Entreprises de BTP

« Le RGE est un bel outil », Didier Brosse, président de l’Union des métiers du gros oeuvre (FFB)

L’Union des métiers de gros œuvre (UMGO-FFB) tient ses rencontres du gros œuvre, le 12 septembre, à Annecy. Didier Brosse, qui préside l’organisation depuis un an, s’alarme de l’effondrement des commandes dont souffrent ses adhérents depuis mars 2014. Le secteur attend le décollage des marchés de rénovation énergétique et espère que le plan de relance du logement tiendra ses promesses.

Comment les entreprises de gros œuvre ont-elles vécu l’année qui s’est écoulée ?

Didier Brosse : Au deuxième semestre 2013, les maçons ont bénéficié d’un niveau d’activité acceptable. Cela a persisté jusqu’à février 2014, avec des volumes tout à fait corrects. Un fait d’autant plus notable qu’il y a d’habitude un creux d’activité en début d’année du fait des intempéries. C’est à partir du début mars que nous avons constaté un effondrement des commandes. Les maîtres d’ouvrage sont devenus très craintifs, les banques beaucoup plus exigeantes, et de nombreuses opérations ont été reportées, voire annulées.

 

Quels marchés ont été les plus touchés ?

D.B. : Il y a eu beaucoup de reports d’opération en logement collectif. Le logement individuel est encore plus sinistré. La chute a été très marquée en ventes et en ouvertures de chantier. Les banques rechignent de plus en plus à financer les primoaccédants. J’ai l’exemple d’un pavillonneur qui faisait habituellement 180 maisons par an, et qui n’avait enregistré, à avril 2014, que huit commandes… En 2014, nous serons tout juste autour du chiffre de 300 000 logements construits. Il nous semble que les chiffres officiels de construction de logements ne correspondent pas à la réalité de la situation. C’est pourquoi, en mai dernier, l’Union des métiers du gros œuvre a lancé une enquête d’opinion trimestrielle auprès de ses adhérents maçons.

 

Quels sont les principaux enseignements de ces sondages ?

D.B. : Entre mars et mai, la visibilité sur les carnets de commandes des maçons ne se situait qu’à 3,2 mois. 68% des sondés ont connu une baisse d’activité lors de ces trois mois, et 60% prévoyaient une nouvelle baisse pour le trimestre suivant. Pour ce qui est de l’emploi, une entreprise sur deux avait diminué ses effectifs sur la période (maintien pour 43%). Il ressort également de notre baromètre que la situation économique des entreprises qui ne font que de la rénovation est meilleure sur le plan de l’activité ; en revanche, ces mêmes entreprises souffrent particulièrement sur le plan de la  trésorerie. Les montants des travaux ne sont pas les mêmes qu’en neuf, les clients non plus, et le coût de la main-d’œuvre pèse davantage dans leurs comptes. Donc, lorsque les prix s’écroulent, comme c’est le cas actuellement, leurs trésoreries sont plus durement mises à mal .

 

Comment se porte la commande publique ?

D.B. : Elle est en panne ! Les décideurs locaux nous disent que les dotations de l’État seront en baisse en 2015, voire en 2016. Les investissements sont retardés ou annulés. Un maire d’une commune moyenne me disait récemment que s’il voulait, dans les cinq années à venir, maintenir le même niveau d’investissement que les années précédentes, il lui faudrait augmenter de 20% ses impôts locaux. Des présidents de communautés d’agglomérations prévoient des années sans investissements pour purger leurs dettes…

 

Les financements privés ne compensent-ils pas, en partie, ces limitations budgétaires du public ?

D.B. : Malheureusement, le logement collectif privé a été impacté par l’instabilité fiscale. Le contenu de la loi Alur, alors même qu’elle n’est pas entrée en vigueur, a bloqué le marché. Elle a participé à briser le dialogue entre locataires et propriétaires en instituant l’encadrement des loyers. Les investisseurs ont pris peur et se sont tournés vers d’autres marchés. Il va être difficile de les séduire à nouveau. Aujourd’hui, la pierre n’est plus une valeur refuge. 

 

Dans quelle mesure le logement social soutient-il votre activité ?

D.B. : Il est loin de compenser en volume la chute de la construction privée. Sans compter qu’un programme de construction de logements sociaux est long à démarrer. Par ailleurs, il y a un problème dans le zonage géographique des HLM. Certaines zones sont sous-équipées, d’autres suréquipées.

