Profession

« La ville est mâle faite », chronique par Marie-Douce Albert

Bien qu’elle soit du genre féminin, la ville est essentiellement faite par et pour les hommes qui dominent les instances de décision. Cette disparité se traduit dans l’espace public. Une anomalie à laquelle il serait bon de remédier selon la chef de rubrique « Urbanisme » du « Moniteur »…

La ville durable, c’est un peu le paradis urbain : sillonnée de pistes cyclables et de transports en commun, elle est douce et propre. Toutefois, cet Eden dont on a chassé la voiture est moins tendre pour Eve que pour Adam. Pour le géographe Yves Raibaud, la ville est souvent source d’inégalités entre les hommes et les femmes, et les aménagements durables ne font que les creuser : « Pour se déplacer à vélo, mieux vaut ne pas avoir d’obligations domestiques », de courses à faire ni d’enfants à accompagner à l’école. Donc… il ne faut pas être une femme, « puisque ces tâches leur restent majoritairement dévolues », glisse Yves Raibaud.

L’analyse est franchement irritante. Sous couvert de dénoncer une inégalité, l’universitaire n’est-il pas en train de perpétuer la vision – la plus sexiste qui soit – de la femme aux fourneaux ? On s’agace. Il rétorque que son travail n’est pas idéologique mais scientifique, et qu’il se fonde notamment sur des statistiques. Or les chiffres sont têtus : dans le couple, la femme assume deux tiers des corvées.
Si cette disparité relève de la sphère privée, elle se retrouve donc ici étalée dans l’espace public. « En effet, les hommes dominent les instances de décision qui fabriquent la ville », remarque encore Yves Raibaud, qui a publié en 2015 un parlant petit ouvrage intitulé « La ville faite par et pour les hommes ». La ville durable et ses bienfaits pour la planète ne sont évidemment pas remis en cause. Le géographe rappelle simplement « qu’elle ne peut pas être qu’écologique et technologique, elle doit aussi être sociale ». Les femmes ont bien des choses à apporter sur ce plan. Il serait bon de mettre cette question à l’agenda. Mais pas uniquement à la page du 8 mars.

 

Chronique « Coup de griffe » publiée dans « Le Moniteur » n°5859, daté du 11 mars 2016, page 19.

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  • - Le

    et si on parlait de domesticité plutôt que d'aviver la guerre des sexes

    Plutôt que de rester enfermé dans une guerre des sexes stérile (c’est en effet l’union des sexes qui n’est pas stérile…), je pense qu’il faut introduire dans les fonctions essentielles de l’architecture et de l’aménagement du territoire la notion de domesticité : ensemble des actes de la vie courante, incluant donc l’acheminement des courses, le transport y compris avec enfants (plus ou moins nombreux, et à âges différents), le traitement du linge, … On pourra utilement se reporter au document édité par le CESE en 2005 : http://www.lecese.fr/travaux-publies/le-logement-de-demain-pour-une-meilleure-qualite-de-vie . Cette notion de domesticité serait en tout cas bien supérieure à celle de « corvées » employée par l’auteur de cet article. Avez-vous réfléchi au fait que le partage de la vie domestique est sans doute la meilleure façon d’éduquer et de sociabiliser l’être humain ?
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  • - Le

    Certes mais...

    La mauvaise répartition des tâches n’est pas contestable. Cependant : dans une ville comme Copenhague les femmes (et souvent les hommes) emmênent leur enfants à l’école et font leurs courses à vélo. Ou plutôt en tricycle. Arrêtons de penser que la voiture est l’unique solution. Surtout lorsque – soyons réalistes quand même – le terrain est sufisamment plat, ce qui est souvent le cas dans les grandes villes. Dans cette ville la fréquence des bus n’a également rien à voir avec ce qu’on voit communément en France. Il est rare que l’on attende un bus plus de 5 mn, même dans des quartiers excentrés. Ceci rend également réaliste la possibilité d’accompagner ses enfants à l’école en bus. Signé : un cycliste quotidien, qui se désole de voir le retard phénoménal dans les aménagements cyclables que l’on voit en France !
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