Profession

Le Hack’Archi, une charrette géante à Paris-Belleville

Mots clés : Architecture

En septembre dernier, le groupe Caisse des dépôts et l’Union sociale pour l’habitat lançaient un appel aux bailleurs pour imaginer des projets plus innovants. Les 16 dossiers, présélectionnés depuis lors, ont été livrés en pâture à quelque 80 étudiants les 4 et 5 décembre derniers. Réunis pendant deux jours dans les locaux de l’école d’architecture de Belleville à Paris, ils ont décortiqué des projets parfois très complexes pour livrer leurs propres solutions. Un mini-marathon de créativité architecturale.

« Surprenez-nous ! » Ce vendredi 5 décembre, l’injonction lancée à la cantonade dans le grand amphithéâtre de l’Ecole nationale supérieure d’architecture de Paris-Belleville donne le top départ du « Hack’Archi ». Les quelque 80 étudiants réunis pour l’occasion sont partis pour deux jours de réflexion aussi express qu’intense sur le logement social innovant. Il va leur falloir penser nouveaux matériaux, techniques constructives émergentes, flexibilité des espaces ou encore discussions avec les habitants. Plus précisément, ils ont jusqu’au lendemain, 6 décembre à 12 h 30, pour se pencher sur 16 projets bien réels (*), ceux que la Caisse des Dépôts et l’Union sociale pour l’habitat (USH) ont déjà présélectionnés dans le cadre de l’appel à projets « Pour une architecture de la transformation » lancé en septembre dernier. Les deux institutions entendent en effet inciter les bailleurs sociaux à davantage d’innovation et ont entrepris de les aider à mener à bien des opérations expérimentales. Le Hack’Archi est une étape dans ce processus et ses participants sont là pour « enrichir, challenger les projets », explique Sabine Parnigi-Delefosse qui, en tant que directrice de projets au département de la stratégie du Groupe Caisse des dépôts, veille au bon déroulement de la grande charrette qui attend les 16 équipes d’étudiants. Quant aux bailleurs, venus avec leurs maîtres d’œuvre, ils sont là également, pour présenter leur dossier et entendre les propositions.

 

« Casse-tête »

 

Ainsi, l’opérateur SNI Ile-de-France est arrivé avec son projet, de son propre aveu « un peu balèze », de transformation d’une tour de 12 étages située à Saint-Michel-sur-Orge, dans l’Essonne. Car l’immeuble construit en 1974 propose des appartements trop grands, des T3 et des T4, quand la demande porte davantage aujourd’hui sur des T1 et des T2. Surtout, le bailleur caresse cette idée désormais assez fréquente de proposer des logements flexibles, qui puissent s’adapter aux parcours de vie des locataires : mariages, naissances, départ des enfants, décès… Et imagine davantage encore : des espaces partagés, des terrasses-jardins, sans oublier bien sûr de faire participer des habitants à la conception du projet… Plus tard, dans la salle 12, les étudiants qui planchent sur la question sont pourtant obligés de revoir ces ambitions à la baisse, du moins le temps du Hack’Archi. Ils réalisent en effet que la structure du bâtiment est composée de voiles. Autour d’un écran, ils sont en train de relever les murs porteurs et de mesurer la distance entre chaque. « On a toutes les contraintes du monde », remarque Virginie Durand, de l’Ensa Normandie tandis que Manon Lervoire, qui étudie à Belleville, ajoute : « C’est ça qui est marrant ! » Même Jean-François Neutre, le chef de projets de SNI Ile-de-France, le reconnaît, ce bâtiment « est un casse-tête ».

