Aménagement

Le réseau ferré français cherche sa voie

Faute d’investissements publics suffisants dans la maintenance des infrastructures, la France, qui se targue souvent de son savoir-faire ferroviaire, se retrouve confrontée à un réseau ferré vieillissant. Les professionnels des travaux publics insistent sur la nécessité d’une véritable politique de long terme d’entretien du patrimoine.

« L’état moyen de l’infrastructure, sur une part importante du réseau, se dégrade continuellement et les prémices d’une dégénérescence apparaissent », prévient un audit publié cette semaine et commandé par la SNCF et par Réseau Ferré de France (RFF) à l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne.
La SNCF est déjà obligée de ralentir des trains sur plusieurs centaines de kilomètres de voies secondaires en mauvais état. Si rien n’est fait, 60% du réseau actuel ne sera plus exploité à l’horizon 2025, ne laissant en état de fonctionner que les lignes à grande vitesse et quelques grands axes, selon le scénario le plus noir.
« En France, le réseau ferroviaire est très malade, dans un état de vétusté proche des infrastructures de certains pays d’Europe de l’Est, comme la Pologne », a même jugé cette semaine à Paris le vice-président de la commission des transports du Parlement européen, le socialiste français Gilles Savary.

Pourtant, la SNCF et RFF, gestionnaire de l’infrastructure depuis 1997, ont « fourni leurs meilleurs efforts » pour assurer le fonctionnement et la sécurité d’un réseau long de près de 30.000 km de lignes. Mais elles ont bénéficié de « ressources nettement insuffisantes pour la maintenance (entretien et renouvellement) de l’infrastructure durant les 30 dernières années », assurent les auditeurs.
« Depuis 20 ans, les investissements dans l’entretien du réseau ferroviaire sont inférieurs de moitié à ce qu’ils devraient être », selon la Fédération nationale des travaux publics (FNTP), dont les entreprises adhérentes font 15% des travaux, en particulier la régénération des voies et l’entretien des tunnels et ouvrages d’art.
Car la France dépense moins en moyenne pour ses lignes de chemin de fer que l’Italie, l’Espagne, la Suisse mais aussi la Grande-Bretagne. Elle investit aussi moins dans les gros travaux de remplacement notamment des voies, qui ne représentent qu’un tiers de ses efforts de maintenance contre deux tiers dans les autres réseaux européens, privilégiant l’entretien courant.

Une stratégie contestable, car « un patrimoine ancien exige plus d’entretien et finira, un jour ou l’autre, par devoir de toute manière être remplacé », relèvent les auteurs de l’audit.
Et si cette dérive est « détectée trop tard, elle entraîne la ruine du réseau ferré et une dégradation de la sécurité et de la fiabilité des circulations. Elle induit à terme des besoins financiers colossaux de réhabilitation qui doivent, de surcroît, être rapidement mobilisés. La Grande-Bretagne en a fait l’amère expérience », rappellent-ils.

Il est « urgent d’agir », a jugé mercredi l’association Avenir Rail, structure de concertation et de dialogue sur le ferroviaire. Le Parti socialiste avait réclamé « solennellement » la veille « un plan d’urgence pour les infrastructures ferroviaires accompagné de moyens dignes de ce nom ».
L’audit évalue les budgets nécessaires « de l’ordre de 3,1 mds EUR par an » à l’horizon 2015-2020 et un effort annuel supplémentaire « d’environ 350 M EUR » entre 2011 et 2015. Pour 2005, l’enveloppe pour la maintenance du réseau atteint 2,7 mds EUR.
Le ministère des Transports a annoncé une rallonge de 70 millions d’euros pour les dépenses de maintenance en 2006, mais ne s’est pas prononcé pour la suite.
Les experts suggèrent aussi des gains de productivité et une éventuelle suppression de lignes à faible trafic. Le ministre des Transports Dominique Perben a demandé lundi à la SNCF et à RFF de proposer un plan 2006-2010 sur la base de ces recommandations.
« Nous travaillons déjà avec RFF », notamment sur l’allongement des plages horaires de travaux, a affirmé le président de la SNCF Louis Gallois dans La Tribune de jeudi. Mais il va devoir attendre pour en discuter davantage l’arrivée du nouveau président de RFF, le gouvernement ayant mis fin aux fonctions de Jean-Pierre Duport.

Isabelle CORTES

Focus

Un enjeu majeur pour la FNTP



La Fédération Nationale des Travaux Publics attire l’attention sur la dégradation du réseau ferré français. Elle rappelle que ses entreprises adhérentes qui réalisent 15% des travaux d’entretien du réseau ferré, en particulier les travaux de régénération des voies et d’entretien des tunnels et ouvrages d’art, vivent ces insuffisances au quotidien depuis plusieurs années.
« Depuis 20 ans, les investissements dans l’entretien du réseau ferroviaire sont inférieurs de moitié à ce qu’ils devraient être » déclare l’organisation patronale dans un communiqué.
Les entreprises de Travaux Publics appellent de leurs vœux une politique de gestion du patrimoine ferroviaire plus efficace par la priorité donnée à l’optimisation des dépenses (une politique d’économie et de gains de productivité amenant à mettre systématiquement en concurrence la SNCF avec des prestataires privés), plus ambitieuse (grâce à un accroissement des moyens que le rapport d’audit évalue à 700 millions d’euros par an) et plus pérenne (grâce au maintien de la mission du comité d’audit, transformé en instance indépendante de la SNCF et de RFF, et chargé de veiller à l’application effective de la nouvelle politique).
Plus globalement, la FNTP souhaite que ce rapport favorise la prise de conscience du danger d’un retard chronique de maintien à niveau de notre patrimoine d’infrastructures, qu’il s’agisse des réseaux de transport, d’électricité ou d’eau.

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