Entreprises de BTP

« Le marché doit redémarrer, sinon il y aura de la casse », Benoît Loison, président de l’Union des métalliers

Mots clés : Produits et matériaux - Risque sanitaire

Benoît Loison, président de l’Union des métalliers (FFB) qui tient ses « Assises de la métallerie » le 2 avril, à Paris, s’inquiète pour la santé de ses adhérents en 2015. Mais garde espoir grâce au bon développement du métal dans la construction ces dernières années et au virage du Bim.

Comment qualifieriez-vous la conjoncture économique en ce début 2015 ?

Benoît Loison : Nous sommes dans les mêmes eaux que 2014 : il y a de l’activité, mais une bagarre de plus en plus rude sur les prix. Et cette activité, aujourd’hui, tend à se réduire. Les défaillances d’entreprises de métallerie sont de plus en plus nombreuses ces derniers mois, du fait de problèmes de trésorerie. La difficulté de cette crise, c’est sa durée. Certaines sociétés qui font des efforts depuis 2009 n’en peuvent tout simplement plus. Il va falloir que le marché redémarre, sinon il y aura de la casse.

 

Certains acteurs de la construction évoquent une reprise fin 2015…

B.L. : C’est effectivement ce que nous disent les promoteurs, tant mieux. Mais les métalliers n’ont pas ressenti de frémissement. Il faudrait plutôt aller voir du côté du gros œuvre.

 

Parvenez-vous tout de même à conserver vos parts de marché ?

B.L. : Nous avons un marché plus large, aujourd’hui, qu’avant l’entrée en vigueur de la RT2012. Notamment grâce aux structures rapportées sur façades qui permettent d’éviter les ponts thermiques. Nous travaillons également sur la mise en accessibilité de nombreux bâtiments publics, même si les projets ont pris du retard ou sont modifiés, du fait des agendas d’accessibilité programmée (Ad’Ap).

 

L’entrée en vigueur de l’éco-conditionnalité a-t-elle contribué à dynamiser le marché de la rénovation énergétique ?

B.L. : Cela faisait longtemps que nous n’avions pas eu un dispositif aussi incitatif que le crédit d’impôt pour la transition énergétique (CITE) ! Pourtant, on ne sent pas de frénésie d’opérations d’entretien-rénovation, même sur les menuiseries, le segment d’activité où il y a pourtant le plus grand nombre d’entreprises qualifiées RGE.

 

Quels seront les principaux thèmes abordés lors de vos Assises de la métallerie, qui se tiendront le 2 avril à Paris ?

B.L. : Nous allons tout d’abord sortir un guide technique sur le travail de l’inox, un matériau que l’on peut employer pour ses caractéristiques inoxydables ou pour son intérêt architectural. Mais c’est aussi un produit sensible qui peut perdre ses caractéristiques inoxydables s’il est mal manipulé ou mal mis en œuvre. Nous recevons beaucoup de questions de nos adhérents sur ce matériau, mais avons aussi des remontées de sinistres de type corrosion, souvent provoqués par un défaut d’entretien (car certains clients pensent que l’inox ne s’entretient pas). Nous avons donc réalisé un guide contenant tout ce que doit savoir un métallier sur ce matériau.

 

Vous organisez également une table ronde sur la maquette numérique (BIM). De quoi sera-t-il question exactement ?

B.L. : Il s’agira d’exposer les enjeux de la maquette numérique, pour un métallier, le plus concrètement possible. Plusieurs invités témoigneront, des maîtres d’œuvre, un métallier, un architecte, un éditeur de logiciel et Bertrand Delcambre, le chargé du numérique dans le bâtiment. Pour l’instant, du point de vue des entreprises, le BIM est trop souvent vécu comme une contrainte. Or, il y a déjà un certain nombre de maîtres d’ouvrage qui passent leur bâtiment en maquette numérique. Nous devons prendre ce virage si nous ne voulons pas devenir de simples fabricants ou des poseurs de solutions industrielles. Par rapport à d’autres corps de métier, les métalliers bénéficient en plus d’une sorte d’avantage comparatif : ils ont depuis longtemps l’habitude de la conception par informatique, et pour certains d’entre eux en 3D.

 

Qu’est-ce que le BIM pourrait apporter aux métalliers en termes de productivité ?

B.L. : Il permettra peut-être une amélioration sur le plan de la coordination des chantiers. Il y aura moins de retards dus à des problèmes de tolérance. Par ailleurs, la partie second œuvre sera probablement traitée plus en amont, ce qui permettra de repérer plus tôt des non-qualités. Grâce à la maquette numérique, nous, entreprises, disposerons aussi de davantage de détails par rapport aux projets. En tout cas, le sujet du BIM semble intéresser nos adhérents, puisque l’atelier qui porte sur ce sujet est celui auquel le plus grand nombre d’entre eux se sont inscrits.

 

Quels sont les autres ateliers ayant remporté du succès ?

B.L. : L’atelier qui arrive en deuxième place s’intitule « La métallerie d’aujourd’hui vers celle de demain ». Il s’agira de déterminer de quelle manière la métallerie va se développer dans les années à venir, d’un point de vue économique. Il y aura une partie métiers (qualifications, certifications, BIM…) et une partie technique (structures métalliques rapportées, rénovation énergétique…). Le troisième atelier le plus demandé est celui de la rénovation et de la maintenance des bâtiments. Les métalliers ont des opportunités sur ces marchés, mais ne sont pas encore assez bien armés.

 

Qu’est-ce qui manque aux métalliers pour y aller ?

B.L. : La partie technique est relativement simple, nous avons plutôt besoin de tout ce qu’il y a autour : qualification d’entreprises, aspects juridiques. C’est pourquoi nous allons proposer à nos adhérents des fiches d’entretien et de maintenance d’installations, notamment pour les portes de hall qui constituent un marché important. Nous leur présenterons également un contrat type de maintenance à proposer à leurs clients. L’entreprise qui s’engage sur ce marché doit par ailleurs adopter une organisation spécifique. Elle doit par exemple être capable d’intervenir très rapidement si une porte de garage tombe en panne. Les métalliers ne sont pas habitués à répondre à ce type de prestations.

 

Deux ateliers concernent la formation. Cela reste bien évidemment un sujet important pour vous ?

B.L. : Bien sûr, du fait de problèmes de recrutement dont nous souffrons. Nous venons d’embaucher, à l’Union des métalliers, une personne qui a quinze ans d’expérience dans le secteur de la formation. Sa mission sera de monter des formations spécifiques à la métallerie pour lesquelles il y a un manque. Les guides techniques réalisés par l’Union des métalliers pourront servir de base. Ces formations pourraient se faire sous la forme de cours d’une journée ou de modules en ligne.

 

Sur quel sujet portera votre assemblée plénière ?

B.L. : Un intervenant extérieur, Gérard Biolley, va venir nous rappeler les atouts de l’entreprise familiale, notamment sur la dimension managériale. Il nous donnera également quelques clés sur la transmission d’entreprises. Pour lui, elle se prépare sur une période allant de cinq à dix ans.

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