Economie

Le BTP aquitain incertain de la reprise

Mots clés : Bâtiment d’habitation individuel - Entreprise du BTP - Monde du Travail - Travaux publics

Les derniers chiffres de l’observatoire du bâtiment aquitain et de la cellule économique régionale donnent quelques indicateurs contrastés de la situation du BTP : faiblesse sur l’emploi et les travaux publics, signes positifs sur le logement et les bureaux.

Premier enseignement des dernières données de l’observatoire régional du bâtiment, qui analyse par voie de sondage le moral des entrepreneurs du BTP : sur des chiffres allant de mars 2014 à mars 2015, la situation économique reste difficile pour le secteur, certains entrepreneurs du bâtiment voient une amorce d’amélioration, mais l’activité reste morose en gros œuvre et second œuvre.

Selon les déclarations, le chiffre d’affaires moyen est en baisse entre 14 à 20% de mars 2014 à mars 2015 pour le gros œuvre et de 18 à 15% sur le second œuvre. La trésorerie semble stabilisée pour le gros œuvre et le second œuvre, pour 75% des chefs d’entreprises ayant répondu à l’enquête. Le carnet de commande est remonté à 12 semaines pour le gros œuvre et 10 semaines pour le second œuvre, soit une semaine de mieux par rapport à l’an dernier. En matière d’emploi, la situation semble un peu moins critique, après trois trimestres 2014 en baisse d’effectifs, la tendance est à stabiliser au deuxième trimestre 2015.

 

Situation contrastée selon les métiers

 

Mais la situation reste très contrastée selon les métiers et les départements. Dans la maçonnerie les plus optimistes sur un retour de la croissance sont les patrons landais (38%), suivis de ceux des Pyrénées-Atlantiques (21%). C’est surtout l’attentisme qui prévaut, car la situation est atone, et les chiffres d’affaires stagnent pour 57% ou reculent pour 31%. Paradoxalement, ce sont les entreprises de plus de 20 ans qui sont les moins confiantes dans l’avenir.

En couverture, les entrepreneurs situés en zone urbaine sont plus pessimistes (35%) qu’en zone rurale et ce sont les jeunes entreprises qui font le plus preuve d’optimisme quant à leur évolution. L’activité reste stable pour une nette majorité et on recrute même en zone rurale.

Dans le secteur de l’électricité, les entreprises déclarent une hausse pour 17% en zone rurale, mais l’évolution des effectifs globaux du secteur, surtout les moins de 20 salariés, continuent de diminuer.

En menuiserie, le moral revient, avec une stabilité des chiffres d’affaires en zone urbaine, mais une baisse pour plus d’un tiers des menuisiers en zone rurale. Les TPE urbaines s’en tirent mieux en terme d’emploi que les petites entreprises rurales.

En plomberie et carrelage, la situation s’améliore, y compris en zone rurale et les jeunes entrepreneurs restent optimistes.

En plâtrerie et peinture, la situation est stable, avec une reprise en ville pour la plâtrerie, qui se confirme. En revanche, l’emploi continue là aussi de se dégrader. On peut penser que la tension sur les prix, à la baisse, ne permet plus aux entreprises de faire face à leurs charges. L’amélioration de la conjoncture est prévisible pour le deuxième trimestre 2015.


 

Tous les chantiers ne redémarrent pas

 

Les chiffres globaux de la construction diffusés par la cellule économique du bâtiment d’Aquitaine (Cebatrama) pour les 12 derniers mois confirment les évaluations contrastées des entreprises du BTP. Pour la seule construction de logements, à fin juillet 2015, le nombre de logements autorisés a baissé de 3% en individuel pur et de 9% dans le collectif, mais les autorisations en individuel groupé ont fait un bond de 18%. Sur la même période, les logements commencés sont en baisse de 7% pour l’individuel et 17% pour l’individuel groupé, mais les logements collectifs en chantier ont connu une reprise de 4%. Au total, cela représente environ 26 000 logements autorisés et près de 25 000 commencés en Aquitaine.

Les bureaux se portent bien avec une augmentation de 38% en un an et 8% sur les chantiers, en revanche c’est la débâcle dans l’industriel (-35% pour les autorisations) et le secteur commercial (recul de 27% pour les autorisations et 23% pour les chantiers). Les bâtiments publics accusent également un recul de 14% sur les chantiers et de 6% sur les autorisations.

 

Impact sur les effectifs notamment de l’intérim

 

Comme souvent, cette conjoncture contrastée impacte directement sur les effectifs des salariés de la construction, qui sont passés de 72 717 au premier trimestre 2014 à 70 417 salariés au premier trimestre 2015, soit un recul de 3,2%. C’est aussi l’intérim qui souffre le plus avec un recul de 5% dans le bâtiment et 10% dans les travaux publics.

Alors, quelles sont les raisons d’espérer une amélioration ? Comme le note la cellule économique, plusieurs indicateurs conjoncturels sont passés au vert au cours du premier semestre 2015: « Dans la construction neuve, le nombre de logements autorisés est en hausse sur les six derniers mois à fin juillet 2015. Dans la promotion immobilière, les ventes de logements connaissent aussi une accélération au deuxième trimestre de cette année: +3% pour le collectif et +15% pour l’individuel comparé à un an d’intervalle. Indicateur physique d’activité, la production de béton prêt à l’emploi (environ 80% sont à destination du bâtiment) progresse de plus de +11% sur le second trimestre de l’année. Enfin, le nombre d’offres de prêts à taux zéro a bondi de +37% sur le premier trimestre de l’année.»

 

Des signes d’une timide amorce de reprise

 

Y a-t-il une amorce de reprise, boostée par la rénovation énergétique des bâtiments, le PTZ sur l’ancien à rénover, l’accession sociale à la propriété ? Rien n’est encore fixé, comme le précise la cellule économique: «les ouvertures de chantier de logements sont encore en baisse sur le premier semestre 2015 (-3% sur un an à fin juillet 2015) peinant à restaurer la confiance des entrepreneurs. Le nombre de salariés de la construction continue de se replier, au plus bas depuis 2007 et l’intérim est encore en diminution: -17% sur le second trimestre pour le gros œuvre et -12% pour le second œuvre».

La situation est plus nettement préoccupante pour les travaux publics qui devraient connaître un trou d’activité lié à la baisse des investissements publics, au moins jusqu’en 2017. Comme le précise la cellule économique «la faiblesse de la commande publique pèse sur les travaux publics et le non-résidentiel. Avec un repli estimé à -10% en 2015, le montant de dépenses de bâtiment et de travaux publics tombera ainsi à son plus bas niveau depuis 2009 soit moins de 2 milliards d’euros, selon l’analyse des budgets des collectivités territoriales».

Outre le ralentissement de l’activité liée aux débuts de mandats communaux et intercommunaux, le contexte d’économie budgétaire (une baisse de 11 milliards de dotations aux collectivités), les compétences encore incertaines (loi NOTRe) pourront accroître le repli de l’investissement public. Mais le nouveau contrat de plan Etat-région, le CPER 2014-2020 signé début juillet, prévoit plus de 980 millions d’euros d’investissements sur les infrastructures ferroviaires, routières et portuaires.

Comme l’annonce le président de la Fédération des TP aquitains, Christian Surget: «les gros investissements cachent la forêt du désert des travaux du quotidien. Le choix est dans la main des élus, il faudra nous dire si nous devons encore former, recruter, agir pour le cadre de vie de nos concitoyens, ou si les travaux publics sont vus comme des dépenses de maintenant et non comme des investissements pour l’avenir».

 

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