Réalisations

La pyramide du Louvre a 20 ans

La pyramide du Louvre célébrera ses 20 ans le 30 mars 2009. Après avoir été l’objet, avant même sa réalisation, d’attaques et de critiques violentes, elle a trouvé sa place aujourd’hui dans le paysage parisien.

Sa construction fait partie du projet Grand Louvre, voulu par François Mitterrand, qui a vu la prise de possession par le musée de 22 000 m² occupés auparavant par le ministère des Finances, avant son déménagement à Bercy. En effet, avec le surcroît de visiteurs attendu à la suite de cette extension, les entrées existantes devenaient inadaptées (*). La décision a alors été prise d’aménager une entrée principale à partir de la cour Napoléon, à équidistance des différentes ailes du musée. Mais le lit de la Seine ne permettant pas de descendre au-dessous de 7 mètres, le risque existait de construire quelque chose qui ressemble « à une immense station de métro avec un plafond bas », comme le redoutait François Mitterrand. C’est le projet présenté par l’architecte sino-américain Ieoh Ming Pei qui a été retenu, ouvrant, par une pyramide de verre, ce souterrain à l’air libre et à la lumière. « Il m’est apparu d’emblée comme le plus rationnel, le meilleur et le plus beau », devait confier l’ancien président.

Relever plusieurs défis techniques

Sans remonter à un passé pharaonique – encore que ses proportions (21,50 m de haut avec une base carrée de 35 m de côté) s’inspirent de celles de la pyramide de Kheops -, le choix esthétique de Pei n’était pas sans rappeler un projet datant de 1809 où il avait été envisagé d’élever une pyramide dans la cour du Louvre pour honorer l’empereur Napoléon Ier. L’idée avait été exposée par Bernard François Balssa dont le fils prénommé Honoré deviendra célèbre sous le nom de Balzac. Ieoh Ming Pei connaissait-il cette anecdote quand il commença à travailler sur le projet en 1983 ?

Comme ses devancières égyptiennes, la pyramide du Louvre a dû relever plusieurs défis techniques. Les principaux portent sur le verre qui fut fourni par Saint-Gobain. Le cahier des charges, donné en septembre 1984, était précis et contraignant, avec trois grands axes : le verre devait être transparent et incolore, léger et sécurisé, la surface extérieure du bâtiment devait être lisse sans qu’aucune accroche ne dépasse.

Pour répondre à l’objectif de transparence sans coloration, le verre a été purifié et décoloré en enlevant tous les oxydes ferreux et ferriques qui donnent la couleur verte sur la tranche. « On a utilisé des sables spéciaux de la forêt de Fontainebleau et rajouté des oxydes métalliques pour obtenir une qualité de verre optique », indique Gabriel Marly, directeur de la prescription chez Saint-Gobain Glass. La fabrication a nécessité un four spécial avec fusion électrique. Le verre était laminé à la sortie comme une plaque d’acier, puis il passait à l’adoucissage et au polissage. L’architecte demandait un produit artisanal fabriqué avec un outil industriel. Pour obtenir un produit léger et sécurisé, il a été fait appel à un procédé encore très peu utilisé à l’époque : le VEC (vitrage extérieur collé) qui consiste à coller ensemble deux feuilles de verre, de 10 mm chacune dans le cas de la pyramide.

Pas de différence de colorimétrie

Pei avait une autre exigence. Il ne voulait pas de différence de colorimétrie. Où que l’on soit, à l’intérieur ou l’extérieur de la pyramide, la couleur miel des pierres du Louvre devait rester la même.

Saint-Gobain a relevé tous ces défis et le verre extra-clair, inventé pour l’occasion et commercialisé sous le nom de Diamant, équipe aujourd’hui les vitrines des bijoutiers et des magasins de luxe.

L’installation du vitrage, formé de 675 losanges et 118 triangles, a réclamé de vraies prouesses techniques. Il a été assemblé avec des tolérances d’usinage et de façonnage de l’ordre du millimètre. La structure porteuse en acier a été montée avec une déformation prenant en compte le poids du verre pour, qu’une fois posé, le vitrage offre une surface parfaitement plane. Si la pyramide a nécessité 95 tonnes de produits verriers représentant 1 900 m², c’est une quantité double qui a été fabriquée, par précaution, au titre de la garantie décennale. Aucun problème n’étant survenu, le verre a été refondu et revendu dans la gamme Diamant. Le coût de la toiture de 15,4 millions d’euros (avec les bassins de la cour Napoléon) l’a fait passer, à l’époque, pour la plus chère du monde.

(*) La fréquentation du musée, qui était de 3 millions de visiteurs par an dans les années quatre-vingt, est passée à 8,5 millions pour l’année 2008.

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