Energie Point de vue

Le bois-énergie, une solution pour les immeubles de bureaux

Mots clés : Bois - Efficacité énergétique - Energie renouvelable - Réglementation thermique et énergétique

A l’occasion du lancement des travaux de rénovation et d’amélioration des performances énergétiques du siège de Adidas France à Landersheim (Bas-Rhin), Nicolas Régnier, président de Green Soluce, cabinet de conseil et d’ingénierie qui a accompagné le groupe international sur ce projet, fait le point sur le recours au bois énergie dans les immeubles de bureaux : dans quelles mesures cette solution peut-elle répondre aux problématiques spécifiques du tertiaire, quels sont ses atouts, en quoi s’est-elle avérée particulièrement adaptée aux objectifs posés pour le siège de Adidas France.

 

Dans la conjoncture économique actuelle, les constructeurs, promoteurs et gestionnaires de l’immobilier tertiaire s’inscrivent dans une dynamique de rationalisation et de réduction des coûts importante et continue. Cette exigence s’applique tout autant en termes de construction que d’exploitation, pour accroître la valeur immobilière des ouvrages. Dans ce contexte, le recours au bois-énergie est un levier intéressant, de plus en plus considéré : la consommation française de bois de chauffage se divise en effet en trois secteurs : domestique, industriel, collectif & tertiaire. Si le domestique reste le secteur le plus important en termes de recours au bois-énergie, le collectif et le tertiaire sont néanmoins en expansion (source : www.fnbois.com).

 

Le recours au bois-énergie se développe-t-il dans l’immobilier tertiaire ?

 

L’intérêt économique du bois-énergie est principalement lié à la variation des prix de l’énergie : 50 à 70 % de la facture énergétique d’un bâtiment tertiaire sont consacrés au chauffage… Or aujourd’hui, dans la très grande majorité des cas, les énergies utilisées pour ce chauffage sont des énergies fossiles (gaz, fioul) dont le prix a flambé de plus de 30 % ces dernières années.

Le recours au bois-énergie, dont le prix unitaire est beaucoup plus faible, contribue à rendre l’économie globale du projet beaucoup moins sensible aux variations du prix des énergies classiques. En effet, le coût global de l’énergie d’une installation au gaz naturel ou au fioul domestique,,par exemple, est très majoritairement constitué d’achats de combustible fossile (85 à 90 %). La variation du cours du baril influe donc directement et de manière conséquente sur la facture énergétique (source : Perspectives d’usage des granulés de bois comme combustible dans les secteurs collectif, tertiaire et industriel –  Etude réalisée pour le compte de l’Ademe, du Syndicat national des producteurs de Granulés et de la DRAAF Pays de Loire par le CIBE).

 

Au-delà de son prix unitaire, en quoi le bois-énergie peut-il répondre spécifiquement aux problématiques de l’immobilier tertiaire ?

 

Tout d’abord, du fait de la professionnalisation du secteur, le coût des installations nécessaires est aujourd’hui de mieux en mieux maîtrisé et les filières d’approvisionnement en bois sont mieux structurées et accessibles partout en France. Associées au prix unitaire du bois-énergie, ces données font de ce matériau un très bon combustible pour maîtriser et diminuer ses coûts d’exploitation dans la durée. Or, ce coût d’exploitation est au cœur des stratégies financières des entreprises.

Le recours au bois-énergie présente aussi un réel avantage en termes de RSE, démarche dans laquelle sont aujourd’hui impliquées un grand nombre d’entreprises amenées à travailler sur leurs gisements d’émission carbone, tout en stimulant l’économie du territoire local sur lequel elles sont implantées. La mise en place d’une solution bois constitue en cela une excellente opportunité car :

          Le bois  présente un bilan carbone proche de zéro : son utilisation comme combustible n’émet que très peu de gaz à effet de serre, uniquement en  amont (émissions liées à l’extraction, au transport des plaquettes, etc.) et pas pendant la combustion puisque le carbone présent dans l’atmosphère est capté par le bois, par photosynthèse, puis rejeté dans l’atmosphère par décomposition ou combustion ;

          Il permet un approvisionnement dans les filières locales relativement aisé, la France possédant la quatrième plus grande surface forestière en Europe, après la Suède, la Finlande et la Péninsule Ibérique ;

Toutefois, ces avantages économiques et environnementaux, totalement en phase avec les préoccupations des acteurs de l’immobilier tertiaire, ne doivent pas occulter un point de vigilance important : pour vraiment optimiser le coût du combustible, il est essentiel de prévoir un silo de stockage suffisamment important pour accueillir la capacité d’un camion. La fréquence des livraisons pourra ainsi être réduite, ce qui diminuera le coût global d’exploitation du combustible.

 

La preuve par l’exemple… : avez-vous déjà fait le choix du bois-énergie dans vos projets ?

 

Oui, dès lors que ce choix peut répondre au cahier des charges qui nous est fixé. Nous pouvons proposer des solutions bois-énergie exclusives ou mixtes. C’est par exemple cette seconde recommandation que nous avons faite récemment dans le cadre du projet Adidas. Il s’agissait d’améliorer les performances du siège français, situé à Landersheim (Bas-Rhin), très engagé dans la dynamique environnementale. Ce bâtiment, construit en 1973, agrandi entre 1978 et 1988, était très énergivore. Notre mission consistait à élaborer un projet fondé sur une approche globale, associant des travaux sur l’enveloppe et sur les équipements, pour maîtriser les budgets d’exploitation, anticiper les besoins des utilisateurs et améliorer le confort, le tout en site occupé.

Pour répondre à ces attentes, nous avons notamment proposé de remplacer les deux anciennes chaudières fioul par une solution mixte bois/fioul, économiquement plus pertinente dans ce cas précis. Nous avons chiffré le retour sur investissement à 7 ans, qui a été réduit à 4 ans grâce au financement de l’Ademe. Le bois fournit 80 % des besoins et le fioul les 20 % restants en cas de pic de froid. C’était pour nous le scénario optimal sur le plan technique. En effet, si l’une des deux chaudières a une défaillance, l’autre prend le relais et évite qu’il gèle dans le bâtiment. De plus, le rendement d’une chaudière bois est optimal quand celle-ci fonctionne à pleine puissance, or les « pics de froid » n’arrivent que ponctuellement. Cela implique, d’un point de vue technique et financier, qu’il est plus intéressant de « sous-dimensionner » légèrement la chaudière bois par rapport aux besoins maximums, et d’utiliser le fioul uniquement en complément quand il fait vraiment froid. Ainsi, cette solution présentait le rapport coût d’investissement / exploitation le plus avantageux (en coût global sur 5 ans), tout en présentant un excellent bilan carbone, puisque ce projet permet de compenser annuellement les émissions de plus de 500 voitures !

 

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