 

De nombreux organismes HLM ou promoteurs estiment que la réglementation « amiante » freine le marché. Le confirmez-vous ?

D.B. : Oui. La réglementation amiante a été rédigée sans aucun discernement. Elle entraîne des retards très importants dans le démarrage des opérations, sans parler des surcoûts exorbitants qu’elle occasionne. Nous demandons donc un assouplissement des mesures. Nos adhérents  sont également très inquiets au sujet des poussières de silice.  La commission européenne envisage de les classer en produit cancérigènes. Si cela débouche sur une réglementation du même type que la réglementation sur l’amiante, cela risque de carrément bloquer l’activité.

 

Comment se portent les délais de paiement ?

D.B. : La sphère publique a fait beaucoup d’efforts, et elle fait figure aujourd’hui de bon élève. Pour en arriver là, nous avons effectué un travail laborieux entre administration, Fédération française du bâtiment et acteurs publics. Par contre, la situation est plus contrastée avec les clients privés. Ils n’ont aucune obligation, et le problème du règlement du décompte général définitif (DGD) pour les clients privés n’a pas été réglé. Il y a eu, en marchés publics, la réforme récente rendant le DGD « tacite ». Mais je peux vous dire que sur le terrain les choses n’ont pas changé. Le règlement du DGD reste souvent problématique.

 

Y a-t-il des raisons d’espérer un rebond de l’activité économique pour l’année 2015 ?

D.B. : J’aimerais dire que le plan de relance annoncé récemment nous donne de l’espoir. La FFB prévoit en effet de 20 à 25 000 logements supplémentaires grâce à ce plan. Mais les entreprises de gros œuvre restent très pessimistes. Les régions plus reculées souffrent énormément, même si certaines communautés d’agglomérations maintiennent de l’activité.

 

Les marchés de rénovation énergétique ne constituent toujours pas un relais de croissance dans le bâtiment ?

D.B. : Les besoins sont immenses, mais effectivement le marché ne décolle pas. Même si les décrets d’éco-conditionnalité ont enfin été publiés cet été, et seront applicables à partir du 1er septembre pour l’Eco-PTZ et du 1er janvier 2015 pour le CIDD, ces mesures incitatives sont assez mal comprises. Aujourd’hui, faire isoler son habitation est avant tout une conduite écologique et citoyenne. Le retour sur investissement est encore long. Les prix de l’énergie, en France, sont relativement bas et les derniers hivers ont été cléments. Autant de facteurs n’encourageant pas les clients à lancer des travaux…  

 

Les maçons sont-ils prêts pour l’entrée en vigueur du label « Reconnu garant de l’environnement » ?

D.B. : Nous comptons de plus en plus de qualifiés dans nos rangs. Et nous avons découvert un autre atout du RGE : il nous permet de nous différencier par rapport à la concurrence des entreprises étrangères. C’est un bel outil pour  mettre en avant les entreprises sérieuses et qualifiées.

 

Qu’en est-il du marché de l’accessibilité ?

D.B. : C’est un vrai gisement de travaux ; mais la mise en œuvre du dispositif des Ad’Ap, qui ouvre la possibilité d’étaler les travaux de mise en accessibilité jusqu’à neuf ans au-delà de 2015, n’est pas une bonne nouvelle pour les entrepreneurs. Par ailleurs, il est pour nous urgent de réajuster la réglementation accessibilité. En l’état actuel, elle entraîne trop de surcoûts. Par exemple, nous ne pensons pas que 100% de logements d’un programme doivent être accessibles, comme c’est le cas actuellement. De la même manière que, sur un parking, seulement quelques places sont réservées aux personnes handicapées, il serait logique qu’il en soit de même en ce qui concerne les logements. Aujourd’hui, on en vient à faire des logements accessibles dans des immeubles sans ascenseur.

 

Les récentes annonces du gouvernement pour relancer le logement et simplifier les normes ne sont-elles pas des signes positifs ?

D.B. : Le discours du premier ministre Manuel Valls va dans le bon sens, bien sûr. Mais, depuis deux ans, on nous annonce beaucoup de choses ! Aujourd’hui, nous nous méfions des effets d’annonce. Par ailleurs, même si ces mesures sont bonnes, il faudra du temps pour les mettre en place et pour qu’elles produisent des effets. Notre secteur a une forte inertie. Des réformes immédiates produiraient des résultats concrets dans le gros œuvre, au mieux, à partir de la mi-2015. C’est pourquoi l’actualité politique récente inquiète terriblement les entrepreneurs du bâtiment. Il est urgent de leur redonner de l’espoir si on ne veut pas de casse sociale.

