Bâtiment

«Le Bépos est l’arbre vertueux qui cache la forêt des épaves thermiques»

Mots clés : Réglementation thermique et énergétique

Une majorité des internautes du Moniteur.fr estime que la réglementation thermique 2020 a raison de viser la construction de bâtiments à énergie positive. Même si la crédibilité de cet objectif peine à convaincre.

Les bâtiments à énergie positive (Bépos) pour 2020 ? C’est un projet qui tient la route. C’est du moins l’opinion de 61 % des internautes du Moniteur.fr (806 au total) ayant répondu «Non» à notre question : « La RT 2020 va-t-elle trop loin en visant des bâtiments à énergie positive ? » (du 13 au 27 décembre). Reste que cette proposition a suscité de nombreuses réactions.

Les défenseurs du Bépos pour 2020 avancent en premier lieu qu’il peut être un moyen de parer aux faiblesses énergétiques de la France. Ainsi, Fabrice estime que «si l’on ne veut pas avoir à démultiplier les unités de production d’énergie ou accroître notre dépendance énergétique, déjà importante, vis-à-vis de l’étranger, les Bépos sont l’un des moyens les plus sûrs ». Delassus, dans le même ordre d’idées, rappelle que « la question de l’énergie va devenir cruciale, pour l’instant elle est encore abondante et bon marché… L’énergie la moins chère est bien celle que l’on ne consomme pas ». Par ailleurs, plusieurs internautes estiment que la France a déjà pris du retard dans la construction durable par rapport à ses voisins européens. Donc, pas question de renoncer à l’objectif pour 2020.

« La priorité est la réhabilitation thermique du parc de logements existants »

D’autres internautes (39 %) sont plus dubitatifs sur ce sujet. Sans être foncièrement contre le Bépos, ils décèlent un problème de timing. Entre la RT2012 et la RT2020, ne va-t-on pas trop vite ? C’est l’avis de Normand. « Le Bépos est l’arbre vertueux qui cache la forêt des épaves thermiques. La priorité des priorités est la réhabilitation thermique du parc de logements existants (y compris ceux construits depuis l’an 2000 !)». Clo appuie ce propos : « Le législatif est sur du court terme, alors que la construction est sur du long terme. Alors que la RT 2012 peine à se mettre en place, de nombreuses opérations neuves ne sont toujours pas conformes à la précédente, sans compter l’existant. »

D’autres internautes, prudents sur le Bépos, estiment qu’il reste des inconnues sur le plan technique. Pierre Weiler estime qu’il est, pour l’instant, « impossible de faire un Bépos en centre-ville dense ». Gaétan, de son côté, pose la question de l’efficacité des panneaux photovoltaïques, qui joueraient un rôle important dans la construction des Bépos : « Ils ont encore des rendements extrêmement faibles et leur fabrication (l’extraction de la pierre de silice notamment) consomme énormément d’énergie. Ne sautons pas d’étape et concentrons-nous déjà à réaliser de véritables maisons passives. »

Autre souci possible, lié aux matériaux à employer pour parvenir aux Bépos, évoqué par Caroline Maréchal : la question de la qualité sanitaire du bâti. « Je crains qu’en poussant trop la seule logique de performance énergétique, des modes constructifs intéressants économiquement, mais peu respectueux de la qualité sanitaire du bâti soient mis en avant. L’état des lieux de la pollution de l’air intérieur dans l’habitat actuel, en particulier en matière de composants organiques volatils (COV), couplé à la mise en évidence de l’augmentation spectaculaire des allergies et de l’asthme en France sur les vingt dernières années, devrait orienter vers des choix de modes constructifs peu émissifs en COV. »

«Le poste le plus énergivore va devenir le comportement de l’utilisateur »

Mais même dans l’optique où les techniques du Bépos seraient totalement maîtrisées, seraient-elles accessibles à toutes les bourses ? Le maçon souletin estime que les récents coups de rabots sur les dispositifs d’incitation fiscale (CIDD, Eco-PTZ) ne sont pas de bon augure. « Avec quel argent nos clients vont-ils pouvoir faire bâtir leur maison ? Puisqu’au fur et à mesure que des réglementations de tous ordres se mettent en place, les incitations financières sont rabotées, voire supprimées. » Rabah est du même avis : « Qui va investir 6000 euros pour installer un ballon d’eau chaude thermodynamique ? Qui va entretenir tous ces nouveaux équipements ? Combien cela va-t-il coûter ? Pour quelle durée de vie ? »

Enfin, pour plusieurs internautes, le principal effort à fournir pour faire respecter cette RT 2020 sera d’ordre pédagogique, afin de faire évoluer le comportement des usagers. « Au-delà des calculs théoriques, estime Roussel, et aux vues des faibles dépenses énergétiques des bâtiments BBC, il apparait que le poste le plus énergivore va devenir le comportement de l’utilisateur. Oublier ce facteur bientôt prépondérant, c’est dépenser des milliers d’euros pour un gain énergétique qui peut être annulé par une simple ouverture de fenêtre, une VMC obturée ou des douches trop fréquentes. Travailler sur nos comportements va bientôt devenir plus efficace (et moins couteux) que travailler sur le bâti neuf. »

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