Réalisations

Le coup de gueule des architectes italiens

L’attribution de plusieurs grands projets italiens à des architectes étrangers ces dernières années suscite le ras-le-bol d’une trentaine de leurs homologues nationaux, qui ont lancé un appel au chef de l’Etat Carlo Azeglio Ciampi pour renverser la tendance.

L’Auditorium de Rome, oeuvre du Génois Renzo Piano, et le nouveau Centre des congrès de Milan, signé Massimiliano Fuksas, sont en effet de rares exemples de projets architecturaux enlevés par des Italiens.
Ainsi, le Musée de l’Ara Pacis, qui sera inauguré en septembre dans le centre historique de Rome le long du Tibre, a été conçu par le célèbre architecte américain Richard Meier.

On peut également citer le futuriste Ponte Piazzale Roma de Venise de l’Espagnol Santiago Calatrava, le projet d’extension du musée des Offices de Florence du Japonais Arata Isozaki, le Palais de la Région à Milan du Chinois Ieoh Ming Pei ou encore le projet Santa Giulia de rénovation urbaine du Britannique Norman Foster.

Une situation qualifiée de « dramatique » par 35 architectes italiens reconnus – comme Ettore Sottsass, Paolo Portoghesi et Vittorio Gregotti – dans une lettre commune au président de la République, au gouvernement et à l’ensemble de la classe politique, rendue publique ces derniers jours.

Le problème est principalement italien, estiment les signataires, qui déplorent que contrairement aux autres pays européens, l’Italie n’ait pas encouragé au cours de ces dernières décennies de « grandes oeuvres » et de « grands projets » qui, en France, en Allemagne et en Espagne, ont « sensiblement transformé le paysage urbain, en reflétant l’esprit de notre temps ».

L’Italie a accumulé un tel « retard » et « son appareil bureaucratique est si inerte » qu’elle les a « privés d’occasions de travailler, ce qui leur aurait permis d’apporter une contribution originale à l’actuel mouvement de renouveau de l’architecture », déplorent les 35 architectes.
« Cette situation a placé notre pays dans une situation d’infériorité au plan international », soulignent-ils, craignant que « la richesse culturelle italienne » ne se tarisse.

Pour Massimiliano Fuksas en revanche, seule grande star du milieu avec Renzo Piano à ne s’être pas joint à l’initiative, l’appel est une « démonstration aggravée de protectionnisme, qui reflète l’incapacité (des architectes) à accepter la globalisation », a-t-il déclaré à l’hebdomadaire Panorama.
« Affrontons sérieusement cette globalisation. En Italie, nous avons de bons techniciens, un artisanat à haute valeur ajoutée, des entreprises qui offrent une rapidité et une qualité dans les finitions qui n’est égalée nulle part dans le monde », estime l’architecte.
« Vous savez ce que je pense ? Qu’il faut que ces gens lèvent le nez de leur bureau », résume M. Fuksas.

Katia DOLMADJIAN (AFP)

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