Paysage

La villa Le Nôtre transforme l’essai

Les cinq résidents sortants de la seconde promotion de la Villa André Le Nôtre confortent l’école nationale supérieure du paysage de Versailles : les travaux qu’ils y ont présentés le 15 septembre répondent à l’ambition d’une  porosité entre le paysage, les arts et les sciences humaines.

« J’appréhende les sons comme des matériaux sonores, des blocs de marbre que je sculpte ». A la nuit tombante après quatre exposés en amphithéâtre, Arnaud Sallé invite la cinquantaine d’invités de l’école du paysage de Versailles à gravir l’étroit escalier qui mène dans une grande salle vide dont les fenêtres donnent sur l’escalier du roy. La machinerie polyphonique de fils et d’amplis triture les vrombissements d’un aéroport et le vacarme des marteau-piqueurs, pendant que sur l’écran vidéo, la bulle translucide se rapproche. Passée sa paroi, les sons se transforment, les tympans cessent de souffrir, la pénombre inquiétante devient apaisante… Un nouvel art naît : la phonomorphose.

 

Sonomorphiste

 

Grande silhouette noire dans la lumière crépusculaire, Arnaud Sallé, son inventeur, se désigne comme « plasticien sonore ». Il a créé le burin adapté à cette nouvelle forme de sculpture : un logiciel positionne les graves et les aigües, en abscisses, le temps en ordonnées. L’outil capte les sons émis par l’oiseau, l’hélicoptère ou l’engin de chantier, pour les transformer. A la réduction des sources désignées par le commun des mortels comme des nuisances sonores, le phonomorphiste oppose l’idée de leur sublimation qui les rendra agréables.

 

Foisonnement pluridisciplinaire

 

Cette surprise du chef a confirmé le message commun aux trois femmes et aux deux hommes qui, depuis le début de cette année, ont composé la seconde promotion de la Villa André Le Nôtre, basée à l’hôtel de la Quintinie qui  jouxte l’école du paysage et le château de Versailles : de nouveaux horizons s’ouvrent, dans l’univers professionnel des paysagistes concepteurs, grâce au temps de la recherche offert aux résidents.

Luisa Limido le démontre dans un travail universitaire qui donne les clés pour comprendre le rayonnement international de l’école française du paysage, dans la seconde moitié du XIXème siècle. Marina Cervera pose les fondations d’une renaissance des allées européennes plantées d’arbres, en commençant par la mise en ligne d’un site participatif qui dressera l’état des lieux d’une centaine d’entre elles. Illustratrice et seule paysagiste diplômée sortante de l’école dans la promotion 2017 de la Villa Médicis du paysage Alice Stevens décrypte l’articulation des échelles et décrispe le jeu d’acteurs du Grand Paris à travers un nouveau genre : la bande dessinée de paysage…

 

Indomptable forêt

 

Romanesque, fantaisiste, philosophique, journalistique, poétique, malicieuse et jubilatoire, l’analyse de l’évolution des définitions de la forêt données par 13 dictionnaires français et anglais, des années 1970 à nos jours, conduit Benjamin Arnault à multiplier les mises en cause de fausses évidences : l’homme prétend affirmer son pouvoir par le mot plantation qui ne s’applique qu’à une toute petite minorité des couvertures boisées. Benjamin Arnault préfère le mot peuplement, qui désigne un état de fait et affirme à la fois la souveraineté de l’ensemble et l’individualité de chaque sujet. En voie de guérison du mal’hêtre qui l’a lancé dans cette recherche, il achève de positionner l’école du paysage comme celle de la liberté.

 

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