Paysage

Le bâtiment végétalisé cherche un second souffle

Mots clés : Aménagement paysager - Toiture - Urbanisme - aménagement urbain

Pour donner un second souffle au marché qui stagne autour d’un million de mètres carrés depuis 2015, l’association française des toitures et façades végétales (Adivet) actionne le levier réglementaire. L’assemblée générale du 6 juin a tracé cette perspective, avec une conférence intitulée « Végétalisation du bâti et documents d’urbanisme ».

« Plutôt que d’imposer les toitures végétales, servons-nous des documents d’urbanisme pour afficher des objectifs de performance qui conduiront naturellement à cette solution ». Pierre Georgel, président de l’association française des toitures et façades végétales (Adivet) a clôt par cet appel la conférence technique du 6 juin au centre scientifique et technique du bâtiment. Les eaux pluviales, la biodiversité et la régulation thermique figurent en tête des variables sur lesquelles comptent les promoteurs de la végétalisation du bâtiment. Pierre Georgel en cite deux autres : la prévention des ondes sonores et magnétiques. L’Adivet amplifiera son appel aux rédacteurs des plans locaux d’urbanisme intercommunal, lors du prochain salon des maires.

 

 

Elan européen

 

L’association française compte sur ses soeurs européennes issues de 14 pays et regroupées dans la fédération européenne des toits végétaux (EFB) : « Depuis l’impulsion politique de 2008 à Londres, les toitures végétalisées y progressent de 17 % par an et atteignent 12 % de la surface totale », témoigne son président, le britannique Dusty Gedge. Il invite les français à relativiser l’approche technique : « L’innovation concerne moins les produits qu’une culture de la planification urbaine », insiste Dusty Gedge. Même son de cloche dans la capitale autrichienne, où ce slogan a fait mouche : « La cité verte plutôt que l’air conditionné ».  Porte-parole du Bauwerksbegrünung – équivalent autrichien de l’Adivet – et militante d’une approche participative de la construction végétale, Vera Enzi, chercheuse à l’université de sciences de Vienne, plaide pour l’innovation dans l’ingénierie juridique et financière.

 

Timidité française

 

Poussé par la politique communautaire des infrastructures vertes et des solutions inspirées par la nature, l’élan européen pousse à l’optimisme. Mais les Français réunis le 6 juin n’ont pu ignorer les freins qui entravent le développement du marché. Le grand Lyon illustre la timidité des efforts d’incitation réglementaire à la désimperméabilisation de la ville : « Nous n’imposons pas, nous suggérons », explique Hervé Caltran, à la direction de l’eau de la métropole, associée à la révision du plan local d’urbanisme intercommunal en instance. La crainte de l’insécurité juridique contribue à expliquer le piétinement du marché, à en croire l’écologue Marine Linglart : « Comme pour l’eau pluviale, il va falloir passer de l’incitation à l’obligation, pour aller de l’avant », estime la fondatrice du bureau d’études Urban-Eco.

 

Modèle modeste

 

Même Paris relativise son rôle : « Nous bénéficions d’une volonté politique affichée dans le plan local d’urbanisme depuis 2006, et d’un effet d’échelle, avec 75 000 parcelles identifiées, mais cela ne fait pas de nous un modèle », explique Eric Jean-Baptiste, directeur de l’innovation à la direction de l’urbanisme. Certes, les projets engagés permettront à la capitale de dépasser le seuil de 100 hectares de toitures végétalisées d’ici à la fin du mandat municipal. « Mais Paris n’est jamais que le centre d’une métropole où tout reste à faire », rappelle Philippe Clergeau, professeur au muséum national d’histoire naturelle (MNHM).

 

Contre-références

 

Parmi les ressorts de la politique parisienne, l’incitation à la mobilisation citoyenne et associative suscite des réserves : les entreprises voient des marchés leur échapper et craignent des contre-références. « Certes, il faut se doter d’outils d’évaluation, mais rappelons que le droit à l’erreur n’est pas forcément une mauvaise idée », leur rappelle Eric Jean-Baptiste. Pierre Georgel souligne un autre écueil : « L’absence de plan de gestion peut annuler le travail, comme le montre la toiture du centre commercial Beaugrenelle ».

 

La règle qui fâche

 

Prompts à mettre en évidence les freins dans les politiques locales, les professionnels parlent plus difficilement de leur verrou interne : consacrée à l’allotissement, l’annexe A de la règle professionnelle sur les toitures végétales, mise en chantier depuis plusieurs années par l’Adivet, inspire des positions irréconciliables. « Admettre que le paysage s’occupe de l’étanchéité comme mandataire d’une toiture végétale, cela revient à soutenir les marchands de clopes à la sauvette face aux bureaux de tabac », s’insurge un étancheur. Représentant de l’Union nationale des entreprises du paysage à l’Adivet, Thierry Muller ne lâche rien : « Moi vivant, on n’inscrira jamais notre exclusion dans le marbre d’une règle professionnelle sur les toitures végétales, alors que les entreprises de paysage démontrent régulièrement leur capacité à mener à bien les chantiers en lots séparés, voire comme mandataires »…  

 

La recherche avance

 

Le blocage, dans la rédaction de règles de l’art, n’empêche pas la profession de parier sur une consolidation de son assise technique. Sous l’égide du MNHM et avec les soutiens du Centre scientifique et technique du bâtiment (CSTB) et de l’Etablissement public d’aménagement de Marne-la-Vallée, Aline Brochet a engagé en 2016 une thèse de trois ans consacrée à l’évaluation environnementale du bâtiment végétalisé : « Ce travail s’appuiera sur la diversité des échelles. Il croisera la méthode des fiches de déclaration environnementale et sanitaire avec celle des diagnostics écologiques, pour sortir le bâtiment végétalisé du Greenwashing et l’intégrer dans la haute qualité environnementale », espère Nicoleta Schiopu, chef de projet en sciences de l’environnement au CSTB.

Autre signe prometteur pour les années à venir, les dossiers d’avis techniques affluent au CSTB, sur deux thèmes porteurs : la micro-climatologie urbaine et la gestion des eaux pluviales. L’engouement des ingénieurs se renforce au moment où la loi biodiversité laisse présager un boom des toitures végétales des centres commerciaux.

 

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