Réalisations

« La programmation : éloge du dialogue » par Hélène Dano-Vanneyre, architecte-programmiste

Au commencement il y a des idées, des paroles, des notes. Des feuillets épars, des dossiers, des images de voyages, de vieilles ébauches de projets, etc. Tout un bruissement de paroles, d’enthousiasmes mais aussi de doutes, d’opposition, de colères, qu’il va falloir transformer, en écrivant – sans dessiner -, en racontant – sans images -, pour laisser place, bien plus tard, à l’imaginaire du maître d’œuvre. Autrement dit : raconter un projet, ce qu’il pourrait apporter, ce qu’il pourrait être, ce qu’il pourrait coûter. Une histoire que le succès viendra transformer en évidence ou qu’un échec laissera à l’état de conte… Alors se tissent peu à peu des liens entre ceux qui se retrouvent autour de ce projet, une convergence des volontés et des savoir-faire. Le chemin est long entre ces commencements et l’ouverture d’un bâtiment. Huit, dix ans, parfois davantage… Mais ceux qui ont eu la chance d’arriver au début d’une opération en garderont souvent comme la nostalgie d’une aventure partagée. Et si, par la suite, le projet et l’architecte occupent le devant de la scène, c’est bien cette petite musique des échanges et des rencontres qui reste seule en contrepoint. Après ce cheminement effectué ensemble, il faudra se séparer.

Savoir construire un espace de paroles et d’échanges
Alors, bien sûr, il faut faire du programme! Et remplacer le dialogue singulier d’un client avec son architecte; ce moment où se tisse les contours du projet. Mais l’essentiel n’est pas le document programme : c’est la richesse des débats, l’approfondissement de la pensée, la confrontation des points de vue – et l’esprit de synthèse! – qui permettront de préciser la commande. Et donc le programme. « Fil rouge » du projet, les programmes, toujours plus complexes, plus denses et plus riches, apparaissent aussi comme une mémoire partagée par ceux qui se greffent sur l’aventure. Donner du temps à ces instants premiers, accepter la confrontation, se garder de tout a priori, c’est le début de la programmation. Il y a là une part de qualitatif difficile à mesurer, liée à l’accord du moment entre interlocuteurs, au ressenti, à la passion. On y trouve des antagonismes précieux, des caractères impossibles, des passions dévorantes, des perfectionnistes silencieux, des rêveurs et des charmeurs. Tous donneront chair et âme aux programmes.
Plus tard, au fil des études, lorsque émerge le projet, le décryptage des plans transforme le programmateur en pédagogue. APS, APD, PRO? Où est le nord? C’est quoi ce trait? On arrive par où?… C’est au moment où les équipes de programmation s’en vont – au revoir et merci! – qu’il faudrait être encore présent pour décortiquer le projet. Qui dira la perplexité devant un plan de celui qui n’a jamais fait de projet? Langage codé, enchevêtrements de réseaux, images 3D inquiétantes de séduction réaliste…. Mais il ne faut pas croire que c’est en sens unique! Emportés par le feu de la création, les architectes oublient souvent qu’il faut des dossiers à côté d’un bureau, que la lumière naturelle est belle, que les œuvres sont fragiles ou que les livres sont parfois de grands formats! Tout ce qui est écrit n’est pas nécessairement lu et rien ne remplace le dialogue. Savoir construire un espace de paroles et d’échanges dont les programmes seront la traduction est d’ailleurs l’une des responsabilités de la maîtrise d’ouvrage.

Pas de projet sans commande précise
Le plus souvent architecte de formation, le programmateur doit choisir d’autres outils, d’autres approches et ne pas tenter de se substituer au maître d’œuvre. En position d’expertise et de conseil il lui faut entendre, exprimer et traduire l’identité de chaque opération. Ce lent travail de partage et de communication n’apparaît plus dans ce qui est connu comme de la programmation : un beau document, des fiches, des surfaces, des ratios, etc. Lorsque ne restent plus que les dossiers, études, programmes – soigneusement archivés – et que le bâtiment s’expose, la mémoire partagée de ces moments crée des liens qui ne s’effacent pas. Comment expliquer sinon que, trente ans après, tous ceux qui ont partagé l’aventure du Centre Pompidou se retrouvent encore? La complexité de la commande et la diversité des intervenants avaient suscité la création d’une cellule « programmation » au sein de la Délégation pour le plateau Beaubourg. Pour ceux qui ont fait de la programmation leur métier, les années passées auprès d’un François Lombard ou d’un Patrick O’Byrne ont profondément changé leur vie professionnelle.
Aujourd’hui, alors que les contraintes économiques réduisent la taille des équipes et leur temps d’intervention, il ne faudrait pas perdre de vue qu’un projet se fonde sur une commande précise. Laquelle associe à chaque étape l’architecte, aussi bien que le programmateur. Et tous ceux qui, après leur départ, feront vivre le bâtiment.

Hélène Dano-Vanneyre, 57 ans, a été responsable de la programmation de la Cité des Sciences et de l’Industrie de La Villette et a élaboré, au sein de l’Etablissement public du Grand Louvre, le programme du pavillon des Sessions qui accueille des collections d’Afrique, d’Asie, d’Océanie et d’Amérique. Elle est responsable depuis 1999 de la programmation à l’Etablissement public du Musée du quai Branly.

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