Paysage

La Roche-Guyon illumine la presse des jardins

Mots clés : Aménagement paysager - Bâtiment d’habitation individuel - Information - communication - événementiel

Au château de La Roche-Guyon (Val d’Oise) où ils ont fini en beauté, le 7 novembre, les fêtes de leur cinquantenaire, les membres de l’Association  des journalistes des jardins et de l’horticulture (AJJH) ont accompagné le peintre et paysagiste des Lumières Hubert Robert dans ses visions préromantiques.

Derrière le peintre, se cache l’architecte paysagiste : le message de l’exposition « Hubert Robert et la fabrique des jardins », qui s’achève le 26 novembre au château de La Roche-Guyon, semble prédestiné à la révélation de l’intimité entre les journalistes de l’aménagement extérieur et leur sujet de prédilection. De la toile à la réalisation en trois dimensions, le raccourci se dévoile dans un grand tableau : depuis la rive gauche de la Seine, le peintre a représenté la colline de La Roche-Guyon, laissant deviner les cheminements qu’il a sans doute lui-même contribué à dessiner, aux côtés des La Rochefoucauld et des Rohan Chabot, entre le château du XVIIIème siècle, en bas, et le donjon médiéval, au sommet.

 

 

De la toile à la terre

 

En bas à gauche, comme dans les films qui évoquent l’art du cinéma pour inviter à une distanciation, Hubert Robert a représenté une femme qui peint ce même paysage. Des enfants tiennent une ombrelle pour la protéger du soleil : s’agit-il de Louise-Elisabeth De La Rochefoucauld, duchesse d’Enville qui règne sur le domaine en cette fin du XVIIIème siècle ? De sa fille, épouse Rohan Chabot ? Les historiens se disputent sur ce sujet finalement accessoire, par rapport au symbole de la convergence des arts.

Cette fusion inclut l’écriture, comme l’ont rappelé longtemps, au-dessus du théâtre, les 12000 livres de la bibliothèque du château, vendus aux enchères en 1987. Les invités de la duchesse – dont Diderot – pouvaient y feuilleter les 35 volumes de l’encyclopédie des lumières. La porte fenêtre qui donne accès à cette pièce ouvre sur le jardin à l’anglaise, avec ses promenades alors jalonnées de vraies fausses ruines antiques et autres folies, condensé de l’espace et du temps auxquels Hubert Robert et ses contemporains rêvaient d’offrir une harmonie nouvelle.

 

Moisson de folies

 

Foyer de son inspiration après son séjour de 11 ans à la Villa Médicis, le château de La Roche Guyon lui a servi de tremplin pour ouvrir la France à ce qu’elle a d’abord désigné comme la « nouvelle mode » des jardins, avant d’adopter l’expression « Jardins à l’anglaise » : de Mauperthuis à Betz et du domaine de Méréville à celui d’Ermenonville, le peintre paysagiste en a ponctué le Bassin parisien. Intégrées à l’exposition, les photos de Catherine Pachowski en attestent, sur le thème des folies. La même photographe avait résidé au château en 2012 aux côtés de Pauline Fouché et Olivier Lapert, pour présenter, l’année suivante « Ici sont passés… », une première exposition sur les jardins oubliés de La Roche-Guyon.

Deux siècles et demi après les séjours d’Hubert Robert, le cinquantenaire de l’Association des journalistes des jardins et de l’horticulture (AJJH) a marqué une étape dans la renaissance de la mémoire du site : principal événement littéraire dans l’univers de ses membres, la remise des prix Saint-Fiacre (voir Focus), créés par l’association en 1971, ne pouvait trouver de lieu plus approprié qu’un château où les amoureux des livres ont vibré avec ceux des jardins. Hôte de la fête du 7 novembre, l’Etablissement public de coopération culturelle (EPCC) de La Roche-Guyon orchestre la redécouverte de cette histoire, dans la foulée du mémoire de mastère livré en 2009 par trois étudiants de l’école d’architecture de Versailles.

 

 

Renaissance annoncée

 

Parmi ces trois chercheurs, Gabriel Wick a publié en 2014 chez Artlys son ouvrage de référence sur « Un paysage des Lumières – Le jardin anglais du château de La Roche-Guyon », avant d’assumer, en 2017, le commissariat général de l’exposition Hubert Robert. L’histoire ne fait que commencer : en accueillant l’AJJH, Marie-Laure Atger, directrice de l’EPCC, a ouvert la perspective d’une restauration future des jardins, dans un calendrier et un financement encore incertains. Encouragé par le flux de visiteurs issu de la nouvelle halte fluviale de La Roche-Guyon, ce cap illuminera le second demi-siècle des journalistes jardiniers, à l’issue d’un jubilée commencé en avril au festival des jardins de la Côte d’Azur, puis marqué en juin à Paris par l’animation du jardin provisoire conçu pour eux par Michel Péna aux Tuileries, dans le cadre du salon Jardins, Jardin.

 

Focus

Un prix et trois coups de cœur

Avec « Des hommes et des graines » publié chez Delachaux et Niestlé (336 pages, 45 euros), Nathalie Vidal décroche le prix Saint-Fiacre 2O17, proclamé le 7 novembre à La Roche-Guyon. L’auteure y raconte 3O OOO ans d’histoire de la collecte et de la transformation des graines, dans la diversité de leurs fonctions nourricière, hallucinogène, décorative, voire religieuse.

Le jury a révélé ses trois coups de cœur de l’année : dans son Atlas de botanique poétique (Arthaud, 144 pages, 25 euros), Francis Hallé révèle les plantes les plus loufoques créées par la nature dans les forêts tropicales humides, dont le figuier étrangleur, la plante qui siffle ou les arbres souterrains ; dans « la Fleurette et le Camionneur », (Ulmer, 192 pages, 19,9O euros), Gillles Carcassès, chargé de la cellule Biodiversité à Cergy-Pontoise, traite de la nature en ville en mode polar ; enfin, dans ses « Jardins du cinéma » (Petit Génie, 48O p., 29 euros), Michel Berjon croise deux histoires qui se sont rencontrées dès la naissance du septième art en 1895, avec « Le Jardinier », premier film des frères Lumière.

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