 

 

A quelques mètres de là, dans la salle 6, on discute brique de terre cuite et brique de terre crue. Des étudiants venus de l’Ensap Bordeaux ou de Strasbourg planchent sur le projet d’une Maison des chantiers pour une ZAC à Biganos, en Gironde. Aquitanis, office public de l’habitat de Bordeaux Métropole, qui en est l’aménageur, est parti dans « l’idée de construire avec les ressources locales », explique John Stritt, le chef de projet. Donc, du pin, de l’argile et de la ouate de cellulose de pin puisqu’une usine de carton voisine peut en produire. La démarche d’Aquitanis, qui travaille sur le projet avec l’agence d’architecture 2:pm, est déjà bien engagée mais « nous attendons des étudiants qu’ils portent un regard neuf sur le concept », explique John Stritt. Une fois la question de la structure bois réglée, la conversation roule sur le remplissage des façades. On s’interroge autour de la table : la Maison des chantiers doit-elle représenter tous les usages possibles de la terre ? « On risque de créer un joli monstre », remarque, dubitatif, Maxime Dumoulin, de l’école de Bordeaux.

 

Maquette

 

Retour salle 12. L’équipe qui travaille sur la tour de SNI Ile-de-France s’interroge sur le type de maquette qui représentera le mieux leur projet : « Il faut faire un étage courant ! » Les 16 groupes de travail doivent en effet rendre, le lendemain, différents éléments pour étayer leurs propositions, dont un scénario d’expérimentation et une maquette, physique ou numérique. Deux des participants de l’équipe reviennent justement de la visite de l’atelier maquette de l’école. Entretemps, un expert du CSTB est venu donner un éclairage sur les possibilités de déploiement horizontal des réseaux. L’équipe envisage donc de faire varier la position, par exemple, des salles de bains en fonction des besoins.

L’évolution de l’usage des lieux est également un sujet en débat pour le projet de Maison des chantiers de Biganos. Le bâtiment qui sera construit devra pouvoir évoluer dans les années à venir. « Du coup, pour dessiner l’aménagement intérieur, nous sommes partis de la fin : le plan du futur logement, puisque c’est le programme le plus contraignant, pour revenir au début et donc, la salle de réunion », explique Alexandra Tedeschi, étudiante à Bordeaux. Il faut là aussi, maintenant, passer à la réalisation de la maquette. Et dans ce cas, faut-il représenter les futurs murs en terre cuite… en terre cuite ? « Ça ne sera jamais sec à temps », s’élève une voix. Dans la cour de l’école, quelques membres de l’équipe ont de toute façon déjà les mains dans l’argile puisque Aquitanis et 2:pm ont fait livrer sur place de quoi fabriquer un prototype de mur à l’échelle 1… Histoire de rajouter une once de difficulté au cahier des charges déjà bien chargé du Hack’Archi.

 

 

Sabine Parnigi-Delefosse raconte d’ailleurs après coup que « beaucoup des équipes ont travaillé une partie de la nuit de vendredi à samedi. Cela a été assez éprouvant, mais aussi très stimulant. » A l’issue de ces longues heures, trois équipes – celles qui ont travaillé sur les projets portés par les bailleurs Néotoa, Actis et Estuaire de la Seine – ont été distinguées par un jury. Surtout, l’ensemble des bailleurs sont repartis avec de nouvelles pistes à approfondir. En février prochain, ils passeront devant leur propre jury. Le Groupe Caisse des Dépôts et l’USH choisiront alors cinq projets qui seront ensuite accompagnés dans leur mise en œuvre.

Quant aux étudiants, leur mission s’arrête normalement là. Certains, cependant, continueront à prendre part à l’initiative. « Des propositions de stage ont été faites », assure Sabine Parnigi-Delefosse. L’équipe qui a travaillé sur le projet de la maison d’Aquitanis à Biganos, elle, est déjà conviée à venir mettre la main à la pâte lors de la phase de construction, puisqu’il s’agira d’un « chantier école ». Au minimum, note enfin, Martin Filliatre, qui a participé à l’atelier du projet SNI Ile-de-France, « nous savons mieux désormais quelles peuvent être les attentes et les problématiques de bailleurs sociaux. »

 

(*) La liste complète et le descriptif des 16 projets retenus dans le cadre de l’appel à projets « Pour une architecture de la transformation » est disponible en ligne sur le site de la Caisse des dépôts.

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