Energie

Le bois, énergie du futur déjà à bout de souffle

Mots clés : Bois - Carburant - Energie renouvelable

Première énergie thermique renouvelable de France, le bois souffre de la baisse des prix du pétrole. Il n’est plus assez compétitif. Le 10 novembre, le 10e colloque annuel du Comité interprofessionnel du bois énergie (Cibe) revenait sur cette situation préoccupante de ce combustible.

 

Pour son dixième anniversaire, le colloque annuel du Comité interprofessionnel du bois énergie (Cibe) soufflait de bien ternes bougies. Le 10 novembre dernier à Paris, l’association, qui rassemble les acteurs de la production de chaleur collective et industrielle à partir de bois, dressait un bilan morose. « L’année 2014 a été mauvaise, l’année 2015 demeure médiocre », annonce Serge Defaye, consultant du bureau d’études Débat Best Energies et président d’honneur du Cibe, en préambule de son intervention. La faute en incombe notamment à l’effondrement des prix des hydrocarbures amorcé en juin 2014.

La décennie précédente avait pourtant marqué l’avènement du bois comme la première source d’énergie thermique renouvelable (EnRt) en France. Depuis 2010, elle génère environ 10 Mtep chaque année, soit entre 55 et 60% de cette filière énergétique. Dans le segment des chaufferies d’une puissance supérieure à 1 MW -celles capables d’alimenter un groupe de bâtiments, un réseau de chaleur ou un procédé industriel- le Cibe recense 1 000 installations en 2015. Ce parc important s’est constitué au trois quarts après 2003. « C’était nos belles années, observe Serge Defaye. La montée du baril, et une orientation politique claire ont favorisé le déploiement à vaste échelle de cette technologie. »

 

Une politique publique mise en échec

 

L’Etat a en effet œuvré à l’émergence de ces infrastructures. En 2006, le Parlement fixe à 5,5%, au lieu de 19,6%, la TVA des réseaux de chaleur qui emploient plus de 50% d’EnRt dans leur mix énergétique. Dans le même mouvement, les pouvoirs publics créent en 2009 le Fonds Chaleur. Administré par l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe), ce dispositif a depuis soutenu 113 grands projets de valorisation de la biomasse énergie, par l’intermédiaire des appels à projets nationaux Biomasse chaleur industrie agriculture tertiaire (BCIAT). Au total, entre 2009 et 2014, ce système a distribué 242,9 millions d’euros.

Cependant, aujourd’hui, ces mesures incitatives ne suffisent plus. La chute des cours du pétrole diminue l’attractivité financière du bois par rapport au gaz et au fioul. « Nous ne pouvons plus parler de ce combustible aux industriels, affirme Bertrand Guillemot, directeur des programmes innovations de Dalkia, l’un des principaux exploitants de chaufferie en France. Dans l’esprit des collectivités, il commence à entrer en concurrence avec le biogaz. »

 

La maintenance et l’exploitation sous-estimées

 

A l’image d’autres EnR, la filière souffre également de sa jeunesse. Ses acteurs publics ou privés manquent encore d’expérience. Le démarrage se révèle souvent difficile pour les chaufferies. Gaël Joanne, responsable stratégique des sites, de la maintenance et de l’énergie d’Airbus Defence & Space, en fait l’expérience. En 2013, le groupe met en service une chaudière au bois dans son site de Toulouse. « La première année a été catastrophique. La mauvaise qualité du bois a entrainé de nombreux arrêts », témoigne-t-il.

Les coûts de maintenance et d’exploitation dépassent donc souvent les prévisions établies dans les études de projet. Le phénomène déprécie cette énergie aux yeux des maîtres d’ouvrage. « Pour améliorer cette situation, on pourrait ajouter des primes d’intéressement sur la performance dans les contrats d’exploitation », remarque Eddie Chinal, directeur du bureau d’études Kalice.

 

Extension du Fonds Chaleur

 

Dans ce contexte, l’Ademe envisage d’étendre les attributions du Fonds Chaleur. Le financement pourrait à l’avenir couvrir les risques sur les réseaux de chaleur si les taux raccordements attendus ne sont pas atteints. Les collectivités ou les bailleurs qui souhaiteraient installer plusieurs petites chaudières biomasses pourraient aussi bénéficier d’aides. Ces équipements, trop modestes, échappaient au cadre des appels à projets.

En outre, l’Agence investit dans l’augmentation des ressources mobilisables. En mars 2015, elle a lancé l’appel à projets Dynamic bois afin d’accroitre de 4 millions de m3 la production de bois énergie. Cependant, pour Rémi Chabrillat, le directeur production et énergies durables de l’Ademe, une mesure fait toujours défaut : « Nous devons le rappeler constamment : il faut un prix pour le dioxyde de carbone. »

 

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