Paysage

Le pari chinois d’un rosiériste lyonnais

Au terme d’un plan de développement de trois ans, Meilland espère produire et vendre 400 000 rosiers par an en Chine à partir de 2018. Pour tenter l’aventure sans précédent d’une implantation permanente d’un rosiériste français dans ce pays, le leader national et mondial des roses applique la méthode qui lui a réussi, dans les années 70 au Japon.

Quand il parle du potentiel du marché chinois, Matthias Meilland s’enflamme : « Dans ce pays, 40 villes de plus d’un million d’habitants ont choisi la rose pour emblème », s’enthousiasme le directeur de la communication du groupe Meilland, représentant de la sixième génération d’une lignée de rosiéristes lyonnais. La ferveur du pays pour les roses s’ajoute à une intarissable soif d’apprendre, stimulée par l’abandon progressif des produits phytosanitaires : « Aujourd’hui, aucune rose chinoise ne survivrait un an sans traitement chimique », estime Matthias Meilland, qui peaufine sur place son projet d’implantation pendant la seconde quinzaine de novembre.

 

Essais concluants

 

La concrétisation, en 2016, coïncidera avec un pic dans l’image publique de la fleur : Pékin rassemblera tous les spécialistes asiatiques, à l’occasion de la rencontre régionale de la fédération mondiale des sociétés de roses. A partir d’un marché qui reste dominé par les espaces publics, l’entreprise française espère profiter de ce contexte favorable pour entrer dans les jardins des particuliers.

Elle ne part pas de rien : en 2009 à l’initiative du Breedings Club (club d’obtenteurs), des tests de résistance climatique ont opposé les rosiéristes français à Shenzen, « un site sans hiver, idéal pour anticiper le réchauffement de la planète », indique Matthias Meilland… La Louis Blériot du rosiériste est sortie vainqueur de la compétition. Depuis lors, le groupe Meilland a mené trois essais dans les régions de Pékin, Shanghai et Shenzen : « Ces sites correspondent à un échantillon de sols et de climats représentatifs du pays », précise Matthias Meilland.

 

Coopération à long terme

 

Pour passer le cap d’une implantation permanente, l’entreprise privilégie l’hypothèse d’un partenariat avec une pépinière locale, à qui elle transférerait une partie de son savoir-faire dans le montage de plantations et l’empotage, tout en gardant la maîtrise de ses recherches en matière d’obtention de nouvelles variétés. La prospection se concentre dans la région de Henan, au sud de Pékin, où la ville de Nanyang revendique le leadership chinois, avec une production annuelle affichée à 300 millions de roses – une estimation que Meilland juge exagérée.

« Entre les premiers essais, l’obtention et la commercialisation, il se passe souvent jusqu’à 30 ans, ce qui nous préserve une confortable longueur d’avance. Nous détenons le pipe-line de variétés qui motive une coopération à long terme », estime le directeur de la communication. Sur le plan juridique, la protection européenne des variétés ouvre un délai de six ans pour tester et préparer leur commercialisation en Chine.

 

Stratégie partenariale

 

Favorisé par la French Touch, le pari chinois s’inspire d’une précédente réussite asiatique : « Ce modèle de partenariat a réussi à mon père dans les années 70 au Japon, où nous détenons depuis lors le leadership national », précise le directeur de la communication du groupe. Deux générations plus tôt, en 1936, la conquête de l’Amérique par Antoine Meilland, l’arrière-grand père de Matthias surnommé Papa Meilland, avait déjà obéi à la même stratégie qui, en 1945, avait donné naissance à la rose Peace, emblème de l’Organisation des Nations Unies.

Implanté à Diénoz (Isère), depuis qu’il a quitté son site historique de Tassin-La-Demi-Lune en 2010, le groupe Meilland totalise 20 millions d’euros de chiffre d’affaires, principalement dans deux activités : Meilland Richardier couvre le marché français, tandis que Meilland International puise l’essentiel de ses ressources dans les redevances issues des ventes de ses partenaires locaux, dans le monde entier. A partir de février 2016, l’amorçage de la pompe chinoise reposera sur l’exportation des fleurs produites en France, avant le lancement d’une offre de greffage, puis le passage de relais progressif à la production locale.

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