Industrie/Négoce

Lafarge-Holcim : Bruno Lafont, les deux pieds dans le béton

Mots clés : Béton - Industriels du BTP - Produits et matériaux

Pour sauver la fusion entre les deux géants industriels, le PDG du groupe français, à qui était promis le poste de directeur général de la nouvelle entité, pourrait être débarqué.

On ne se méfie jamais assez des Suisses. Bruno Lafont, HEC-ENA, 58 ans, 32 chez Lafarge dont plus de 9 à la tête du cimentier français, vient d’en faire l’amère expérience. Il se retrouve, au soir du 19 mars, les deux pieds dans un ciment qu’ont coulé les dirigeants d’Holcim. Pas encore au fond du lac de Zurich, mais tout de même pas très loin de la porte que certains membres du conseil d’administration du géant helvète voudraient bien lui claquer au nez.

Pourtant, en janvier dernier (BEM du 12 janvier, p.8), le service communication d’Holcim déclarait sans hésiter au BEM : « Le futur dirigeant de La-farge-Holcim sera M. Lafont. » À l’époque, les choses étaient (presque) claires. Au dirigeant français, artisan de la fusion avec l’ancien président du conseil d’administration d’Holcim Rolf Soiron, la direction générale du comité exécutif du nouveau monstre (32 milliards d’euros de chiffre d’affaires 2014 cumulés, 132 000 salariés).

À Wolfgang Reitzle, 64 ans une carrière dans l’automobile (BMW, GM, Ford), président depuis aout seulement du conseil d’administration d’Holcim, le poste équivalent dans le nouvel ensemble. Exit le Français Bernard Fontana, l’actuel directeur général d’Holcim, qui ne semblait d’ailleurs pas spécialement décidé à se battre avec M. Lafont.

 

Susceptibilité suisse

 

Tout allait pour le mieux dans le meilleur des aumondes franco-suisses. Aux pros le vrai pouvoir, aux amateurs, les postes de représentation.

Sauf que nos voisins helvètes sont des personnes logiques et sans doute aussi un peu susceptibles. Constatant que l’Ebitda de Lafarge avait reculé de 4% en 2014, que le résultat d’exploitation courant diminuait de 8% et que le résultat net part du groupe était certes en hausse de 10%, mais impacté par 385 millions de dépréciations d’actifs, notamment en Syrie et en Irak, Holcim demandait, le 15 mars, à renégocier la parité d’échange, jusque-là d’un pour un, exigeant 0,875 action Holcim par titre Lafarge. La demande est logique : au même moment, le suisse annonçait un Ebitda en hausse de 2%, un résultat opérationnel à +4,2% en données comparables et un bénéfice net en hausse de 1,5%. Aux dernières nouvelles, la question de la parité ne pose pas vraiment problème, les négociations allant bon train.

Mais dans sa lettre envoyée le 15 mars, Holcim demandait également une révision de la gouvernance, qui entrainerait une mise à l’écart de Bruno Lafont. La demande n’est finalement pas scandaleuse : Holcim pesant plus que Lafarge, il est normal que sa future tête vienne du groupe suisse. Mais la personnalité secrète de M. Lafont et sa gestion centralisée ont également été un facteur déclencheur pour un management suisse plus partageur sur les informations.

Si le clash semble avoir été évité – Bruno Lafont pourrait devenir co-président du Conseil d’administration avec Wolfgang Reitzle –, la question de la gouvernance reste entière. Il se murmure qu’un directeur général pourrait être recruté en externe. On voit mal alors comment Bruno Lafont pourrait rester. Pire, l’actionnaire principal de Lafarge, la holding belge Albert Frère (21,1%) pourrait le lâcher, la possibilité de voir la fusion échouer portant en elle trop de conséquences négatives. La première serait de payer 150 millions d’euros de pénalités à l’irlandais CRH avec qui a été signé une promesse d’achat de 6,5 milliards d’euros d’actifs européens de Lafarge et Holcim pour se conforme aux règles de la concurrence. On ne se méfie jamais assez des Belges… et des Irlandais.

 

Plus d’information avec le BEM, la lettre de la construction à l’international

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