Bâtiment

La RT 2012 rimera-t-elle avec bâtiments basse consommation ?

La RT 2012, document de 1000 pages en cours de vérification par la Commission européenne, devrait être officiellement publiée en novembre. Dans l’attente de cette publication, LeMoniteur.fr relève ses éventuelles faiblesses.

Thierry Salomon, directeur du bureau d’études Izuba et président de l’association Négawatt, a participé à l’élaboration d’une exigence d’efficacité énergétique minimale du bâti, qui sera nommée dans la future RT « besoin bioclimatique maximale (Bbiomax) ». Pour lui, le talon d’Achille de la RT 2012 réside dans le confort d’été. « La RT 2012 utilisera les mêmes algorithmes que la 2005, les mêmes fichiers météo élaborés à partir des années allant de 1960 à 1990 et ignorera toujours les phénomènes d’îlots de chaleur urbains ». Dans la future réglementation, comme dans celle d’aujourd’hui, la seule exigence concernant le confort d’été consistera à exiger une température intérieure inférieure à une température intérieure de référence.
Le directeur du bureau d’études Izuba, basé près de Montpellier, dimensionne aujourd’hui ses projets d’abord en fonction du confort d’été et seulement ensuite pour la période froide. C’est pourquoi l’absence d’évolution de la prise en compte de la période estivale dans la RT 2012 constitue pour lui «une insuffisance de l’outil réglementaire» qui lui fait craindre de mauvaises surprises. D’autant plus qu’il vient de mener avec l’Ademe une étude consistant à appliquer sur 10 bâtiments labellisés BBC-effinergie des fichiers de météo prévisionnelle à l’horizon 2030 et dont les résultats montrent de graves problèmes de surchauffe dans ces bâtiments qui se situent a minima au niveau de la future réglementation thermique.
« On va avoir encore de plus mauvaises surprises qu’avec la RT 2005, car les bâtiments seront nettement plus isolés et étanches.» Travaillant actuellement à l’élaboration du label « bâtiments à énergie positive » qui accompagnera la RT 2012, Bruno Georges, directeur du bureau d’études ITF, partage l’inquiétude de Thierry Salomon.

La bonne réalisation : de l’autocontrôle au contrat d’assurance

« Je fais ce métier depuis 30 ans et j’ai été contrôlé deux fois sur le respect de la RT». Bruno Georges pointe également du doigt la nécessité d’accompagner la future réglementation d’une augmentation du nombre de contrôles. Mais du côté de la Direction de l’habitat, de l’urbanisme et des paysages (Dhup), on mise sur l’autocontrôle, avec la délivrance d’une attestation de conformité à la fin du chantier. Le texte de loi dit Grenelle 2 stipule qu’à l’issue de l’achèvement des travaux, l’établissement de l’attestation de prise en compte de la RT 2012 pourra être effectué par les maîtres d’œuvre, les architectes, les contrôleurs techniques, ou encore les organismes certificateurs.
« On connaît la compétence en thermique des architectes et des personnes réalisant les DPE ». Pour le président de la Chambre de l’Ingénierie et du Conseil de France (CICF), François Amblard, l’Etat a préféré s’adresser à des professions ordonnées ou certifiées plutôt qu’à des métiers plus compétents mais moins organisés.
Néanmoins, le test d’étanchéité obligatoire, exigence de moyen qui fait l’unanimité parmi « l’avant-garde » du bâtiment très basse consommation français, devrait permettre d’obtenir des bâtiments livrés avec une qualité largement au dessus de ceux issus de la RT 2005. Ensuite, si le maître d’ouvrage souhaite être certain de se faire livrer un bâtiment réellement basse consommation sur les factures, il devra se tourner vers les assureurs. Pour l’instant, ces derniers ne proposent pas d’offres concernant la performance énergétique dans le neuf.

L’exploitation harmonieuse : entre robotisation et conscience de l’occupant

En attendant, une chose est sûre, les offres d’assurances à venir ne concerneront que la conception et la réalisation. Les assureurs ne pourront pas garantir l’exploitation du bâtiment.
Pour Alain Maugard, ancien président du Cstb, aujourd’hui à la tête de Qualibat, il faut développer l’« extension des métiers actuels du bâtiment vers la phase exploitation». Certains comptent beaucoup sur la domotique pour assurer le fonctionnement du bâtiment, d’autres sont plus sceptiques. Ulrich Rochard, ancien ingénieur du fameux bureau d’études allemand Transolar, aujourd’hui consultant au sein du bureau d’études français Pouget, fait partie de ceux là. « Il faut que l’occupant interagisse avec son bâtiment, sinon il s’en sent exclu. D’autre part, un bâtiment doté de nombreuses automatisations se complexifie et trop d’erreurs sont alors possibles».
L’article 23 de l’arrêté qui viendra officialiser la RT 2012 en novembre oblige à informer l’habitant de ses consommations par type d’énergie, a minima mensuellement, et selon la répartition suivante : chauffage, refroidissement, production d’eau chaude sanitaire, réseau de prises électriques et autres. Cette information devrait l’encourager à utiliser harmonieusement son bâtiment.

Quoiqu’il en soit de la conception, de la réalisation et de l’exploitation, la future réglementation n’exigera rien sur les consommations liées aux appareils électrodomestiques, si ce n’est de les mesurer dans les logements. L’assiette de la RT 2012 ne représentera donc pas plus de la moitié de la consommation globale d’un bâtiment. Pour Thierry Salomon, « il faut voir la RT 2012 comme une voiture balai.» Autrement dit, son respect ne constitue que le minimum à fournir pour obtenir un bâtiment basse consommation.

 

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    En réponse au R stable dans le temps

    Les méthodes pour prendre en compte le taux d’humidité et/ou de vieillissement des produits sont celles définies dans chacune des normes EN 13 162 à EN 13 171. (extrait du Règlement technique ACERMI)
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    Pour un R stable dans le temps

    RT2005, RT2012… et toujours aucun commentaire sur la stabilité de la conductivité thermique des isolants. Le silence sur le sujet entretien l’ignorance de toute la chaine des intervenants (négoce, entreprises, concepteurs) et la dépréciation du lambda n’est toujours pas prise en compte. AU VOL. Quand j’achète un
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