Environnement

Le bois, un matériau écologique : oui mais !

Pour les applications à l’extérieur, ce matériau aux atouts écologiques indéniables est confronté à un problème récurrent de durabilité. Mais de nouveaux traitements sains ont été mis au point pour que le bois puisse être utilisé sans souci dans une démarche environnementale.

De par sa nature même, le bois possède des qualités environnementales qui répondent à plusieurs des cibles de la démarche HQE : son caractère renouvelable, son faible coût énergétique de production, sa faculté à stocker le carbone et donc à limiter l’effet de serre, son bon rapport entre ses performances mécaniques et sa densité. Il participe également, dans des systèmes constructifs adaptés, à l’isolation thermique. De plus, grâce à des colles à faible taux de formol, à des produits de traitement non volatils, à des peintures et vernis en phase aqueuse, les derniers produits de construction en bois contribuent à ne pas dégrader la qualité de l’air intérieur.
Reste, pour les applications à l’extérieur, le problème récurrent de sa durabilité. « Par habitude mais aussi pour des raisons de disponibilités du marché (en France, essentiellement des résineux) et de coût (par exemple, le douglas n’est durable que s’il est purgé d’aubier donc plus cher), le réflexe du concepteur est de prescrire un traitement de préservation », explique Gérard Deroubaix, responsable Environnement du Centre technique du bois et de l’ameublement (CTBA). Parallèlement, avec la volonté de mieux protéger l’environnement et l’essor d’une tendance « bio », l’attitude du responsable en qualité environnementale est souvent de proscrire tout traitement chimique, écologiquement incorrect. Face à ces deux positions maximalistes, « il faut raison garder, avance Jean-Claude Guy, consultant, assistant à maîtrise d’ouvrage et formateur, entamer une réflexion et bâtir une approche logique : tout faire pour utiliser du bois naturellement durable mais ne pas rejeter un traitement nécessaire, aujourd’hui moins puissant, mieux dosé et exempt de solvants et de métaux lourds ».

Choisir la bonne essence
« Pour assurer une durabilité aux éléments de bois, il faut d’abord réfléchir à la conception architecturale du bâtiment. C’est-à-dire éviter les pièges à eau, favoriser son évacuation, soigner les assemblages », indique Gérard Deroubaix. « Cela veut dire aussi prévoir des débords de toiture, éviter les remontées d’eau du sol et ne pas installer un bardage sur une façade très exposée », souligne Jean-Claude Guy.
En cohérence avec la conception, la deuxième étape consiste à choisir une essence de bois qui réponde le mieux au cahier des charges du chantier – performances mécaniques, qualités esthétiques, contraintes économiques – en retenant de préférence une essence à durabilité naturelle, en fonction des niveaux d’exposition et donc des classes d’emploi selon la norme NF EN 335. Il existe des limites techniques : ainsi, « en dehors du robinier peu adapté à la construction, aucune des essences métropolitaines considérées comme naturellement durables en classes 3 et 4 n’est résistante aux termites », avance le responsable du CTBA. Une contrainte qui doit être prise en compte sur les trois quarts du territoire français mais « beaucoup moins en Allemagne ou dans les pays nordiques, adeptes depuis longtemps du «bois naturel» dès que c’est possible, où les différences de climat réduisent les attaques des insectes xylophages ». Il existe aussi des limites économiques souvent déterminantes : « Les composants en bois de cœur d’essences naturellement durables sont finalement plus chers que ceux en bois traité ». Il existe enfin des limites environnementales : l’utilisation d’essences tropicales naturellement durables suppose une gestion durable des exploitations pour éviter la déforestation.
« Le choix d’une architecture réfléchie, de composants en bois étudiés et d’essences adaptées qui concourent à la durabilité de l’ouvrage (la bonne essence au bon endroit) plutôt qu’un recours systématique aux traitements chimiques de préservation suppose, de la part des concepteurs et des bureaux d’études et d’une manière générale de toute la filière, une démarche culturelle qui ne peut provenir que d’une bonne formation et une bonne information, souligne Jean-Claude Guy. Elle doit permettre de retenir des bois naturellement durables quand les conditions sont réunies et donc de n’utiliser du bois traité qu’à bon escient ».

Ne pas diaboliser le traitement chimique
« Dans certains cas, il est possible de se passer de traitement, reconnaît Gérard Deroubaix. Dans d’autres, le traitement est logique et nécessaire, et il ne doit pas être diabolisé. C’est vrai même dans les projets conduits selon une démarche HQE, qui n’interdit en aucun cas l’utilisation de bois traité ».
Car le contexte a changé. « L’époque où on injectait n’importe quoi à haute dose sans se préoccuper des conséquences est bien révolue », constate Jean-Claude Guy. « Pour les fabricants de produits fongicides et insecticides, il n’existait pas il y a dix ans de réglementation française ou européenne », ajoute le responsable environnement du CTBA. Aujourd’hui, la directive européenne Biocides conduit au retrait de substances utilisées depuis cinquante ans mais considérées comme nocives pour la santé et l’environnement. C’est le cas de l’arsenic ou du pentachlorophénol. Ou des créosotes pour lesquels les limitations d’utilisations sont strictes.
Pour remplacer les traitements au CCA (cuivre, chrome, arsenic) et améliorer la protection des produits bois contre les champignons et les insectes, on assiste au développement de nouveaux produits, formulations et techniques. Citons les procédés de modification du bois par l’alcool furfurylique _dérivé du furfural produit par hydrolyse de déchets de biomasse_ qui améliorent sensiblement les propriétés du matériau : résistance à la dégradation biologique et chimique, dureté, stabilité dimensionnelle, élasticité, limite à la rupture (premières usines de production dans les pays nordiques) ; ou les traitements par acétylation (stade industriel). Citons également des formulations fongicides intégrant des co-formulants bactéricides (ammoniums quaternaires) qui renforcent l’efficacité anti-fongique.
Jean-Louis Toumit

Retrouvez dans le Moniteur du 3 mars une enquête complète sur la durabilité de ce matériau complétée par une sélection de produits.


Focus

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Expobois 2006, du 8 au 11 mars à Paris-Nord Villepinte


Parmi les conférences-débats :
– Le marché et le développement des techniques de la construction bois (jeudi 9 mars, 10 h – 10 h 45)
– Construire en bois : tendances sur l’évolution des produits du marché (jeudi 9 mars, 13 h 30 – 14 h 15)
– Bois HQE. Comment le bois peut-il répondre à une démarche environnementale : stockage CO2, maîtrise de l’énergie, gestion des déchets de chantier… (vendredi 10 mars, 15 h – 15 h 45)

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