Aménagement

Le référendum peut-il dénouer la crise de Notre-Dame-des-Landes ?

Mots clés : Gares, aéroports

Le Conseil d’Etat ayant rejeté cette semaine deux recours déposés par les opposants, la consultation locale sur le projet de transfert de l’aéroport de Nantes-Atlantique à Notre-Dame-des-Landes aura bien lieu dimanche 26 juin. Sera-t-elle suffisante pour débloquer ce dossier ultrasensible ? Rien n’est moins sûr.

Mercredi 22 juin, pour la deuxième fois depuis le début de la semaine, le Conseil d’Etat a rejeté un recours concernant le référendum local de dimanche au cours duquel les 967 500 électeurs de Loire-Atlantique devront se prononcer sur la question suivante: «Êtes-vous favorable au projet de transfert de l’aéroport de Nantes-Atlantique sur la commune de Notre-Dame-des-Landes ?». Ce recours, déposé par Attac, la Confédération paysanne et l’Union syndicale solidaire, contestait l’ordonnance du 21 avril 2016, qui constitue la base légale du scrutin. Lundi 20 juin, saisis par les deux principales associations opposées au projet, l’Acipa et le Cédpa, les magistrats avaient déjà rejeté un recours soulignant que cette consultation «peut permettre à l’Etat de confirmer son choix et de décider de mettre en œuvre son projet ou d’y renoncer». 

S’ils n’appellent pas au boycott, les opposants ont vivement critiqué la mise en œuvre de cette consultation, dont le périmètre et la question posée. C’est la commission nationale pour le débat public (CNDP) qui a été logiquement mise à contribution pour organiser un débat neutre. Mission particulièrement délicate tant les partisans et opposants à ce transfert font très souvent preuve de mauvaise foi. Le 10 juin dernier, après avoir «entendu près de 130 personnes», la CNDP a donc publié sur le site nddl-debatpublic.fr un document d’information des électeurs afin de «présenter de façon claire et objective le projet de transfert ainsi que les arguments en faveur et contre ce projet».

 

De façon claire et objective ?

 

Pas pour les opposants et notamment l’Atelier Citoyen, mouvement animé par deux architectes militant de façon constructive pour un réaménagement de l’actuel aéroport. «Le document mis en ligne présente de manière déséquilibrée les avantages du projet d’aéroport face à ceux du maintien de l’aéroport existant» affirme-t-il. Il comporterait plusieurs erreurs et lacunes estime l’Atelier Citoyen qui cite par exemple, le coût de la construction d’un aéroport prévu pour 4 millions de passagers avec le réaménagement de l’aéroport existant pour 9 millions de passagers. «Non neutre, il reprend des chiffres de la DGAC qui ont été reconnus comme surévalués par le récent rapport du CGEDD. Malhonnête, il va jusqu’à déformer une citation de la DGAC» soutient l’Atelier Citoyen, pourtant cité à plusieurs reprises par la CNDP. Dans une lettre ouverte à Christian Leyrit, président de la commission, l’Atelier Citoyen propose plus d’une vingtaine de corrections.

Les attaques des opposants ont parfois frôlé la calomnie, notamment lorsque l’impartialité de Christian Leyrit a été remise en cause en raison d’une «proximité» avec le paysagiste Bernard Lassus, membre de l’équipe de maîtrise d’œuvre du projet.

Pour répondre à ces articles parus dans la presse ou sur les réseaux sociaux mettant en cause l’impartialité, l’objectivité, voire l’honnêteté de la CNDP, son président a publié un communiqué rappelant que les travaux de la commission ont été «réalisés dans un délai très contraint et se fondent sur les études et éléments existants en provenance de l’État, du maître d’ouvrage, des opposants et des experts». La CNDP a également rappelé avoir organisé une réunion plénière à Nantes le 23 mai dernier où elle a entendu de 9h à 20h les responsables politiques, économiques, agricoles et associatifs concernés par le projet, «avec le même temps de parole pour les partisans et les opposants au projet».

«Le document de synthèse a été élaboré de manière collégiale après plus de 26 heures de débats internes à la Commission qui comporte 20 membres. Laisser entendre qu’il a été réalisé par une seule personne est donc une contre-vérité» insiste Christian Leyrit.

Concrètement, le document présente notamment six principaux arguments des acteurs favorables au projet et les six principaux arguments des opposants au projet, tels qu’ils sont apparus lors des auditions. Il comporte également des liens vers 12 sites favorables et 12 sites opposés au projet.

Reste que cette consultation, première du genre en France, n’a que valeur d’avis. Elle a été annoncée le 11 février par François Hollande dans le but de sortir du blocage ce dossier, qui empoisonne les relations entre socialistes et écologistes depuis le début du quinquennat. Mais ce tour de passe-passe sera-t-il efficace ?

«Si le non l’emporte, le projet sera abandonné», a réaffirmé le Premier ministre, lors d’une séance de questions au gouvernement à l’Assemblée nationale. En revanche, si le oui l’emporte, Manuel Vals a beau avoir promis un lancement des travaux à l’automne, les opposants entendent bien poursuivre leurs actions en justice, même si, pour l’heure, elles ont toutes échoué. «Si le oui l’emporte, ça continue comme d’habitude. Les recours (juridiques) se poursuivent, le conflit continue à s’enliser. En revanche, si c’est le non qui gagne, (…) on en aura terminé avec ce projet totalement débile», a ainsi résumé le député européen (EELV) Yannick Jadot. «Oui tu perds, non je gagne» en quelque sorte. Il faut reconnaître que depuis la négation des résultats du référendum de Maastricht, l’Etat n’a pas su monter l’exemple !

 

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