 

De quelle manière redonner espoir au secteur ?

D.B. : Ce que veulent les entrepreneurs, ce sont des mesures de simplification normative et des dispositifs fiscaux incitatifs, mais qui n’entraînent pas de spéculation. L’activité a trop souffert de la spéculation sur le logement et le foncier. Et ils souhaitent également que ces dispositifs incitatifs s’inscrivent dans la durée : que l’État s’engage à les maintenir sur le long terme et à ne pas changer les règles tous les ans. Cela serait un moyen pour que la classe moyenne ait à nouveau confiance en la pierre.

 

Quelles vont être les actualités lors de votre assemblée générale, qui se tient le 12 septembre à Annecy ?

D.B. : Nous allons signer une charte prévention avec la Fédération française des tuiles et briques de manière à éradiquer, à moyen terme, les briques de plus de 20 kilos. Toujours au sujet du port de charge, nous avons entamé une réflexion pour qu’il n’y ait plus, à terme, de sacs de produits supérieurs à 25 kilos.

 

Sur le plan de la technique, vous éditerez également un carnet qui réunit les différentes tolérances des matériaux…

D.B. : Oui, car les problèmes de tolérance sont lassants et récurrents sur les chantiers. Nous sommes en négociation permanente avec les autres corps d’état au sein de la FFB et avec la CAPEB afin d’harmoniser les valeurs dans les différents DTU. Nous comptons donc rassembler toutes ces valeurs dans un seul et même carnet de chantier qui pourra être facilement utilisable sur le terrain par nos entreprises.

 

Pour l’assemblée plénière, vous avez choisi d’inviter « l’experte en bonheur » Florence Servan-Schreiber qui parlera à vos adhérents de « libérer leurs superpouvoirs ». Pourquoi ce choix ?

D.B. : Nous souhaitions écouter quelqu’un qui nous remonte le moral ! Le cercle vertueux de notre activité doit, malgré le marasme économique, continuer. Nous avons obligation de continuer à former des jeunes, réaliser du travail de qualité, proposer de nouvelles solutions techniques. Malgré une conjoncture négative il faut rester positif !

 

Focus

Les propositions de l'UMGO pour faire repartir l'apprentissage

Le gros œuvre a été touché par la baisse des inscriptions en apprentissage dans les CFA. «Le nombre d’apprentis a diminué de 20% dans le gros œuvre sur les cinq dernières années », observe Didier Brosse, président de l’Union des métiers du gros œuvre (UMGO-FFB). Pour inciter les chefs d’entreprises à former des apprentis, l’organisation professionnelle fait huit propositions « qui ne coûtent presque rien », selon Didier Brosse.

– Multiplier les visites de CFA et d’entreprises par des collégiens et lycéens, afin que le jeune qui souhaite devenir apprenti soit sûr de son choix.

– Inclure dans le cursus en CFA le passage de formations telles que le Caces, le montage/démontage d’échafaudage et l’hygiène/sécurité. L’entreprise prendrait en charge le coût du Caces (250 euros par jeune). «Trop souvent, les apprentis sont limités dans leur poste de travail», regrette Didier Brosse.

– Assurer un accueil personnalisé à l’apprenti, en lui présentant les règles de vie de l’entreprise.

– Instaurer au moins une visite obligatoire, chaque semestre, entre le CFA, l’apprenti et ses parents. Pour Didier Brosse, aujourd’hui, les rencontres entre les trois parties ne sont nettement pas assez fréquentes.

– Inciter les industriels à s’investir dans les CFA, de manière à ce que ces derniers aient accès à l’innovation. «Il y a parfois des décalages entre la formation en CFA et la réalité des chantiers, explique Didier Brosse. Certains partenaires industriels sont demandeurs pour se rapprocher des CFA.»

– Revaloriser le statut d’apprenti en communiquant davantage sur les meilleurs apprentis de France et les olympiades des métiers.

– Prendre en compte les heures d’apprentissage dans les heures d’insertion. «Cette mesure donne bonne conscience aux politiques ; mais elle fatigue nos salariés et ses résultats ne sont pas à la hauteur», estime Didier Brosse.

– Améliorer les aides financières à l’apprentissage. «Les politiques encensent souvent l’apprentissage, mais les aides ont baissées et même si certaines régions font des efforts nous sommes très loin du compte», regrette Didier Brosse.

 

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