Aménagement

« La Ville sensuelle »

Mots clés :

Architecte

-

Architecture

-

Energie renouvelable

-

Information - communication - événementiel

Jacques Ferrier, architecte du Pavillon France à l’Exposition universelle Shanghai 2010, parle de la « Ville sensuelle », un projet qui répond à la question urgente de ce que doit être l’urbanisme aujourd’hui.

L’Exposition universelle de Shanghai a pris pour thème « Better city, better life ». Le Pavillon France y répond en offrant un bâtiment généreux, conçu autour d’un jardin vertical, flottant au-dessus d’un plan d’eau. Un pavillon de la ville sensuelle qui se veut une illustration de la possibilité de construire un urbanisme qui soit un paysage complet, et une expérience sensorielle globale. Ce projet reflète ma conviction que la situation actuelle, au-delà des vicissitudes de la crise économique, est aussi l’opportunité, loin de tout extrémisme régressif, de fonder un rapport inédit entre projet et technique et de révéler les nouveaux usages de la ville à venir.

La culture urbaine dans laquelle l’homme s’est installé au XXe siècle prend une ampleur nouvelle. Plusieurs cités géantes, au-delà de dix millions d’habitants, se déploient sur tous les continents. La moitié de la population mondiale vit actuellement dans des villes, proportion qui n’a de cesse de croître et qui nous oblige à envisager un autre système urbain. Cette expansion sans frein n’est en effet pas sans conséquences : elle entraîne des problèmes de fonctionnement à une échelle jamais vue jusqu’alors, et met en péril non seulement les ressources de notre planète mais aussi la vie collective dans la cité.

Paysage global

La ville est désormais fabriquée par l’urbanisme international et générique, où la technique est omniprésente. Elle est conçue comme une infrastructure, un univers artificiel, riche de potentialités, mais aussi de contraintes auxquelles l’homme doit s’adapter. L’opposition nostalgique entre ville et campagne n’ayant plus lieu d’être, la ville doit être pensée comme un paysage global, qui réconcilie artificiel et nature et devenir un univers harmonieux où la technique est au service de l’homme et non l’inverse.
Le projet de la Ville sensuelle dépasse par conséquent l’approche du seul développement durable. Il ne s’agit pas de se contenter de réduire la consommation d’énergie et de matériaux, mais de créer un monde urbain différent. Après avoir puisé sans limite dans les ressources naturelles et mis à contribution toutes les possibilités offertes par la technique pour satisfaire les besoins d’une société en pleine expansion, nous devons désormais prendre en considération de nouvelles hypothèses, qui s’appuient sur le changement et l’invention. Car dans un avenir proche, il est fort probable que les questions purement techniques – carburants, chauffage, énergies renouvelables, etc. – soient réglées par la technique elle-même. Reste à savoir comment seront vécus la ville et les bâtiments de demain ? C’est la qualité du monde dans lequel on veut vivre qui est en jeu – et non sa survie.

Générique versus contextuel

L’architecture et l’urbanisme se trouvent de ce fait au premier plan. Le confort est devenu synonyme d’éclairage artificiel, de climatisation, d’automobile, etc. Cependant cette hyperfonctionnalité et cette hypertechnicité ont pour conséquence de repousser l’architecture au-delà du réel qui pendant longtemps avait été le point de départ mais aussi la limite de tout projet. L’urbanisme international n’est pas seulement un style devenu commun à tous les pays et à tous les auteurs, mais surtout un programme conceptuel qui, avec la formidable machinerie technique, a propulsé les villes hors du monde. Cette fatalité qui met en opposition la ville contemporaine avec la nature, le climat, les sens, la vie collective, la variation des saisons, la mémoire du temps qui passe…, doit être aujourd’hui remise en question. Le générique doit être remplacé par le contextuel.

Explorer des territoires hybrides

Il s’agit aussi d’innover pour répondre à des défis sociaux d’une nature nouvelle. La ville fonctionnelle entraîne dans sa croissance démesurée des risques sérieux d’explosion sociale. Chacun ressent que pour jouir de la ville il faut que celle-ci offre des espaces publics, collectifs, intimes qui se distinguent ou qui se mêlent de façon subtile; il faut qu’elle se démultiplie sur des temps divers et qu’elle crée de façon dynamique des nouveaux lieux de mémoire. Pour nous qui sommes en charge de penser la ville, ce constat nous conduit à l’exploration de territoires hybrides, à la rénovation radicale des habitudes de conception.

 

Vous souhaitez réagir

Pour commenter l'article, vous devez être identifié ou vous inscrire
S'identifier

Pour accéder aux contenus et services en accès libre, identifiez-vous

Mot de passe oublié
S'inscrire

Vous souhaitez vous inscrire aux services proposés en accès libre.

Newsletter quotidienne et thématiques, alertes e-mail, commentaires sur les articles...

S'inscrire
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies pour vous proposer des services et offres adaptés à vos centres d'intérêt. OK En savoir plus X