Collectivités territoriales

Le Grand Paris du paysage de Bertrand Warnier : « Revenir à l’histoire et à la géographie » (3/6)

Mots clés : Architecte - Maîtrise d'ouvrage - Métier de la construction

Troisième signature de notre feuilleton sur les enjeux paysagers du Grand Paris, Bertrand Warnier approfondit l’analyse géographique et historique du territoire. Comme l’a montré l’Axe majeur de Cergy Pontoise dont cet architecte urbaniste a assisté la maîtrise d’ouvrage, la topographie peut servir de guide à l’implantation des monuments emblématiques de l’identité métropolitaine.

« Du passé faisons table rase », il n’est plus question : on s’intéresse  aujourd’hui de nouveau à l’histoire et à la géographie. Et dans beaucoup de grandes agglomérations, les interrelations sont devenues  étroites entre reliefs naturels et hautes masses bâties. Dans le même temps, les enjeux environnementaux propres au XXIème  siècle sont au cœur des réflexions urbaines. Mais l’environnement n’est  pas  le paysage ; et quand on l’évoque, il s’agit du paysage  des  campagnes. S’il est urbain, on ne s’aventure pas au-delà  des  contours des villes historiques. A Paris ce sont  les bords de Seine et leurs coteaux immédiats jusqu’à la butte Montmartre et les buttes Chaumont.

 

Monuments amplificateurs

 

La ville s’est lovée dans la plaine alluviale. Puis le bâti a escaladé les pentes en jouant le même rôle d’enveloppe protectrice de la cuvette. Tout le Paris historique se trouve dans les parties basses du méandre et ses versants immédiats. Les reliefs ont été exploités par des monuments qui amplifient les caractéristiques géographiques avec des amplitudes faibles (de 25 à 30 mètres) qui suffisent à fermer les vues vers les périphéries. Inversement  le Paris vu de l’extérieur n’existe que par la tour Eiffel et le sacré Cœur perché sur la butte Montmartre.

Dans l’espace régional, où est le paysage urbain de tous les jours ? Celui qui est traversé par les trains de banlieues et autres  navetteurs? Et pourtant il existe. La Seine suit son cours et se gonfle de ses affluents. Ces cours d’eau  paresseux continuent d’y jouer un rôle majeur avec des  tracés  sinueux, tout en courbes  et donc, des lumières changeantes

 

Trois strates imbriquées

 

Au-dessus, là où se trouvent la plus grande partie des quartiers habités,  les légers dénivelés doivent être  exploités  à une échelle de proximité tandis que  la perception  globale  ouvre sur de grands  horizons. Et ce sont de grandes lignes droites, en fond de paysage, qui font le lien entre la terre et le ciel changeant d’Ile de France (ce sont les nuages charnus et colorés qui sont tout en courbe) s’imposent au regard  avec des ponctuations  singulières. Pour en apprécier les caractéristiques, il faut bien faire la distinction entre trois niveaux qui sont étroitement imbriqués :

–         Le lit des vallées  aux côtes 25/27 mètres NGF

–         Les larges terrasses des plateaux-qui constituent le niveau médian – 60 à 80 mètres au-dessus des cours d’eau.

– Les buttes et collines qui culminent autour de 180 mètres.

Ces altitudes relativement faibles compte tenu de la dimension de l’urbanisation n’en sont pas moins les bases de la figure urbaine emblématique de la capitale et celles qui peuvent continuer à faire « image ». Les lignes directrices dictées par la géographie ont en effet, été exploitées par l’histoire avec la chaussée Jules  César, les Champs Elysées et les jardins de Versailles. Les fronts urbains comme celui de Marly qui va de Mantes jusqu’à Meudon et les contreforts de la Bièvre sont dans cette logique, et dans la même orientation Sud est-Nord- Ouest que les axes historiques qui ne devaient rien au hasard. A cet égard on pourrait dire que les futurs « monuments  » de la Métropole sont préexistants avec la découverte et la mise en valeur de ces fronts urbains de Marly mais aussi ceux  des coteaux du Hurepoix ou des versants du canal de l’Ourcq.

 

Le grand oublié

 

Les nouvelles caractéristiques de la Région Ile de France sont celles qui résultent de ces accidents du relief et de trois grands secteurs distincts l’un des l’autre. L’ordre géographique du territoire dicté par ces grandes lignes directrices n’efface en rien  toutes les entités paysagères locales.  S’il est prédominant et s’il en est question ici, c’est que c’est le grand oublié dans le jalonnement de l’espace urbain.

Les futurs  édifices  saillants, porteurs de l’identité de l’Ile de France et donc de la Métropole- en ayant une valeur symbolique forte – peuvent trouver place sur l’une ou l’autre  des buttes et collines existantes, au-delà du petit périmètre parisien.  La capitale retrouverait ses véritables  dimensions

Il permet aussi de bien répartir les discontinuités entre espaces bâtis et non bâtis. Ceux-ci sont les contrepoints essentiels d’une métropole. C’est une autre manière de faire pénétrer les vides dans le tissu urbain comme le font les grandes forêts et peuvent le faire d’autres espaces à vocation agricoles. 

Pour être explicite, le panorama  comme celui qui est  vu de l’axe majeur de Cergy-Pontoise n’est pas un espace figé. Il va évoluer. Mais dans quelles  conditions ?  Y est-on attentif ? A-t-on pris  conscience de sa fragilité ? Qui décide de son évolution ? Question sans réponses.

Après l’Oise et le lac au premier plan, le grand trait vert de la forêt de St Germain apparaît plus loin, suivi d’un tapis sur lequel reposent les urbanisations plus lointaines. Au fond, les buttes naturelles ou coiffées alternent avec les points saillants comme celui de la Défense. Le tout est cadré par les reliefs des grandes collines qui s’étirent au-dessus des plateaux.

 

Plaidoyer planificateur

 

L’histoire montre que la qualité et les traits essentiels du paysage parisien et de ses environs a été le fait, non  du hasard, mais d’une volonté constamment affirmée au cours du temps. Les  adjonctions et  transformations  se sont glissées  dans le tissu urbain préexistant avec une volonté de trouver les vocabulaires adéquats

Ce serait bien la vocation d’une agence des Signes et des Paysages que de mettre en place les éléments essentiels d’un plan de composition métropolitaine, qui accompagnerait  – ou, mieux, précéderait – les grandes données de la Planification. Ainsi apparaitraient les fondements d’un cité assise sur la géographie, l’histoire et une sensibilité à la beauté des paysages et notamment des grands paysages.

 

Ces visions paysagères du Grand Paris prolongent le dossier de 12 pages à paraître le 12 février dans Paysage Actualités sous le titre « Vers une métropole désirable ».


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