Logement

Le logement, reflet et accélérateur des inégalités, pour la Fondation Abbé Pierre

Mots clés :

Bâtiments d’habitation

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Lutte contre l'exclusion

Dans son 21e rapport annuel qui s’appuie sur les données de l’Insee les plus récentes, la Fondation Abbé Pierre alerte pour la première fois sur le rôle joué par le logement dans l’accroissement des inégalités en France. Selon ce rapport remis jeudi 27 janvier à François Hollande, 3,8 millions de personnes sont aujourd’hui mal logées.

   

 

 

Une loi pour l’accès au logement et un urbanisme rénové, une loi sur la mobilisation du foncier public pour la construction de logements sociaux, une loi sur la transition énergétique axée sur la rénovation thermique des logements, des prêts à taux zéro pour l’accession à la propriété et la rénovation et des crédits d’impôts : au cours des quatre dernières années les efforts législatifs et financiers pour améliorer la situation du logement en France et atteindre un objectif de 500.000 logements construits ou rénovés par an n’ont pas manqué.

Et pourtant rien n’y a fait. Chaque année depuis quatre ans, le nombre de personnes mal logées a augmenté pour atteindre le chiffre de 3,8 millions (894 500 personnes privées de logement personnel et 2 879 000 personnes vivant dans des conditions de logement très difficiles), dévoilé jeudi 28 janvier par la Fondation Abbé Pierre dans son 21e rapport annuel. Au total, ce sont même 15 millions de personnes qui sont touchées par la crise du logement qu’elles soient en situation de surpeuplement dit « modéré », c’est-à-dire qu’il leur manque une pièce par rapport à la norme d’occupation ; en situation d’impayé de loyers ou de charges ; qu’elles vivent dans des copropriétés dégradées ou en situation de précarité énergétique.

Pire, dans une société touchée par la crise depuis 2008, le logement joue désormais « un rôle majeur dans l’approfondissement des inégalités » et « est au cœur du processus de décrochage des couches populaires », souligne la Fondation Abbé Pierre qui s’est appuyée sur les chiffres les plus récents (enquête Logement 2013 de l’Insee).

 

Impact sur la santé

 

Christophe Robert, délégué général de la Fondation Abbé Pierre enfonce le clou : « Le logement est le reflet des inégalités, mais il est aussi accélérateur des inégalités » pour des ménages, les plus pauvres, qui consacrent à leur logement 55,9 % de leurs revenus, une part trois fois supérieure à la moyenne (17,5 %).Pire, les personnes en situation de mal logement les plus démunies sont souvent prises dans la boucle infernale de la dégradation de leur situation sociale et de la dégradation de leur santé. Ainsi la Fondation Abbé Pierre alerte sur les nombreux troubles sur le plan sanitaire causés par un habitat indigne et la précarité énergétique : intoxications (plomb, monoxyde de carbone, radon…) et pathologies allergiques ou respiratoires notamment dues aux maladies causées par le froid et à une mauvaise qualité de l’air intérieur (« d’après l’enquête nationale Logement 2013, 5,8 millions de ménages (soit 20,7 % des ménages) se plaignent de signes d’humidité sur les murs » note le rapport, qui explique : « La prévalence de l’asthme ou de symptômes respiratoires est associée à la présence de moisissures dans les espaces intérieurs »). Mais il insiste aussi sur « les conséquences sur le plan social et psychique » d’un habitat dégradé ou insalubre : « dégradation de l’image de soi — liée à la dévalorisation du patrimoine et à la remise en cause du sentiment de sécurité dans le logement — et repli sur soi du ménage, avec le développement d’un sentiment de « honte » qui concerne aussi bien les adultes que les enfants ».

 

Quatre piliers d’action

 

Pour inverser la tendance, la Fondation Abbé Pierre ne demande pas une révolution mais une réorientation de la politique du logement à destination des plus fragiles, considérant que ces dernières années les plans successifs de relance de la construction par l’accession à la propriété ont été établis à destination des classes moyennes et ont surtout profité d’après elle aux plus aisés.

La Fondation a donc identifié quatre piliers d’actions : produire davantage de logements accessibles, contrôler le marché et le coût du logement, combattre l’exclusion par le logement, et construire une ville équitable et durable.

Si la production de logements neufs est indispensable ne serait-ce que pour répondre au dynamisme démographique français et à la pénurie de logements, « il ne s’agit pas de construire pour construire », explique le rapport : « les 500.000 nouveaux logements par an doivent correspondre à la demande, d’un point de vue géographique et social, avec des logements abordables, en particulier dans les zones tendues ».

La Fondation Abbé Pierre insiste pour que les outils existants pour libérer le foncier constructible et réguler les marchés immobiliers, « en particulier les loyers du parc privé » soient appliqués. Pour cela, la politique du logement devrait s’appuyer « sur une gouvernance locale de l’urbanisme et du logement cohérente et clarifiée, à l’échelle des agglomérations ». Une gouvernance qui aurait pour but notamment d’éviter que « les ménages pauvres (fassent) les frais de la politique de mixité sociale ». Pour cela, la Fondation recommande : « d’améliorer les conditions de vie dans les quartiers populaires en s’intéressant au sort des habitants « ici et maintenant », de mener conjointement une action volontaire dans les quartiers aisés, produire du logement abordable dans les quartiers qui en manquent notamment en renforçant la loi SRU et attribuer les logements accessibles aux ménages prioritaires ; mobiliser le parc privé. »

Enfin, la politique du logement doit être plus juste et « se soucier en priorité des plus défavorisés », rendre impératifs le relogement des ménages prioritaires dalo et la mise en œuvre du « Logement d’abord ».

« Le mot d’ordre de la Fondation est clair », conclut le rapport , « le combat doit plus que jamais continuer ».

 

Focus

Sylvia Pinel confie une mission à la Fondation Abbé Pierre pour permettre à davantage de familles en difficulté de se loger dans le privé

Lors de la présentation du rapport, la ministre du Logement a demandé à la Fondation Abbé Pierre de faire des propositions pour mobiliser les logements dans le parc privé à des fins sociales. Cette mission a pour buts  :

– de dresser un inventaire des dispositifs existants (comme Solibail, les agences immobilières à vocation sociale, les services immobiliers ruraux et sociaux, ou encore les aides à la réhabilitation) afin de les dynamiser, notamment dans les territoires tendus ;

– et de proposer de nouvelles mesures pour mobiliser des logements dans le parc privé, immédiatement disponibles, pour les ménages en difficulté, en complément de ceux du parc social.

« Des actions seront engagées par l’ensemble des acteurs dans les trois mois suivant la remise des conclusions de la mission, afin d’accélérer l’accès au logement des familles en difficulté », promet le ministère dans un commuiniqué.

 

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