Santé

Le coût social de la pollution de l’air intérieur s’élève à 19 milliards d’euros par an

Mots clés : Air

Une étude réalisée par l’Observatoire de la qualité de l’air intérieur chiffre pour la première fois en France l’impact socio-économique de la pollution de l’air intérieur. Les particules sont les premières incriminées.

 

 

Le CSTB (centre scientifique et technique du bâtiment) et l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) ont présenté le 23 juin 2014 les résultats de la première étude exploratoire française du coût socio-économique de la pollution de l’air intérieur. Réalisée dans le cadre du programme de recherche de l’Observatoire de la qualité de l’air intérieur (OQAI), cette étude visait à estimer le coût annuel, pour la collectivité, des conséquences de cette pollution. Pierre Kopp, professeur d’économie à l’université Sorbonne Panthéon  I, a participé à l’étude. Il définit ce coût comme « le volume annuel des ressources, humaines ou financières, dont la société se prive du fait de cette pollution. Autrement dit, si cette pollution n’existait pas, la société pourrait réallouer à d’autres usages, plus utiles, les ressources consacrées à soigner, traiter, encadrer les effets de cette pollution sur la santé de nos compatriotes ».

 

Six polluants de l’air intérieur

 

Pour traduire ce phénomène sanitaire en coût, l’équipe de recherche devait d’abord quantifier les impacts sanitaires liés aux expositions de la population aux polluants de l’air intérieur, c’est-à-dire chiffrer, pour une année donnée, le nombre de décès et le nombre de nouveaux cas pour chaque pathologie associée aux expositions de la population à ces polluants. L’année de référence retenue a été 2004, au cours de laquelle l’OQAI a réalisé une vaste campagne de mesure de la pollution de l’air intérieur des logements. Quant aux polluants retenus, ils sont au nombre de six : le benzène, le trichloréthylène, le radon, le monoxyde de carbone, les particules et la fumée de tabac environnementale (ou tabagisme passif), responsables de leucémie, cancer du rein, cancer du poumon, asphyxie, maladies cardio-vasculaires et pathologies respiratoires.

Côté socio-économique, il s’agissait de chiffrer le coût des vies humaines perdues du fait des maladies, les pertes de qualité de vie dues aux années en mauvaise santé et les pertes de production, ainsi que le coût des soins aux malades et celui des recherches publiques et de la prévention.

 

L’essentiel du coût lié aux particules

 

« Même si les résultats ont un caractère plus illustratif que définitif du fait des nombreuses hypothèses posées, admet Pierre Kopp, il ressort un ordre de grandeur loin d’être négligeable du coût socio-économique de la pollution de l’air intérieur : 19 milliards d’euros par an, pour 20 000 décès et 28 000 nouveaux cas annuels. » Les particules constituent de loin le polluant le plus coûteux avec plus de 14 millions d’euros par an et plus de 16 000 décès.

Pour mémoire, le coût de la pollution de l’air extérieur est estimé selon des travaux récents, entre 20 et 30 milliards d’euros par an. Mais les deux ne s’additionnent pas puisque une grande partie des polluants intérieurs proviennent de l’extérieur, notamment les particules.

Il est malheureusement difficile de comparer les résultats de l’étude de l’OQAI avec ceux d’autres pays où des études similaires ont récemment été conduites (Italie, Pays-Bas, Etats-Unis) car les méthodes diffèrent ainsi que les polluants pris en compte.

 

Une étude à approfondir

 

Les auteurs de l’étude admettent par ailleurs les limites de cette première évaluation. La liste des polluants n’est pas exhaustive, même si elle représente les substances les plus fréquemment présentes dans l’air intérieur. Pour les autres, comme le formaldéhyde, les données n’étaient pas disponibles. De même, toutes les pathologies liées aux polluants n’ont pas été considérées, ainsi que les effets de la co-exposition à plusieurs polluants. « D’autres hypothèses fortes, listées dans le rapport, devront être affinées à l’avenir », admet Séverine Kirchner, coordinatrice scientifique de l’OQAI. Le travail de l’équipe ne s’arrête donc pas là. Une évaluation plus fine des expositions et d’autres méthodes de calcul du coût économique sont notamment envisagés.

 

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