Paysage

« La métropole stimule le cercle vertueux du paysage », Frédéric Ségur, directeur du service Arbres et paysages du Grand Lyon

Mots clés : Etat et collectivités locales - Manifestations culturelles

Première métropole de France née le 1er janvier 2015 de la fusion entre le département et la communauté urbaine, le Grand Lyon projette son avenir dans le croisement des expertises entre l’eau, le sol et le climat au service de la nature en ville. La collectivité s’appuie sur une culture de l’externalisation qui associe le secteur privé, et sur une demande sociale de végétalisation urbaine. Frédéric Ségur, directeur du service Arbres et paysages, détaille ces perspectives.

Sur quel socle s’appuie la vision paysagère de la première métropole de France ?

Frédéric Ségur : Le Grand Lyon a choisi de piloter sa politique du paysage en s’appuyant sur l’externalisation, depuis bientôt 25 ans. Les entreprises et les concepteurs locaux ont adhéré à ce choix, ce qui a favorisé leur développement et leur montée en compétence, dont bénéficie en retour la métropole. Ce cercle vertueux s’est consolidé dans un partenariat très fort, illustré par la charte de l’arbre, une coproduction associant au Grand Lyon la Fédération française du paysage, la Fédération nationale des professionnels de l’horticulture et des pépinières et l’Union nationale des entreprises du paysage. Une philosophie du partage et de l’échange réunit des acteurs toujours plus nombreux : la charte de l’arbre fêtera son centième signataire au prochain salon Paysalia, début décembre. Il s’agit d’un aménageur, ce qui facilitera l’entrée des promoteurs et des industriels dans ce même processus.

 

Autour de quels thèmes s’est développée cette philosophie du partage ?

F.S. : A partir des années 80, les habitants ont rejeté le modèle fonctionnaliste du XXe siècle, centré sur la voiture, et qui débouchait sur une impasse : menace sur le patrimoine bâti et naturel, perte de savoir-faire et de valeurs et difficultés pour pérenniser et adapter a ville héritée du Second Empire, qui comme à Paris, a structuré les avenues, les places, les grands parcs, mais aussi les quais, spécificité lyonnaise. La lutte contre la périurbanisation est devenue une priorité, avec pour corollaires le développement des transports en commun et des modes doux, la qualité de l’architecture et des paysages ainsi que la mise en lumière de la ville. La publication, en 1992, d’une première charte de l’écologie urbaine est véritablement née de la convergence de cette ambition politique avec la demande sociale. Durant les années qui ont suivi, l’argument économique s’est ajouté aux préoccupations esthétiques, avec la prise de conscience de la plus-value du paysage pour l’image et l’attractivité du territoire. Plus récemment, les bénéfices environnementaux liés à la présence accrue de la nature en ville ont ajouté de nouvelles perspectives à cette ambition. Mais les nouveaux thèmes n’entraînent pas l’abandon des premières motivations de ce mouvement de fond. Le processus cumulatif permet à une démarche institutionnelle au départ de devenir une logique de territoire.

 

La métropole va-t-elle permettre de franchir de nouveaux caps ?

F.S. : Jusqu’ici, le paysage apparaissait surtout comme un accessoire des compétences de la collectivité dans les domaines de la voirie, de l’agriculture ou de la planification urbaine. Désormais, la Métropole devient actrice de l’aménagement du patrimoine naturel et paysager. La désimperméabilisation et la renaturation se trouvent au cœur des orientations stratégiques, et se déclinent dans tous les projets du programme pluriannuel du mandat : des grands aménagements comme la seconde partie du quartier du confluent, côté Rhône, la rénovation du quartier de la Part-Dieu, les promenades des rives de Saône ou la nouvelle ligne de tram, mais aussi dans la multitude de petits et moyens projets, initiés dans les 59 communes. Autre conséquence de la fusion avec le département, l’intégration de deux grands parcs nous amène à nous poser la question de la logique des espaces verts d’intérêt métropolitain. Un groupe de travail réfléchit à cette question.

 

Avez-vous ciblé des pistes d’innovation scientifique et technique ?

F.S. : La logique de renaturation de la ville croise depuis quelques années un objectif « zéro rejet pluvial dans des tuyaux », dicté par l’écologie et par l’économie. Cette vision croisée apporte une réponse essentielle aux enjeux d’adaptation du territoire aux conséquences des changements climatiques : tout se joue dans la triangulation eau, végétal, climat. Le savoir-faire hérité du XIXe siècle ne suffit pas à y répondre. Impulsé par des chercheurs, des entreprises et des collectivités, le programme Sciencil, élaboré dans les années 90 à l’occasion de la construction de la Cité Internationale de Lyon le long du Rhône, a initié l’idée d’introduire un volet recherche et développement dans les logiques d’aménagement. Le Centre technique national Plante & Cité créé depuis lors nous épaule désormais sur ces questions. Notre stratégie de recherche s’oriente dans trois directions : comment recréer des sols fertiles sur des sites stériles ou pollués ? Comment le végétal peut-il être réassocié au cycle de l’eau ? Comment, enfin, stocker l’eau pour l’utiliser au bon moment, en particulier pendant des phases caniculaires où la capacité de rafraîchissement des végétaux repose sur le maintien d’une capacité d’évapotranspiration ? Là aussi, Plante & Cité participe à ces réflexions, de même que l’Insa de Lyon et l’association Graie, spécialiste des techniques alternatives de traitement des eaux pluviales. Enfin, sur la question climatique, nous souhaitons consolider nos travaux de modélisation de la couverture ombragée du territoire.

 

Dans quel but ?

F.S. : L’indicateur dont nous disposons montre qu’au rythme actuel, la couverture ombragée de la voirie et des espaces publics atteindra 24% en 2030, au lieu de 13% aujourd’hui. Nous souhaitons élargir cette mesure à l’ensemble du territoire, pour disposer des mesures de comparaisons avec d’autres villes et pour travailler concrètement à améliorer l’équité du confort thermique sur le territoire de la Métropole, par la correction des carences en surfaces arborées.

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