Projets

Le Centre orthodoxe russe joue la sobriété pour gagner le cœur de Paris

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Architecte

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Établissement recevant du public (ERP) ou assimilé

L’architecte Jean-Michel Wilmotte a dévoilé aujourd’hui, 17 janvier 2014, son projet pour le Centre spirituel et culturel orthodoxe qui doit entrer en chantier prochainement à Paris. Ce programme qui comprend notamment une église surmontée de cinq dômes joue la carte de la discrétion. Un choix prudent après la polémique survenue lors de l’annonce d’un projet précédent et son abandon. Le permis de construire a d’ores et déjà été obtenu.

La deuxième tentative sera-t-elle la bonne ? L’agence Wilmotte et Associés vient de rendre public son projet pour le futur Centre spirituel et culturel orthodoxe russe qui doit voir le jour sur le quai Branly, en bordure de Seine, dans le VIIe arrondissement de Paris. Mais avant que ne soient révélées les lignes de ce programme porté par la Fédération de Russie, et en particulier de son église coiffée de cinq bulbes, quelques garanties ont été attendues. Ainsi, le permis de construire, instruit par la Préfecture de Paris et de la région Ile-de-France, a-t-il déjà été accordé, le 24 décembre dernier. Et un contrat de construction pour une première partie des travaux a été signé avec Bouygues aujourd’hui même.

Surtout les esquisses présentées par l’architecte Jean-Michel Wilmotte sont empreintes d’une sobriété destinée à rassurer les Parisiens et leurs édiles. Un sens de la mesure probablement bienvenu quand on se souvient de la polémique soulevée par un précédent projet et son abandon.

En 2010, la Fédération de Russie, qui a acheté à l’Etat français le siège de Météo-France, avait organisé un concours d’architecture pour ce projet associant un lieu de culte à des espaces de diffusion culturelle et des lieux d’enseignement. Il avait abouti en mars 2011 à la désignation de l’équipe de l’agence parisienne Sade (Manuel Nuñez-Yanowsky/Miriam Teitelbaum) alors associée aux Moscovites de Arch-Group. Mais ce choix avait rapidement été en butte à de multiples critiques, en particulier celles de la Ville de Paris, au point que la Fédération de Russie avait préféré annuler sa demande de permis de construire. A l’issue d’une concertation franco-russe, il avait finalement été décidé de confier le dossier à l’agence Wilmotte, classée deuxième au concours.

 

« Horizontalité » et « douceur »

 

Celle-ci a depuis totalement repensé son projet pour proposer un ensemble de volumes jouant sur « l’horizontalité » et la « douceur ». L’insertion harmonieuse dans le site a aussi été prépondérante tant est sensible cette parcelle en front de Seine, proche de la tour Eiffel et contiguë au Palais de l’Alma, une propriété de l’Etat classée monument historique.

 

 

Le projet joue donc d’abord sur la fragmentation entre ses quatre entités : le centre culturel (salles d’expositions, librairie et café), le centre paroissial (logements et bureaux) et son auditorium, l’école primaire franco-russe (un élément nouveau du programme avec salles de classes, cantine, infirmerie et une cour) et enfin l’église. Il est à noter que celle-ci sera placée en cœur d’îlot et ne sera donc pas mise en avant sur le quai. Ouvrant sur l’avenue Rapp, elle sera construite en retrait afin de ménager un parvis devant son entrée est. Par ailleurs les volumes seront « décollés » du Palais de l’Alma. Ce qui devrait permettre une remise en valeur des façades de ce monument, dont une partie sera même reconstruite. La Russie devrait participer au financement de cette restauration.

 

 

Avec cette disposition « aérée », le projet affiche sa volonté d’ouverture sur le quartier. D’ailleurs, le bâti sera moins dense que les actuels locaux de Météo-France : en lieu et place de 8 470 m² de surface SHON aujourd’hui, le Centre orthodoxe s’établira sur 4 655 m² SHON. « Les autorités russes ne nous ont pas poussés à construire au maximum », salue Jean-Michel Wilmotte.

