Paysage

« Le paysage s’invite à la COP 21 », Régis Ambroise, président du collectif Paysages de l’après-pétrole

Mots clés : Carburant

Sous le titre « Aménager les paysages de l’après-pétrole », le livre co-signé par la philosophe Odile Marcel et l’agronome Régis Ambroise interpelle les participants à la conférence mondiale sur le climat. Le président et l’animatrice du collectif Paysages de l’après-pétrole y démontrent d’une part les liens entre le réchauffement de la planète et les modèles d’aménagement issu des énergies fossile, d’autre part les contributions du paysage à la transition énergétique. Régis Ambroise résume l’analyse et les actions engagées par cette association.

En quoi le paysage peut-il contribuer à répondre aux questions posées par la conférence internationale sur le réchauffement climatique ?

Régis Ambroise : Les solutions aux problèmes climatiques viendront de l’action des territoires, au moins autant que des négociations internationales et des orientations des grandes entreprises. Cette conviction fondatrice de notre collectif nous conduit à mettre en valeur les méthodes utilisées par les territoires. Chaque commune, chaque petite région recèle des ressources naturelles et humaines spécifiques. Or, l’ère du pétrole a privilégié des solutions standard, installant des équipements types qui se sont imposés par en haut. Ces choix ont conduit à négliger ces ressources et à banaliser les paysages. L’épuisement des énergies fossiles et la nécessité de réduire leur impact écologique obligeront chaque territoire à réaménager l’espace naturel et urbain dont il dispose avec ses propres ressources renouvelables et locales, nouvelles ou anciennes, utilisées avec sobriété. Liée au climat, au relief et à l’histoire, la recherche du mix énergétique le mieux adapté à l’identité de chaque lieu constitue le premier point fort de l’approche paysagère du réchauffement climatique.

 

Y en a-t-il d’autres ?

R.A. : L’approche systémique, qui caractérise le regard paysagiste, met en évidence les liens entre les installations industrielles et de production d’énergie, les infrastructures de transport, l’agriculture et l’aménagement urbain, alors que les techniciens du XXe siècle ont traité ces sujets séparément. L’absence de vision d’ensemble aboutit au chaos et au gâchis énergétique et spatial : en poursuivant dans cette voie, il faudrait trois planètes pour faire vivre 10 milliards d’hommes en 2050. Favoriser un multi-usage du sol constitue notre seconde orientation. Troisième idée force de notre démarche : la réussite d’un projet paysager repose sur la participation et l’adhésion des habitants, considérés comme des experts de leur territoire. Ces conditions sont au cœur d’une transition énergétique au service des hommes. Enfin, la fierté d’habiter un territoire plus durable et plus solidaire passe par une exigence revendiquée de beauté qui s’exprimera dans la forme particulière et novatrice des paysages créés. Il y a un an au cours d’un colloque à l’Assemblée nationale, ces quatre idées ont rassemblé les fondateurs du collectif Paysages de l’après-pétrole, constitué en association en mars dernier.

 

Quels initiatives et projets ont-ils jalonné cette première année du collectif ?

R.A. : Dans le traité que nous ont commandé les éditions Charles Léopold Meyer, nous avons formalisé nos idées noir sur blanc pour qu’elles soient lisibles lors de l’ouverture de la COP 21. Le 1er septembre dans les Deux-Sèvres lors l’assemblée annuelle du réseau des territoires à énergie positive, les Tepos, nous avons pu nouer des contacts avec des sites pilotes intéressés pour appuyer leur politique de transition énergétique sur des démarches paysagères. Nous aimerions jouer un rôle de facilitateur pour aider à renforcer les liens entre plusieurs réseaux : ceux des collectivités locales tels que Tepos et Négawatt, et ceux des écoles d’architecture et de paysage qui travaillent sur les espaces ruraux, l’énergie et le développement durable.

 

Travaillez-vous également avec le monde agricole ?

R.A. : Plusieurs de nos membres sont engagés dans des réflexions et des actions concernant l’agro-écologie. Nous insistons, notamment dans nos liens avec l’Association française d’agronomie, sur l’importance d’une approche spatiale et territoriale. L’aménagement foncier mis en place après la seconde guerre mondiale s’est traduit par plus de 20 000 opérations de remembrement, souvent associées au drainage et à l’irrigation. Les parcelles beaucoup plus grandes sont devenues dépendantes des matières et énergies fossiles. Aujourd’hui, l’agro-écologie demande un effort comparable et des outils adaptés, pour recomposer le parcellaire. Ces réflexions sont encore loin d’être partagées. Nous travaillons avec le bureau d’études toulousain Solagro pour mettre en images leur prospective Afterres 2050 décrivant les conditions d’évolution des systèmes de production et d’alimentation : une agro-écologie en symbiose avec les arbres et adaptée au potentiel des sols, une consommation alimentaire réorientée vers les légumineuses au détriment de la viande. Le retour  à une approche spatialisée contribuera à des paysages plus variés et plus autonomes. Le geste paysager ajoutera des compétences et de l’enthousiasme à cette approche technique. Nous sommes également en lien avec le réseau des Grands sites de France auprès duquel nous trouvons des lieux d’inspiration poour imaginer un futur  où le bon et le beau pourraient s’associer. Le lieu de notre seconde assemblée générale, les 18 et 19 mars sur la colline de Sion en Lorraine, renforcera ce même message.

 

Votre démarche bénéficie-t-elle de soutiens institutionnels ou financiers ?

R.A. : Quelques financements vont nous permettre de lancer un projet d’exposition sur les paysages de l’après pétrole, mais nous sommes passés à côté des aides liées à la COP 21. La fondation pour le progrès de l’homme apporte son aide logistique aux 30 bénévoles qui ont fondé l’association. Cette aide s’applique notamment au lancement d’analyses d’expériences de territoires européens engagés dans une approche paysagère de la transition énergétique. L’ouvrage qui vient d’être publié, les premiers panneaux d’exposition sur les paysages de l’après-pétrole, l’étude de cas européens ainsi que tous les contacts pris depuis six mois devraient nous aider à nous faire connaître pour aller plus loin.

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