Projets

La tour Montparnasse lance une compétition pour s’offrir une deuxième vie

Mots clés : Immeuble de grande hauteur

Un concours international est lancé ce jeudi 16 juin afin de désigner l’équipe de maîtrise d’œuvre qui mènera, d’ici à 2024, la restructuration totale du gratte-ciel parisien, aussi célèbre que dénigré. Le projet visera donc à mettre aux normes l’immeuble achevé en 1973 mais aussi à en renouveler l’image. Le projet lauréat sera choisi au printemps 2017. Date limite des candidatures : le 13 juillet.

Sous le nom de code « Demain Montparnasse » s’annonce probablement l’un des chantiers parisiens les plus emblématiques des prochaines années. La tour Montparnasse, qui se dresse devant la gare parisienne du même nom, dans le XVarrondissement, sera totalement réhabilitée. Et transformée par la même occasion, puisqu’il s’agira aussi d’en changer l’apparence. Ces grands travaux devraient débuter à la fin de 2019 pour un achèvement en 2024. Et ce jeudi 16 juin la première étape de cette opération de vaste envergure est franchie avec le lancement de l’appel à candidatures qui permettra de désigner, au printemps 2017, l’équipe maîtrise d’œuvre pluridisciplinaire qui sera chargée du projet.

Voilà quelques années déjà que la copropriété de l’Ensemble immobilier Tour Maine-Montparnasse (EITMM), qui compte 280 membres, réfléchissait à l’avenir à donner à son vaste patrimoine. Celui-ci comprend non seulement l’immeuble de 209 mètres de haut, achevé en 1973, mais aussi trois autres bâtiments donc le socle qui abrite un centre commercial et des équipements municipaux. « L’assemblée générale a voté il y a quelques jours la décision de lancer un concours pour la restructuration de la seule tour. Il s’agit de la mettre aux standards de demain et ainsi, de lui redonner ce caractère de modernité qu’elle représentait il y a quarante ans», explique au « Moniteur » Patrick Abisseror, le président de la structure porteuse du projet « Demain Montparnasse ».

 

Plus furtive ou plus expressive ?

 

Le programme est donc lourd puisqu’il faudra requalifier toutes les installations techniques de la tour Montparnasse, réaménager les plateaux de bureaux, repenser le flux des occupants et des visiteurs, améliorer le confort acoustique et surtout thermique d’un édifice dont les façades sont en simple vitrage… « Le chantier impliquera de toute façon le démontage de ces façades qui ont toujours constitué un sujet de polémiques, poursuit Patrick Abisseror. On a aujourd’hui envie d’autre chose, d’une allure générale de la tour qui sache mieux jouer avec le ciel, les nuages. »

Les Parisiens ont en effet toujours reproché son manque d’élégance à l’édifice jugé, en vrac, trop haut, trop solitaire, trop massif, trop marron… Laid, en résumé. Sa métamorphose sera donc « un des grands enjeux de ce chantier, confirme l’architecte Jean-Marie Duthilleul qui, depuis trois ans, conseille et assiste la copropriété dans sa démarche. Les architectes candidats devront d’ailleurs faire un choix : voudront-ils que la tour se fonde davantage dans le paysage ou au contraire la rendront-ils plus expressive ? » Autre point crucial : le soin apporté au pied de la tour. L’architecte conseil est d’avis qu’il faut ouvrir une grande entrée principale en face de la gare… là où se trouve actuellement une vague cuvette en béton qui, il y a longtemps, a dû être un bassin. Par ailleurs, un accès spécifique doit être conçu pour les touristes. En effet, l’espace panoramique du 56e étage et le toit-terrasse – exploités par la société que dirige par ailleurs Patrick Abisseror – attirent 1,2 million de visiteurs par an. « Ce projet supposera à la fois un travail sur le grand paysage et sur la proximité », estime Jean-Marie Duthilleul.

 

 

Certaines évolutions en revanche sont exclues et notamment il ne sera pas possible de modifier la silhouette échancrée de la tour. «Une étude technique a en effet montré qu’il n’était pas possible de modifier la forme des plateaux », souligne Patrick Abisseror, qui ajoute que le projet permettra en tout cas « de tourner définitivement la page de l’amiante. A ce jour, la tour a été désamiantée à 80 % mais le chantier mettra au jour des installations qui restaient inaccessibles et qui pourront dès lors être traitées ». Pour mener à bien l’ensemble de ce programme, les 73 copropriétaires de la tour, qui financeront l’opération à 100 %, mettront un budget de plus de 300 M€ HT sur la table.

