Aménagement

Le nouveau visage de la place Gambetta au centre de Bordeaux

Mots clés : Aménagement paysager

La ville du XVIIIe siècle poursuit depuis quinze ans une mue alternant grands équipements et reconquête du centre-ville, dopée par son classement Unesco. Dernier verrou, la place Gambetta, nœud de circulation de l’hypercentre qui va retrouver une urbanité nouvelle. Aux manettes, le groupement mené par les Flamands West 8, associés à la paysagiste bordelaise Sabine Haristoy.

Bordeaux se mire. Oubliés les hangars industriels qui obstruaient les quais. Disparues les noires façades de pierre, les campagnes de ravalement ont littéralement rendu à la ville de pierre son lustre XVIIIe. Une métamorphose qui a valu à Bordeaux le classement Unesco de la majeure partie de la ville ancienne. En route, tous les nouveaux quartiers, des Bassins à flots, d’Euratlantique, de Bastide Niel et Brazza, ont connu ou vont connaître eux aussi une métamorphose rapide. Restent quelques points de l’hypercentre où la transformation est plus problématique.

 

Gambetta ouvre le «triangle d’or» immobilier

 

La place Gambetta, l’un des coins du «triangle d’or» bordelais, croisement des trois axes les plus prestigieux, a subi des années durant une dégradation liée à son rôle de nœud de circulation. La place Gambetta occupe en effet une position stratégique: elle ouvre à l’est sur la cour de l’Intendance, qui accueille le tram et se prolonge vers une descente majestueuse vers l’Opéra et la Garonne. Elle constitue également sur l’axe nord-sud le point de passage presque obligé pour circuler en centre-ville. Et à l’ouest, elle ouvre sur les routes menant à l’océan.

Le plan de circulation avait déjà été modifié pour diminuer l’impact d’un trafic automobile et de bus totalement incompatible avec le plateau piétonnier, commerçant et d’habitat de prestige qui donne sur la place.

Ville et métropole ont lancé un concours de maîtrise d’œuvre après une consultation de 18 mois. Et la ville vient de retenir le projet de réaménagement de la place proposé par le groupement mené par les Hollandais de West8 (architecte paysagiste, Rotterdam), associés à Sabine Haristoy (paysagiste, Bordeaux), Cetab (bureau d’études voirie réseau, Bordeaux), les Eclaireurs (concepteur lumière, Lyon).

 

Se rattacher à l’histoire du lieu

 

Premier principe: les abords de la place sont agrandis, avec des trottoirs multipliés par deux ou trois en largeur qui font écho aux façades. Ces parvis élargis à 8 mètres au minimum permettront ce recul pour apprécier l’entourage bâti de la place. Second principe, basculer la circulation côté ouest pour dégager l’est comme entrée du plateau piétonnier et touristique. Enfin, au cœur, un jardin totalement remodelé, à l’anglaise.

Sabine Haristoy, paysagiste bordelaise, qui a signé notamment le bel aménagement quasi toscan de la place Camille Julian à Bordeaux, précise le propos. «Dans le groupement, je suis l’antenne locale qui fait le relais. Dans le travail collaboratif avec le mandataire West 8, je suis chargée du contexte, parce que le cahier des charges est très explicite sur les enjeux historiques, les demandes de riverains. Plutôt que de tenter de réhabiliter de manière contemporaine avec un grand geste, nous avons essayé au contraire de se rattacher à l’histoire du lieu: une place du XVIIIe qui se rattache aux cours dessinés par l’intendant Tourny (le grand réformateur de la ville moderne au XVIIIe siècle). La demande de travailler sur un cœur d’îlot inspiré des jardins romantiques vient des habitants, notamment l’association SOS Gambetta, très attachée au lieu et au jardin. Chaque poumon vert dans cette ville minérale est précieux. Il fallait à la fois conforter sa position de havre de paix, mais avec le souci de mettre en scène les façades XVIIIe, donner de la place aux piétons en réhabilitant les trottoirs et replacer une unité à cette place qui fonctionne comme un giratoire autour d’un jardin vieilli, avec des végétaux malades.

 

Un jardin à l’anglaise

 

Pour retrouver la trace de jardin, on l’agrandit, et on modifie sa partie végétale pour en faire une place apaisée, avec un havre central. Les arbres remarquables sont bien sûr conservés, notamment des magnolias. Mais à l’alignement de marronniers, souvent malades, et qui masquent la vue depuis le jardin, les paysagistes optent pour conserver l’ossature arborée mais façonnée comme un arboretum, avec des bouquets d’arbres aux essences variées, se substituant aux alignements actuels de marronniers, les chemins sinueux serpentent dans un jardin romantique engazonné, offrant des points de vue dégagés sur les façades. On reste simple dans le choix des végétaux mais qualitatif dans le traitement des limites des espaces plantés, des bordures, des revêtements de sol en pierre.

 

Une fontaine au cœur du jardin

 

Aux deux bassins désaffectés actuels, les paysagistes substituent une fontaine, un point d’eau qui ouvre à l’articulation des deux cours Verdun au nord et Intendance à l’Est dans l’esprit de l’intendant Tourny. «Rien n’est encore fixé, point d’eau ou miroir d’eau, sèche ou en eau, fontaine à jets ou brouillard, tout se dessinera dans les prochains mois, avec l’avis des riverains. Ce sera un bijou, on peut espérer qu’il y aura une belle fontaine, et qu’on pourra s’asseoir au bord de l’eau…»

Au sol, le parvis reprend la charte des matériaux de sol de Bordeaux: comme sur le cours de l’Intendance: pieds de façade en pierre blonde calcaire à léger effet de seuils, sol du parvis en granit ou pierre calcaire reprenant le calepinage en diagonale (par rapport aux façades, comme sur les quais de Garonne).

Les Eclaireurs de Lyon travailleront à une mise en lumière douce des façades, rien de clinquant, mais un éclairage doux des arcades, voire des mascarons de certaines habitations, pour souligner l’effet colonnaire des façades et mettre en scène l’unité architecturale du lieu.

 

Fiche technique

Maîtrise d’œuvre: West8 (architecte mandataire, Rotterdam), Sabine Haristoy (paysagiste, Bordeaux), Cetab (bureau d’études techniques voiries réseaux, Bordeaux), Les Eclaireurs (concepteur lumière, Lyon)

Calendrier: début des travaux, 2018; livraison, 2020

Coût de l’opération: 7,952 millions d’euros TTC.

Financement: Bordeaux métropole et Ville de Bordeaux

 

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