Matériaux et équipements

Le chanvre : une présence accrue dans la construction

Emergence de règles professionnelles, propriétés thermiques remarquables, intérêt des grands groupes… les matériaux en chanvre, pouvant intervenir à tous les niveaux de la construction, devraient être de plus en plus présents sur les chantiers français.

La France produit près de 85% de la production européenne de paille de chanvre. Alors, il n’y a rien d’étonnant à ce qu’une filière y émerge. D’après Claude Eichwald, président de « Construire en chanvre », association fondée en 1997 et visant à regrouper tous les acteurs de la filière, il y a eu, en 2009, entre 2000 chantiers avec du chanvre (neufs et rénovations lourdes) et 4000 (rénovations moins lourdes). Le président de « Construire en chanvre » constate qu’il y a encore 2 ans, seuls les particuliers étaient demandeurs de chanvre. Depuis peu, il voit l’émergence de maîtres d’ouvrage publics, souvent de petites communes rurales ayant une politique environnementale volontariste.
Le chanvre est essentiellement utilisé pour la fabrication de laines d’isolation thermique et phonique (les fibres longues sont thermo liées sur le principe des laines minérales) et de béton (mélange de chènevotte, liant à base de chaux et eau) coulé, projeté ou posé sous forme de bloc. En marge, des matériaux composites (fibres courtes introduites dans un polymère) pour profilés de fenêtres et planchers de terrasse, font leur apparition.

Isolant à base de chanvre

Suppress chez Isover suppress qui commercialise un isolant à base de chanvre depuis 2002 ; pour obtenir la même résistance thermique avec une laine à base de chanvre qu’avec une laine de roche, il faudra dépenser 6 fois plus.
Chez Cavac, nouvel arrivé dans le club des fabricants français d’isolants à base de chanvre (Buitex, Isover, technichanvre, Sotextho …), on tend à offrir un prix national aux alentours de 15 euros/m2 ( 100 mm d’épaisseur).
Organisés en circuit court, le défibrage et le nappage ont lieu sur le même site et comme seules les fibres, soit 25% de la plante, sont utilisées pour fabriquer l’isolant, le groupe Cavac a choisi de valoriser le reste de la plante. La chènevotte, 55% de la plante, servira à fabriquer des enduits et les poussières restantes seront destinées au chauffage industriel. L’usine, inaugurée au printemps 2009, a la capacité de produire 300 000 m3/an d’isolants. Mais face aux millions de m3 pouvant sortir chaque année d’un site de production de laine minérale, le coût de production industrielle reste nettement plus défavorable pour le produit éco-sourcé. Pour que ce dernier baisse, il faudrait que la demande augmente significativement.

Pas d’isolant en chanvre à bas prix

Olivier Jarreau, Directeur administratif et financier du groupe, voit aujourd’hui le marché s’organiser. La présence d’une offre complète d’ « isolants naturels » sur les catalogues des grands distributeurs en est la preuve. Mais il a conscience que, aussi longtemps que le caractère non-renouvable d’une matière première ne sera pas intégrée au coût du produit, un isolant bio-sourcé aura toujours du mal à offrir un prix compétitif.
Pour le président de « Construire en chanvre », l’avenir est dans les panneaux composites, de manière à réduire les temps de montage et donc le coût du chantier.

Pas d’isolant en chanvre sans pétrole

Les isolants de Cavac, baptisés « biofib» et « calin », sont composés à 44% de fibres de lin, 44% de chanvre, et 12% de polyester. Quel que soit le fabricant d’isolant à base de chanvre, on trouve toujours entre 10 et 20% de polymère pour lier les fibres naturelles entre elles.
Chez Buitex, des essais ont déjà été réalisés avec de l’amidon de maïs. Même s’ils n’ont pas été concluants, le fabricant estime que d’ici 2 ans un produit avec un liant naturel devrait être commercialisable. A la suite du tremblement de terre ayant touché  la région d’Aquila l’année dernière, le fabricant Allemand ThermoHemp, sur une demande du gouvernement italien de reconstruire avec les matériaux les plus naturels possibles, a utilisé des fibres de chanvre liées par de l’amidon. Ils estiment cependant que le bilan carbone a été très mauvais car l’amidon provenait de Taiwan.
En Rhône-Alpes, la société Start Hemp, en collaboration avec le fabricant de laine Sotextho et le bureau d’études Neotim, cherche à mettre au point la première laine de chanvre entièrement végétale et issue de l’agriculture biologique. Pour cela, il cherche aussi un liant d’origine naturelle.