 

Modération

 

Enfin, c’est surtout en matière d’esthétique que l’église russe et ses annexes vont gagner en modération. Si le bâtiment cultuel est toujours, comme il se doit dans la tradition orthodoxe, surmontée de cinq dômes dorés, leur teinte sera mate pour mieux se fondre dans le ciel. La croix centrale culminera tout de même à presque 36 mètres (35, 85 m très exactement). « Nous sommes dans les hauteurs autorisées pour ce type d’émergence et comme les bâtiments, eux, ne dépasseront pas les 18 mètres, le projet s’ingtégrera dans son environnement », explique Jean-Michel Wilmottte. Ces édifices seront constitués de volumes simples, habillés de pierre de Bourgogne. « C’est la pierre parisienne par excellence, la même qui a servi à construire Notre-Dame et le Louvre », fait remarquer l’architecte. Les édifices seront allégés par l’effet plissé obtenu par les strates linéaires de pierre.

 

 

Désormais officiel, ce projet, dont le coût définitif n’est pas connu, doit entrer en chantier au cours du premier semestre de cette année. Les travaux devraient durer pendant deux ans. « Le maximum sera même fait pour réduire ces délais, tant nous sommes conscients des nuisances que peuvent entraîner une telle opération en plein cœur de Paris », a assuré Vladimir Kojine, le chef de l’Intendance du Président de la Fédération de Russie.

Focus

Les intervenants

Maître d’ouvrage : Fédération de Russie

Maîtrise d’œuvre architecturale : Wilmotte & Associés SA

Maîtrise d’œuvre de conception : Bouygues Bâtiment Ile-de-France

Paysagiste : Louis Benech

BET Façade : VP & Green

BET Structure : Ceba

BET CVC / PLB / CFO/ CFA: Arcoba

BET Environment : Greenaffair

BET Acoustique : Lasa

BET Sécurité Incendie : Apex Incendie

Scénographie : Scène

Géomètre : Géoperspectives

BET VRD : OTCI

BET Restauration : Convergence

Eclairagiste : Speeg + Michel et Associés

Bureau de Contrôle : Bureau Veritas

Coordinateur SPS : Qualiconsult Sécurité

Consultant BIM : Atelier Juno

Focus

Multiples procédures judiciaires en cours

Si le Centre orthodoxe russe prend un nouveau départ, le premier chapitre de ce dossier n’est pas encore clos. En effet, l’agence Sade (Manuel Nuñez-Yanowsky/Miriam Teitelbaum), lauréate évincée du concours d’architecture lancé en 2010, a engagé un certain nombre de procédures judiciaires. A entendre son avocat, Louis Fauquet, elle attaque même sur tous les fronts. Pour parer à l’urgence, une action en référé devant le tribunal de grande instance (TGI) a d’abord été menée « contre la Fédération de Russie et Wilmotte », précise le conseil de Sade, au motif que le contrat de l’agence « n’a pas été résilié dans les formes ». Sur ce point Sade a perdu mais fait appel et, en parallèle, une action sur le fond a été engagée toujours pour ces mêmes motifs et toujours devant le TGI.

Par ailleurs, toujours selon son avocat, Sade a tenté de faire sanctionner Jean-Michel Wilmotte par le Conseil de l’ordre des architectes, mais sans succès. Là encore il a été fait appel. Des recours ont aussi été introduits contre des avis négatifs de la DRAC (direction régionale des affaires culturelles) et des ABF (architectes des bâtiments de France) devant le Tribunal administratif. Le jugement en est attendu.

« Nous attaquons également le maire de Paris, Bertrand Delanoë, à titre personnel et lui demandons 10 millions d’euros de dommages et intérêts pour violation du contrat de concours,  puisque la ville de Paris était représentée au jury. Enfin nous avons déposé une plainte contre X au pénal pour chantage et favoritisme », explique Me Fauquet. D’autres actions pourraient bien être engagées, en particulier un recours contre le permis de construire récemment accordé au projet Wilmotte. « Et si ce centre se construit néanmoins, nous irons jusqu’à demander sa démolition  », conclut l’avocat.

Aujourd’hui, le chef de l’Intendance du Président de la Fédération de Russie, Vladimir Kojine, a assuré que son pays « a respecté tous ses engagements financiers à l’égard de M. Nuñez-Yanowsky. Du point de vue de la loi, ses actions n’ont donc aucune chance d’aboutir. Je pense qu’il s’agit plus d’une réaction émotionnelle de la part d’un grand professionnel qu’autre chose ».

 

Le projet et sa maquette seront présentés au public samedi 18 et dimanche 19 janvier, de 10 h à 18 h, à la résidence de l’Ambassadeur de Russie : 79 rue de Grenelle 75007 Paris. Entrée libre.

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