ayons connu ces dernières années.
« C’est certainement la maladie professionnelle, après la silicose (maladie pulmonaire incurable provoquée par l’inhalation de poussières de silice, ndlr), qui aura tué le plus de monde », a ajouté M. Vanlerenberghe.

Une catastrophe sanitaire
De fait, sur le plan sanitaire, le diagnostic de la Haute assemblée est alarmant: si 35.000 décès peuvent être imputés à l’amiante entre 1965 et 1995, « 60.000 à 100.000 morts sont attendus dans les 20 à 25 ans à venir ». S’y ajoutent « environ 10% des 25.000 cancers du poumon déclarés chaque année », directement liés à l’utilisation du « magic mineral ».
« Compte tenu de l’issue fatale de ces pathologies malignes, les scientifiques jugent l’épidémie à venir inéluctable et irréversible, et son ampleur déterminée jusqu’en 2030 », prévient le rapport sénatorial.

Avec quelque 27,6% des retraités masculins exposés à l’amiante au cours de leur vie professionnelle, le coût de l’indemnisation des victimes devrait coûter dans les vingt années « entre 27 et 37 milliards d’euros ».

Les industriels montrés du doigt
Le Sénat formule des critiques virulentes à l’égard des industriels, engagés dans une véritable entreprise de « lobbying », mais aussi des syndicats, qui « n’ont pas discerné la menace » et ont eu souvent tendance « à accorder la priorité à la préservation de l’emploi ».
La mission épingle notamment le comité permanent amiante (CPA). Composé d’industriels, de scientifiques, de partenaires sociaux et de représentants de ministères, ce comité « apparaît comme un modèle (…) de communication et de manipulation ».
La mission l’accuse d’avoir « joué un rôle non négligeable dans le retard de l’interdiction de ce matériau en France », qui n’est intervenue qu’en 1997, alors que le « caractère cancérigène de l’amiante était souligné par une résolution du Parlement européen de janvier 1978 ».

La gestion de l’Etat  » défaillante »
Mais c’est à l’Etat que le Sénat réserve ses principales attaques. Pour la mission, la « gestion du problème de l’amiante en France a été défaillante », les pouvoirs publics sont « responsables » de « l’absence de système de veille et d’alerte » et de « l’inadaptation et du manque de moyens de la médecine et de l’inspection du travail ».
Enfin, la mission s’alarme du fait que « le risque d’exposition et de contamination ne soit pas derrière nous puisque les ouvriers de second oeuvre dans le bâtiment (électriciens, plombiers, chauffagistes…), les personnels d’entretien, souvent à statut précaire, les salariés des entreprises de désamiantage, dont les trois-quarts ne respecteraient pas les obligations de sécurité (…), sont encore aujourd’hui exposés ».
En effet, encore aujourd’hui, on désamiante les bâtiments, sans toujours se soucier des règles de sécurité : 76% des chantiers ne les respecteraient pas, selon une étude de l’Institut national de recherche et de sécurité (INRS).

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