Béton de chanvre

L’utilisation du béton de chanvre aboutit à des coûts de construction qui lui permettent maintenant d’être présent sur un chantier de logements sociaux près de Dijon. Pour le président de « Construire en chanvre », maître d’œuvre du projet, le béton de chanvre permet d’avoir des parois transpirantes et ,donc, d’éviter le coût d’installation de systèmes complexes d’aération qui, selon lui, poseraient aussi de sérieux problèmes lors de l’entretien à venir.

Isoler mais pas porter

Balthazard & Cotte, entreprise fabriquant de la chaux depuis plus de 100 ans et qui ,depuis plus de 10 ans, commercialise le béton Chanvre Tradical®. a mené une étude, dans le cadre d’un contrat européen Eurêka, et a abouti à la conclusion qu’il n’était pas possible de faire supporter les étages et la toiture au béton de chanvre. Aujourd’hui, les solutions industrialisées ne proposent pas de béton de chanvre porteur. Le mur est porté par une ossature en bois ou en béton traditionnel, le béton de chanvre remplit les façades.
Pour un mur d’une épaisseur de 30cm, on annonce chez les deux fabricants de blocs en béton de chanvre, Easychanvre et RB PIM (chanvribloc) , respectivement, une résistance thermique (R) de 3.15 m²k/W et 4,28 m²k/W. A titre de comparaison, pour obtenir la labellisation BBC, l’association Effinergie préconise un R minimum de 3,2.
Pour avoir un matériau porteur, il faudrait augmenter significativement la part de liant, ce qui retirerait par la même occasion les qualités isolantes et respirantes du béton de chanvre.

Réguler le taux d’humidité

D’après Laurent Arnaud, professeur à l’École nationale des travaux publics de l’État (ENTPE), ayant mené des recherches sur le béton de chanvre, le seul défaut du matériau réside dans sa résistance modérée à la compression (Rc=2MpPa), du fait de sa porosité. Cependant, ce réseau poreux permet aussi aux matériaux, par effet visqueux, d’offrir une bonne absorption acoustique (de l’ordre de 0,7). Mais c’est sur le plan thermique que le béton de chanvre se révèle un matériau parfaitement dans l’air du temps. Grâce à sa capacité à absorber l’humidité, avec une conductivité thermique identique à celle du béton cellulaire ou des briques en terre cuite de type monomur, il offre, d’après Laurent Arnaud, une isolation thermique supérieure.
Le chercheur précise que ces performances acoustiques, mécaniques et thermiques sont fortement liées aux proportions de chènevotte, de liant et d’eau introduit dans le mélange.

Vers une norme européenne

Les normes sur la ventilation ne sont pas le seul problème réglementaire se posant à l’utilisation du chanvre dans la construction. Le véritable problème est l’obtention de la garantie décennale. Aujourd’hui, plusieurs assureurs tels SMABTP, MAF ou AXA acceptent d’assurer les constructions en béton de chanvre mais de nombreux autres restent prudents.
Afin de rassurer les assureurs, « Construire en chanvre » a mis en place des programmes de formation et rédigé des règles professionnelles. Ce document, rédigé en 2004, est validé chaque année par l’Agence Qualité Construction (AQC) .Cet été, un document modifié et enrichi devrait être définitivement validé par la Commission Prévention Produits de l’AQC. A plus long terme, ces règles professionnelles serviront de base à la rédaction d’une norme française qui elle-même facilitera l’élaboration d’une norme européenne.
Il reste que le véritable déficit réside en amont. C’est en introduisant les éco-matériaux dans les enseignements formant les professionnels du bâtiment, du maçon à l’architecte, qu’on leurs donnera réellement la chance de prendre une place significative dans le monde de la construction.

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    Le Bloc de chanvre avance...

    Pour compléter l’état des lieux, aujourd’hui, le bloc de chanvre est reconnu. En juin 2010 une maison en bloc de chanvre à été labellisée BBC et d’autres labellisations sont en cours.
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    Merci pour l’information, mise à jour effectuée
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    gérant RB PIM CHANVRIBLOC

    Commentaire Un état des lieux…de 2006 et non 2010 ! Pour votre information, le bloc de chanvre initialement produit par l’entreprise "l’Atelier du chanvre " est poduit et commercialisé sous le nom CHANVRIBLOC par la société RB PIM depuis 3 ans. Si vous le souhaitez vous pouvez consulter notre site www.chanvribloc.com pour plus d’information. Cordialement, Fabien MOREL
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