Aménagement

Le retour des jardins ouvriers dans les banlieues

Une nouvelle génération de jardins ouvriers apparaît au pied des immeubles dans les quartiers très urbanisés, où ils ont pour mission d’entretenir le lien social.

« Les jardins familiaux entrent dans la ville, près du bitume », a expliqué à l’AFP Jérôme Clément, urbaniste et responsable des études à la fédération nationale des jardins familiaux qui tenait son congrès, fin août à Bron, près de Lyon.
« Ces jardins situés au pied des immeubles représentent moins de 5% des 150.000 parcelles qui existent en France aujourd’hui. Mais, près de la moitié des créations se font désormais sous cette forme », a-t-il estimé.

Cette mue est la seconde vécue par les jardins ouvriers, créés à la fin du XIXe siècle pour fournir fruits et légumes aux travailleurs. Le développement du temps libre inauguré par le Front Populaire avait déjà fait du jardinage un loisir, pratiqué le week-end et pendant les vacances.

La montée des valeurs environnementales et les problèmes sociaux posés par la concentration urbaine dans la deuxième moitié du XXe siècle ont fait émerger une nouvelle vocation pour les jardins ouvriers.
« Les jardins familiaux sont des oasis de verdure en milieu urbain, ils ont donc un rôle positif sur l’environnement », selon Malou Weirich, secrétaire générale de l’Office international du coin de terre et des jardins familiaux (3 millions de membres dans 15 pays européens). « Ils permettent notamment de préserver la biodiversité et de fixer les poussières », a-t-elle dit.
« Ils permettent aussi de réinvestir des lieux de vie en commun, ce qui favorise la mixité sociale et générationnelle », a ajouté Jean-Noël Consales, géographe, membre de la fédération nationale des jardins familiaux.

Pour répondre à ces nouveaux enjeux, les jardins du XXIe siècle ont dû changer d’aspect.
Face au manque d’espace en centre-ville, les parcelles ont fondu, passant de 300 à 20 m2 en moyenne. Plus question, alors, d’avoir chacun son abri de jardin, une cabane fait l’affaire pour tous. Les jardiniers vont parfois jusqu’à mettre leurs outils en commun. Et les barrières ont laissé la place à de simples fils de fer.
Certaines parcelles sont même qualifiées « d’espace partagé », c’est-à-dire qu’elles sont réservées aux associations pour initier aux joies du jardinage des scolaires, des handicapés ou des personnes en réinsertion.

Les programmes de renouvellement urbain, qui cherchent à humaniser les grands ensembles construits dans les années 60, incluent de plus en plus ces lopins de terre. A Paris, dans le XIIIe arrondissement, pas loin des tours de la place d’Italie, poussent des tomates et des carottes. A Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine), un potager s’élève au-dessus d’un parking de trois étages.
« Mais attention, les jardins ouvriers ne sont pas la solution à tous les problèmes de la ville. Il ne faut pas en créer dans tous les contextes », souligne Jérôme Clément. « Des facteurs naturels, comme le vent, la pluie ou la nature du sol, doivent être pris en compte. Mais surtout, il faut écouter les attentes des populations », prévient-il.
Ainsi, dans un quartier sensible à Nantes, des jardins implantés sur un espace informel de jeux ont été vandalisés par des jeunes privés de leur terrain de sports. « Nous avons créé un nouveau groupe de jardins en concertation avec les habitants. Et cette fois, ça fonctionne très bien », remarque M. Clément.

Charlotte PLANTIVE (AFP)

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