Paysage

La vie foisonne au cimetière parisien d’Ivry-sur-Seine

Mots clés : Établissements de culte, funéraire - Funéraire

La première année sans aucun traitement phytosanitaire ne traumatise pas les usagers du cimetière parisien d’Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne). Entretenu par huit cantonniers, le site de 28 hectares accueille 100 000 visiteurs par an, dont un tiers entre la mi-octobre et la mi-novembre.

« Nous n’enregistrons que deux plaintes par mois pour défaut d’entretien des aménagements extérieurs. Beaucoup moins que pour les toilettes ! ». Benoît Gallot, conservateur du cimetière parisien d’Ivry-sur-Seine, attribue l’acceptation du Zéro Phyto à cinq ans de montée en puissance progressive : dans la foulée du plan biodiversité adopté par le conseil de Paris en 2011, l’équipe chargée de l’entretien a délimité les premières zones débarrassées des intrants chimiques.

 

Nouveau règlement

 

Le public s’est habitué. Les plantes elles-mêmes ont trouvé leur rythme de pousse : avant de former un tapis vert que les tontes rendent homogènes, les mauvaises herbes entrent en scène, pendant la première année, par des montées en graine désordonnées, spectaculaires et inesthétiques. Simultanément, les huit cantonniers et les entreprises extérieures – dont Robert Paysage pour la création de nouveaux espaces – se sont mis au diapason du Zéro Phyto : le cimetière a acquis quatre nouvelles tondeuses, actionnées en même temps que les débroussailleuses. « Le travail d’équipe a succédé aux interventions individuelles », précise Benoît Gallot. De nouvelles expériences enrichissent le dispositif, comme, depuis cette année, l’arrêt des tontes dans des bandes situées entre les haies et les avenues. Reste à convaincre certains usagers : un nouveau règlement en instance explicitera l’interdiction des produits phytosanitaires, y compris pour ces derniers.

 

Maudites corneilles

 

« L’impact le plus difficile à gérer concerne les corneilles », poursuit le conservateur. Les ravages occasionnés par ces oiseaux sur les tombes exposent le gestionnaire du cimetière aux pires reproches, sans l’ébranler. L’attaque fatale des buis par la pyrale n’a pas non plus remis en cause la règle du Zéro phyto. Heureusement, la plupart des autres représentants de la biodiversité spontanée suscitent plus de joie : pour accueillir les hérissons, l’agence d’écologie urbaine leur a posé des cabanes.

Cette même entité municipale engage cet automne un inventaire floristique, après la découverte récente d’une colonie d’orchidées bouc, près du carré qui a servi de dernière demeure à 128 condamnés à mort à partir de 1885, et jusqu’à Buffet et Bontemps en 1972…  Le centre ornithologique d’Ile-de-France (Corif) suit le cimetière colonisé par 46 espèces d’oiseaux dont de nombreuses perruches, qui affectionnent les trous creusés dans les arbres par les piverts. Un renard, et, plus récemment, des écureuils ont rejoint les nouveaux adeptes de la gestion écologique.

 

Carte verte

 

A côté des tarifs des concessions deux fois moins élevés que dans la capitale, la carte verte constitue le meilleur atout du cimetière d’Ivry, face au déficit d’attractivité lié à une implantation extra-muros et au faible nombre de tombes à haute valeur historique ou patrimoniale, à quelques notables exceptions près : Missak Manouchian et ses compagnons de l’Affiche rouge, mais aussi Lazare Ponticelli, le dernier poilu décédé en 2008. Dès la création en 1861, puis l’agrandissement en 1874, la ville de Paris a donné un rôle clé aux arbres : les 1900 sujets appartenant à 66 espèces créent l’ambiance apaisée qu’apprécient les proches des personnes inhumées (60 % des propriétaires des concessions habitent les XIIème et XIIIème arrondissements de Paris), mais aussi les promeneurs, souvent des mères et pères de familles riveraines, avec leur poussette. L’environnement urbain dense encourage cette seconde composante du public.

 

Lignes courbes

 

Depuis les années 2000, une approche plus contemporaine enrichit l’aménagement : des bancs et des arbustes apparaissent dans les zones ouvertes aux nouvelles concessions. Les murs encore bruts se couvrent progressivement de lierre et de vigne vierge, bientôt complétés par une vingtaine d’autres espèces grimpantes. L’année 2016 marquera l’achèvement de la végétalisation de l’enceinte. Mais l’innovation la plus remarquable est née du développement de l’inhumation des urnes, qui a enregistré un boom de 54 % en 2014, après l’ouverture du jardin cinéraire dessiné par Martine Lambert, paysagiste à la ville de Paris : déclinée dans deux types d’espace – des mini-concessions d’1 m2 appelées caveautins et des mini-caveaux,les caveurnes, encore deux fois plus petits – son œuvre a mis fin à l’omniprésence des lignes et angles droits, tout en enrichissant la palette végétale avec une strate herbacée et aromatique où dominent les lavandes.

 

Zéro tabou

 

« Nous enregistrons des retours très positifs », se réjouit Benoît Gallot : dès la fin août 2015, la demande de l’année en cours pour le jardin cinéraire dépasse celle de 2014, et des travaux d’agrandissement ont démarré. Le retour de l’expérience amène déjà une amélioration : des cailloux remplacent la terre autour des caveurnes pour limiter les mauvaises herbes, et des dalles de granit légèrement inclinées succèdent au ciment et faciliteront les écoulements. Un columbarium végétalisé pourrait compléter la réponse paysagère aux nouvelles pratiques funéraires.

Soucieuse de cohérence, l’équipe du cimetière n’hésite pas à s’emparer d’un sujet tabou : la pollution occasionnée dans le sous-sol par l’embaumement des corps et les matériaux des sépultures. L’exemple de Niort alimente l’étude d’un carré écologique soumis à un cahier des charges stricts, qui intégrerait jusqu’à la biodégradabilité des textiles et des cercueils.

 

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