Performance énergétique

Le défi vert des réseaux de chaleur

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Politique énergétique

La loi de transition énergétique a mis les réseaux de chaleur sur le devant de la scène. Les voilà enjoints de multiplier par cinq leur distribution d’énergie renouvelable et de récupération. A l’occasion de la 11e Rencontre des réseaux de chaleur, organisée par Amorce le 2 décembre à Paris, les acteurs privés et publics de la filière revenaient sur les enjeux de cet objectif.

 

En août dernier, la loi de transition énergétique a offert un cadeau empoisonné aux partisans des réseaux de chaleur. Elle acte d’ici 2030 la multiplication par cinq de la quantité d’énergies renouvelables et de récupération (EnR&R) distribuées en 2012 par ce vecteur. Si cet objectif amène au centre des débats politiques une technique souvent oubliée, il se révèle aussi un sommet élevé, difficile à atteindre en seulement 15 ans. La question du « comment » agitait la 11e Rencontre des réseaux de chaleur organisée par Amorce(1) — association qui rassemble entre autres les acteurs privés et publics impliqués dans le secteur des réseaux de chaleur — le 2 décembre, à Paris.

Présentés lors de la manifestation, les premiers résultats des enquêtes annuelles d’Amorce et du Syndicat national du chauffage urbain et de la climatisation urbaine (SNCU) montrent l’ampleur de la tâche. En 2014, les 536 réseaux répertoriés dans l’Hexagone fournissent de la chaleur ou du froid à 2,13 millions d’équivalents-logements, soit environ 25 TWh. Le parc alimenté se compose en majorité de bâtiments résidentiels (57 %) et tertiaires (35 %). Les calories proviennent à 41 % d’EnR&R et à 42 % de gaz. Le charbon (9 %) et le fioul (4 %) complètent le mix.

La loi de transition énergétique implique donc le passage de 10 TWh de chaleur renouvelable à 40 TWh en 2030. « Selon nos prévisions, nous pouvons atteindre un taux moyen de 60 % d’EnR&R. Au-delà, l’équilibre économique n’est plus assuré. Il faudrait donc raccorder entre 6 et 8 millions d’équivalents-logements », explique Nicolas Garnier, délégué général d’Amorce.

 

Un contexte morose

 

L’annonce de cette volonté gouvernementale sans précédent concorde avec une conjoncture peu favorable à la filière. Avec son hiver peu rigoureux, l’année 2014 a entrainé une augmentation du prix moyen de la chaleur à 72 €/MWh, alors qu’il gravitait autour de 68 €/MWh depuis 2011. « Moins la production est importante, plus l’unité est chère. Cependant, à l’échelle du foyer, les tarifs demeurent attractifs », nuance Thierry Franck de Préaumont, président du SNCU et de l’entreprise d’exploitation Idex.

En effet, sur le plan du coût global par logement, le système revient à 1263 € par an. Il arrive juste derrière la chaudière gaz collective 1220 €. Grâce à la TVA réduite à 5,5 %, les infrastructures alimentées par plus de 50 % d’EnR&R atteignent 1203 € par an.

Cependant, cet argument ne suffit plus. La chute des prix des énergies fossiles freine les clients potentiels. « Quand les prix étaient élevés, c’était assez simple. Maintenant, un bailleur social va encore conserver quelques années ses chaudières au fioul, constate le président. La SNCU demande donc l’instauration d’une taxe carbone d’un montant de 36 €/tonne dès 2016, suivi d’une augmentation progressive de 6 € par an jusqu’au 56 €/tonne prévu en 2020. Cette mesure constituerait un frein à la concurrence. »

 

Le Fond chaleur multiplié par deux

 

En attendant l’appui d’une taxe carbone, les membres d’Amorce devront trouver les moyens de créer de nouvelles installations et d’augmenter la production des sites existants. La loi de transition énergétique a fourni un petit atout. Avant le 31 décembre 2018, les collectivités territoriales responsables d’un service public de distribution de chaud ou de froid seront dans l’obligation de réaliser un schéma directeur de leur réseau de distribution. Cette étude poussera les administrateurs à se pencher sur les possibilités.

En dehors du texte, l’Etat dévoile d’autres outils incitatifs. Le Journal officiel a publié fin octobre cinq nouvelles fiches de certificats d’économies d’énergie dédiées au réseau de chaleur. Par ailleurs, Ségolène Royal a annoncé en avril le doublement du Fonds chaleur. Le budget de ces aides, pilotées par l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe), atteindra 420 millions d’euros en 2017.

En outre, l’éventail des projets éligibles au Fonds chaleur s’élargira en 2016. Il pourra financer les raccordements de bâtiments situés à proximité des réseaux existants. « Nous réfléchissons aussi au soutien des territoires ruraux, indique Michel Cairey-Remonnay, coordinateur du Fonds au sein de l’Ademe. Normalement, les installations avec une production inférieure à 100 Tep/an n’entrent pas dans le périmètre du dispositif. Néanmoins, si une collectivité présente un projet d’aménagement et de développement durable où la production totale du réseau de chaleur et des autres infrastructures dépasse 100 Tep/an, nous serons peut-être en mesure de l’aider. » Reste maintenant à convaincre le plus grand nombre des mérites de ce moyen de chauffage trop discret.

 

(1) l’association nationale des collectivités, des associations et des entreprises pour la gestion des déchets, de l’énergie et des réseaux de chaleur.

 

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