Transport et infrastructures

La route transsaharienne en panne faute de financements

Lancée il y a plus de 30 ans pour relier la Méditerranée à l’Atlantique entre Alger et Lagos, et désenclaver de vastes régions désertiques au sud du Sahara, la route transsaharienne est en panne faute de financements. Le sujet devrait être abordé lors du prochain Congrès mondial de la route, en septembre à Paris.

Lors de la 47e session du Comité de liaison de la route transsaharienne (CLRT), tenue mercredi et jeudi à Alger, le ministre des Travaux publics algérien Amar Ghoul, a indiqué que 75% de ce méga-projet routier avaient été réalisés, soit 7.000 km sur près de 10.000 prévus. Ce taux de réalisation est pratiquement identique à celui affiché lors des précédentes sessions du CLRT, organisme technique regroupant les six pays concernés: Algérie, Tunisie, Niger, Nigeria, Mali et Tchad, qui se réunit deux fois par an pour évaluer l’état d’avancement du projet. Malgré les tentatives algériennes de relance, le projet butte sur un manque de financements, qui a été relevé par les participants. Amar Ghoul a demandé à ses partenaires africains de préparer un dossier exhaustif à présenter à des investisseurs lors du prochain Congrès mondial de la route, en septembre à Paris.

Sur les quelque 3.000 km qui restent à construire, environ la moitié ne sont pas financés, dont 600 au Mali, 200 au Niger et 600 au Tchad, selon des experts du CLRT. Le secrétaire général de cet organisme, Mohammed Ayadi, estime à 100.000 euros le coût de construction du kilomètre. Les tronçons qui restent à construire se trouvent en Algérie, entre Tamanrasset et In-Gezzam, vers le Niger, et entre Tamanrasset et Timiaouine, vers le Mali, au Tchad, entre la frontière nigérienne et N’Djamena, et au Mali entre Bourem et Timiaouine, à la frontière algérienne. Le Nigeria a entièrement achevé ses 1.300 km de transsaharienne, de la frontière du Niger à Lagos, en passant par Kano, ainsi que la Tunisie, qui a relié Gabès à la frontière algérienne, en passant par Gafsa.

Selon Hocine Necib, directeur des routes au ministère algérien des Travaux publics, les tronçons manquants « ne seront réalisés que lorsque l’ensemble des moyens financiers seront mobilisés ». « D’ici à l’année prochaine, les Etats membres pourront arrêter une échéance pour ce projet stratégique », a-t-il ajouté. Le projet devait être terminé en 2010, selon le calendrier initial. La route transsaharienne doit traverser le Sahara sur une profondeur de 2.000 kilomètres pour relier le Maghreb, aux pays africains de la rive sud du Sahara. Articulée autour d’un axe Alger, Tamanrasset, Agadez, Zender, Kano, Lagos, elle aura des ramifications vers la Tunisie, le Tchad et le Mali.

Autre point noir : les échanges commerciaux entre partenaires de la transsaharienne restent « le ventre mou du projet », selon Mohammed Ayadi, qui a demandé aux pays riverains de « s’occuper de ce problème et de débloquer les échanges entre eux ». La rentabilité du projet économique en dépend, selon cet expert. Pour dynamiser ces échanges, faibles actuellement, hormis les trafics transfrontaliers informels, les promoteurs de la transsaharienne tablent notamment sur le gazoduc transsaharien, qui doit relier à partir de 2015 le Nigeria à l’Algérie, via le Niger. Il sera renforcé par l’installation d’un câble de fibres optiques, qui reliera les six pays de la transsaharienne. Long de plus de 4.000 km, le gazoduc, dont le coût est estimé à 10 milliards de dollars, pour une capacité de 20 à 30 milliards de mètres cubes par an, destinés essentiellement à l’Europe, suivra le tracé de la route transsaharienne.
Hassen ZENATI (AFP)

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