Environnement

Le public-privé pour sortir de la navigation en eaux troubles

Les acteurs mondiaux de l’eau réunis jusqu’au 22 mars à Mexico doivent envisager de nouveaux modes de cohabitation entre les secteurs privés et publics, après les ratés de la décennie passée, pour garantir que même les plus pauvres auront rapidement l’accès à l’eau.

Question de savoir-faire et de méthodologie, reconnaissent de nombreux experts, les opérateurs privés sont difficilement contournables pour l’adduction et l’évacuation de l’eau, surtout en milieu urbain, dont le retard accumulé est considérable.
Une ville comme Mexico, qui accueille le 4e Forum mondial de l’eau, rejette 19.000 m3 d’eaux usées chaque seconde dans la nature.
Mais les expériences du groupe Suez en Argentine, aux Philippines ou en Bolivie, frappées par les dévaluations ou les crises politiques successives, ont laissé à cette société des souvenirs amers et de grosses ardoises.
« Hormis le Maroc ou la Chine, on aurait gagné beaucoup plus d’argent si on était resté dans les pays développés », estime Dominique Pin, DG de Suez aux relations institutionnelles et développement durable.
La filiale argentine, Aguas Argentinas, a perdu plus de 700 M de dollars dans l’aventure de Buenos Aires en raison de la dévaluation du peso, assure-t-il.
Quand la monnaie argentine perd plus de 70% de sa valeur en 2002, le groupe français qui facture en pesos et investit en dollars réclame vainement une hausse des tarifs. Le ton monte avec le président Nestor Kirchner qui l’accuse de priver d’eau ses citoyens. Après trois ans d’impasse, Suez a plié bagages en septembre dernier.
« Il y a eu des catastrophes dans un passé récent, des pays ont spolié les opérateurs internationaux qui apportaient l’eau à des millions d’individus », dénonce Michel Camdessus, membre du conseil consultatif sur l’eau de Kofi Annan, le secrétaire général de l’Onu.
« Ce furent de graves erreurs pour ces pays et pour le reste du monde. Il faut recréer un climat et il est important que le droit prévale ».
Suez tire de ces expériences la conviction que les longues concessions ne sont pas adaptées aux pays en développement, ni aux rythmes politiques « qui changent tous les quatre ou huit ans ».
« En Argentine on se projetait à l’horizon 2020, 2030, en tenant compte de l’évolution prévisible de la ville et de sa population pour localiser nos usines », indique Jean-Louis Chaussade, DG adjoint du groupe Suez chargé de l’environnement.
Il réclame aujourd’hui des concessions « light », plus courtes et plus souples. Et prévient à mi-mot qu’il n’est plus question pour son groupe d’intervenir dans des zones instables ou non solvables sans soutien insitutionnel.
« Les autorités internationales, la Banque mondiale, l’Onu doivent être totalement impliquées: le financement des infrastructures locales par des capitaux privés n’est plus viable », estime-t-il. « Il y a de l’argent dans le monde pour le service de l’eau, le problème est de le faire arriver jusqu’aux projets. Tout cela relève d’une bonne gouvernance ».
Pour Michel Camdessus, « un tort a été fait par rupture de contrats. Il faut trouver le moyen de repartir du bon pied, surtout en Afrique sub-saharienne, où l’urbanisation est rapide », et les moyens comptés.
Anne Chaon (AFP)

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