 

Le risque du consensus ?

 

L’appel à candidatures, lancé ce 16 juin, est ouvert. Les équipes, composées des architectes et bureaux d’études techniques compétents pour ce type d’ouvrage, ont jusqu’au 13 juillet prochain pour candidater sur références et note d’intention. Les informations sont disponibles sur le site dédié à la compétition demain-montparnasse.com. En septembre prochain, six équipes seront sélectionnées et devront rendre un projet d’ici à la fin de cette année. Ceux-ci seront analysés par un comité d’orientation composé de professionnels et présentés pour avis à la mairie de Paris, aux élus des VIe, XIVe et XVe arrondissements ainsi qu’aux riverains. Les cinq équipes qui ne seront finalement pas retenues seront rémunérées à hauteur de 120 000 €. Quant au lauréat qui sera désigné au printemps prochain, il sera choisi par les 73 copropriétaires de la tour. Au risque de faire émerger le dossier le plus consensuel, propre à ne fâcher personne ? Patrick Abisseror et Jean-Marie Duthilleul l’assurent : « Il ne pourra en aucun cas s’agir d’un projet tiède ».

Enfin, si à ce stade, le concours porte uniquement sur gratte-ciel, l’EITMM caresse l’idée de redonner du lustre l’ensemble de l’îlot Maine-Montparnasse. Un projet de plus large envergure est donc en cours de définition, en concertation avec la Ville de Paris et tous les acteurs concernés.

 

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D’une vieille gare à la plus haute tour de bureaux d’Europe

Le projet était colossal, le plus vaste lancé dans Paris depuis les grands chantiers d’Haussmann un siècle plus tôt : dans les années 1950, l’absolue nécessité de repenser la vieille gare Montparnasse, doublée de l’ambition politique de faire entrer la capitale dans la modernité, a abouti au réaménagement total du quartier. Décision a alors été prise de reculer la gare vers le sud et de libérer ainsi de grandes emprises constructibles et en 1958, un premier projet, signé par les architectes Eugène Beaudoin, Urbain Cassan, Louis-Gabriel de Hoym de Marien, Raymond Lopez, Jean Saubot et Xavier Warnery prévoit déjà la construction d’un immeuble de grande hauteur. Après la disparition des deux autres membres de l’équipe, le quatuor Beaudoin, Cassan, Hoym de Marien et Saubot réalisent bien une tour, à partir de 1969, mais le projet est formellement très différent.

Alors qu’au débouché de la rue de Rennes une dalle est bâtie pour accueillir des commerces, des bureaux et des équipements municipaux, l’immeuble se dresse jusqu’à 209 mètres de haut. Plantée sur 56 piliers de béton armé, elle est structurée autour d’un énorme noyau central, en béton également et ses 120 000 m2 de surface sont enveloppés par 40 000 m2 de façade en verre fumé et métal. Son plan en fuseau semble alors censé casser l’image parfois trop linéaire des gratte-ciel.  Mais la tour Maine-Montparnasse, inaugurée le 18 juin 1973, a beau être le plus haut bâtiment de bureaux d’Europe, elle n’emporte pas l’adhésion de Parisiens, qui ne goûtent de toute façon guère les gratte-ciel. Dès 1977, un nouveau règlement d’urbanisme plafonne d’ailleurs la construction de nouveaux édifices dans la capitale à 37 mètres maximum… Et il faut attendre les années 2010 et plusieurs révisions du PLU, pour que la grande hauteur ait de nouveau droit de cité dans certaines zones de Paris, telles que les Batignolles où la tour de 160 m du futur tribunal de grande instance est en cours de construction.

 

Pour connaître les modalités pratiques du concours, notamment son règlement, les candidats peuvent écrire à : concourstour@demainmontparnasse.fr

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  • - Le

    C'est MA tour !

    Il est clair qu’une bande de copropriétaires ( 73 en ce cas ) a toutes les compétences pour décider de l’avenir d’un site aussi peu sensible ! La Ville de Paris n’ ayant pour une fois rien à vendre (?) laisserait donc le champ libre pour une analyse a postériori du projet ! Heureusement que l’Ordre National des Architectes squatte un étage ! Michel Dayot Architecte
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