Paysage

Le Carré Sénart réinvente la ville nouvelle

Mots clés : Centre commercial - Innovations - Magasin - Rénovation d'ouvrage

La quatrième extension du centre commercial tiré par l’enseigne Carrefour marquera l’actualité de Sénart en 2017, avec l’aboutissement d’un chantier de 250 millions d’euros. La plus jeune ville nouvelle d’Ile-de-France explore depuis 20 ans un modèle de développement original : le financement privé et l’innovation s’accordent avec l’encadrement public et la planification.

« J’ai mis fin à l’obsession du remplissage ». Directeur des opérations de l’établissement public d’aménagement de Sénart après y avoir assumé la fonction de « directeur de l’urbanisme et du paysage » à partir de 1995, François Tirot a repensé le projet de centre d’agglomération en divisant son emprise par quatre : la Zone d’aménagement concerté centrale se limite à 200 hectares, sur les 120 km2 du périmètre de compétence de l’établissement public d’Etat. 116 000 habitants résident dans la ville nouvelle partagée entre dix communes : huit en Seine-et-Marne et deux dans l’Essonne.

 

Planifier le vide

 

Cette  réduction a concentré les opérations autour du carré d’1,4 km2. La figure géométrique renvoie au parcellaire du XVIIIème siècle autant qu’à une vision inspirée par le « Carré noir sur fond blanc » peint en 1915 par Casimir Malévitch : « J’ai construit un masterplan avec du vide », se plaît à rappeler François Tirot, dont l’arrivée a mis fin aux perspectives issues du concours international d’urbanisme de 1986.

L’idée d’une urbanisation intégrale de l’espace compris entre Lieusaint et Saint-Pierre-du-Perray se heurtait à une impasse : « Un projet hors d’échelle », tranche l’architecte urbaniste. Le décollage tardif de Sénart, par comparaison avec les quatre autres villes nouvelles planifiées en 1965 en Ile-de-France, renvoie à la question du désenclavement : le RER et l’autoroute A 5 ne sont venus desservir le site qu’à la fin des années 1990. Le TGV annoncé reste en attente, et une ligne de bus à haut niveau de service, le TZen, occupe depuis 2011 l’emprise longtemps réservée à une ligne ferroviaire.

 

Trame rectiligne

 

Amoureux du plateau agricole situé aux confins de l’Essonne et de la Seine-et-Marne, l’inventeur du Carré Sénart en a dessiné le cadre avec quatre rangées de tilleuls plantés sur des bandes de terres excavées lors de la construction du canal où se déversent les eaux pluviales. Echo contemporain à la trame rectiligne du parc de Vaux-le-Vicomte, proche de Sénart, cet acte initial conjugue l’hydraulique et le paysage dans un contexte de plateau argileux. Le cadre du carré a fixé une orientation végétale traduite dans des chiffres clés : plus de 10 000 arbres plantés en 20 ans occupent 36 hectares, soit 18 % des emprises de la Zac.

L’aménagement tient ce cap vert avec les contraintes de ses lignes droites, mais aussi ses marges de manoeuvre : « Une seule espèce dans les avenues, et la liberté à l’intérieur de chaque parcelle », précise François Tirot. L’articulation des échelles ainsi posée n’a pas toujours coulé de source : « J’ai passé beaucoup de temps à l’expliquer à des paysagistes qui se voyaient trop comme des jardiniers », témoigne l’architecte urbaniste.

 

L’allée fondatrice

 

Pour la part de liberté et d’innovation, lui-même reste en quête d’idées nouvelles, notamment à travers les ateliers pédagogiques qui accueillent chaque année des étudiants de Sciences Po. Le visiteur qui découvre Sénart par la gare RER de Lieusaint mesure d’emblée la créativité offerte aux concepteurs, à travers le jardin conçu par Pascal Cribier pour amener les marcheurs vers les 1500 logements du nouveau quartier de l’Eau vive, et au-delà, vers le village ancien.

Après le Carré et son cadre vert, l’autre acte fondateur de la ville nouvelle a pris la forme de l’Allée royale, une liaison piétonne de 5 km, entre les forêts de Sénart et de Rougeau. Construite en 2002 sous la maîtrise d’œuvre du paysagiste Thierry Laverne dans le cadre d’un montage avec l’Agence des espaces verts d’Ile-de-France, elle reprend le tracé de l’allée historique qui reliait les deux chasses royales au XVIIIème siècle, avant sa transformation en chemin agricole, au fil des générations.

 

Freins et ambitions agricoles

 

Les 600 séquoias y prennent peu à peu leur ampleur, sur un itinéraire de plus en plus prisé par les promeneurs, et emblématique d’une esthétique du vide : toutes les perspectives ouvertes par les avenues de Sénart débouchent vers la nature. Au pied des arbres, les trèfles marquent le retour de la biodiversité ordinaire, dans un territoire stérilisé par la pollution agricole. Cette nouvelle couverture végétale suffira-t-elle pour stimuler de nouvelles pratiques agro-écologiques ? Malgré l’exception d’une exploitation en vente directe par le biais de la cueillette, la crainte des expropriations ne stimule pas l’innovation, parmi les héritiers de la monoculture intensive. L’intégration du patrimoine agricole dans la ville nouvelle n’en constitue pas moins une ambition, révélée par le schéma de restauration proposée pour la ferme de Varâtre, mais aussi par le rôle du parcellaire historique, dans le dessin de la trame urbaine.

 

Anticiper la mixité

 

Pour l’heure, dans le périmètre du Carré, la locomotive commerciale de Sénart continue à porter les transformations les plus spectaculaires. Promoteur de l’hypermarché Carrefour comme du Shopping parc, le centre commercial voisin, Unibail Rodamco pratique les chaises musicales entre ces deux sites mitoyens pour faciliter la quatrième extension de la première entité, avec 35 000 m2 de nouvelles surfaces commerciales confiées à l’architecte Jean-Paul Viguier. Même dans l’enceinte commerciale, l’aménageur public applique ses règles : au lieu du classique totem commercial, une éolienne sert d’étendard, et l’enseigne Carré Sénart domine les autres.

Non loin de là, les 300 places du parking du théâtre profiteront aux futures résidences hôtelières comme aux élèves de l’Institut catholique des arts et métiers. Mais la mutualisation de cette surface ne constitue qu’une étape avant d’autres mutations : pour favoriser à terme la mixité fonctionnelle qui rentrera à l’ordre du jour après l’achèvement des quartiers voisins, l’aménageur s’est interdit de faire passer les réseaux souterrains dans le périmètre du parking, qui reste une propriété publique. Cet exemple résume la place de Sénart dans l’histoire de l’urbanisme : née à l’apogée du tout-automobile, la ville nouvelle anticipe sa transition vers d’autres modèles.

 

Focus

Deux îlots pour inventer la métropole

Opération d’intérêt national du Grand Paris, Sénart figure parmi les lauréats de l’appel à projets Inventons la métropole. Deux îlots, inclus dans le périmètre du Carré Sénart au centre de la ville nouvelle, accueilleront des démonstrateurs du développement durable, mettant en relation les usages, l’architecture et le paysage, sans oublier la performance énergétique. Les candidatures attendues jusqu’au 13 janvier aboutiront à la désignation des lauréats à la fin 2017.

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